Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
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Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
Je vais commencer par
"A la lueur d'une bougie"
Histoire gay
On a tendance à trop dénigrer tout ce que l'on peut voir avec une bougie, et les ambiances qu'elles peuvent donner.
Vraiment écrite à la lueur d'une bougie.
/!\Relations homosexuelles.
La bougie allumée éclairait la pièce de sa lueur vacillante. Incessamment, les ombres et la lumière dansaient ensemble, oubliant un temps leurs querelles de toujours pour jouer mélangées.
Tout était très calme, et aucun son ne troublait la paisible ambiance. En effet : la panne d’électricité de secteur avait amené tout le monde au lit plus vite que d’habitude.
Tout le monde ? Peut-être pas tout à fait…
La porte de la chambre s’ouvrit. Lentement, sans aucune brusquerie d’aucune sorte, sans aucun grincement, elle se mit en mouvement comme si elle se frayait un passage dans un mur d’air épais qui empêchait les bruits de se faire entendre, et qui ralentissait le temps.
Ainsi, comme dans un rêve ou un film silencieux, la porte s’arrêta peu avant de heurter le mur, retenue par un long bras gracile.
Le léger mouvement d’air fit vaciller la flamme, et les ombres et lumières ne firent plus qu’une seule entité qui cachait et montrait tout à la fois.
Et c’est pour cela que les deux silhouettes qui entrèrent dans la chambre étaient entièrement visibles, bien que les détails étaient plongés dans l’obscurité.
Mais qu’importaient les détails ?
Toujours dans un silence plein de douceur et en glissant sur la soie qu’était devenu le temps, les deux silhouettes collées l’une à l’autre traversèrent la pièce tout en évitant le lit pour finir leur course contre le mur d’en face.
Encore un temps, la flamme de la bougie continua à trembler, mise en mouvement par le passage des deux personnes. Cependant, l’air retrouva bientôt sa stabilité.
Ainsi, l’obscurité cessa de jouer avec la lumière, et la frontière entre les deux entités se retrouva visible, tout autant que les deux silhouettes qui étaient maintenant entrées dans le décor.
De dos, la bougie éclairait un grand jeune homme. Il était assez fin, et ses cheveux –blonds, sûrement- étaient coiffés en bataille sur son crâne. Contre le mur, il serrait une personne qu’il cachait de la lumière.
Le décor resta ainsi immobile durant de longues minutes, qui semblèrent être de longues heures d’éternité, jusqu’à ce que les deux personnes se remettent en mouvement.
Dans une lente et douce valse, toujours collées, les silhouettes traversèrent encore la chambre, mais s’arrêtèrent cette fois au niveau du lit.
La plus petite des deux silhouettes s’assit sur le lit, et la lumière atteint enfin son visage, éclairant les traits d’un autre jeune homme –peut-être plus jeune que le précédent- brun, dont les yeux brillaient d’une passion profonde, qui faisait presque le même effet visuel qu’une bombe dans le calme de la chambre tout en respectant le silence quasi-religieux.
Leurs regards se croisèrent durant deux secondes d’une forte intensité, puis le blond se pencha et embrassa l’objet de son plus profond amour.
Alors l’intensité de la scène chuta d’un coup, ne laissant plus que l’amour des deux jeunes hommes qui brillait comme un soleil.
Comme si la bougie n’osait plus éclairer l’étreinte silencieuse des deux amants qui roulaient maintenant ensemble sur le lit, sa flamme se remit à vaciller.
Puis, tandis que toujours aussi silencieusement les deux jeunes hommes s’enlevaient leurs vêtements et frottaient leurs corps l’un contre l’autre, il y eut un courant d’air venant de la porte restée ouverte.
Alors l’obscurité avala les deux êtres que l’amour unissait dans le seul bruit de la soirée : celui de la bougie soufflée.
Bonne lecture !!
D'autre a venir
"A la lueur d'une bougie"
Histoire gay

On a tendance à trop dénigrer tout ce que l'on peut voir avec une bougie, et les ambiances qu'elles peuvent donner.
Vraiment écrite à la lueur d'une bougie.
/!\Relations homosexuelles.
La bougie allumée éclairait la pièce de sa lueur vacillante. Incessamment, les ombres et la lumière dansaient ensemble, oubliant un temps leurs querelles de toujours pour jouer mélangées.
Tout était très calme, et aucun son ne troublait la paisible ambiance. En effet : la panne d’électricité de secteur avait amené tout le monde au lit plus vite que d’habitude.
Tout le monde ? Peut-être pas tout à fait…
La porte de la chambre s’ouvrit. Lentement, sans aucune brusquerie d’aucune sorte, sans aucun grincement, elle se mit en mouvement comme si elle se frayait un passage dans un mur d’air épais qui empêchait les bruits de se faire entendre, et qui ralentissait le temps.
Ainsi, comme dans un rêve ou un film silencieux, la porte s’arrêta peu avant de heurter le mur, retenue par un long bras gracile.
Le léger mouvement d’air fit vaciller la flamme, et les ombres et lumières ne firent plus qu’une seule entité qui cachait et montrait tout à la fois.
Et c’est pour cela que les deux silhouettes qui entrèrent dans la chambre étaient entièrement visibles, bien que les détails étaient plongés dans l’obscurité.
Mais qu’importaient les détails ?
Toujours dans un silence plein de douceur et en glissant sur la soie qu’était devenu le temps, les deux silhouettes collées l’une à l’autre traversèrent la pièce tout en évitant le lit pour finir leur course contre le mur d’en face.
Encore un temps, la flamme de la bougie continua à trembler, mise en mouvement par le passage des deux personnes. Cependant, l’air retrouva bientôt sa stabilité.
Ainsi, l’obscurité cessa de jouer avec la lumière, et la frontière entre les deux entités se retrouva visible, tout autant que les deux silhouettes qui étaient maintenant entrées dans le décor.
De dos, la bougie éclairait un grand jeune homme. Il était assez fin, et ses cheveux –blonds, sûrement- étaient coiffés en bataille sur son crâne. Contre le mur, il serrait une personne qu’il cachait de la lumière.
Le décor resta ainsi immobile durant de longues minutes, qui semblèrent être de longues heures d’éternité, jusqu’à ce que les deux personnes se remettent en mouvement.
Dans une lente et douce valse, toujours collées, les silhouettes traversèrent encore la chambre, mais s’arrêtèrent cette fois au niveau du lit.
La plus petite des deux silhouettes s’assit sur le lit, et la lumière atteint enfin son visage, éclairant les traits d’un autre jeune homme –peut-être plus jeune que le précédent- brun, dont les yeux brillaient d’une passion profonde, qui faisait presque le même effet visuel qu’une bombe dans le calme de la chambre tout en respectant le silence quasi-religieux.
Leurs regards se croisèrent durant deux secondes d’une forte intensité, puis le blond se pencha et embrassa l’objet de son plus profond amour.
Alors l’intensité de la scène chuta d’un coup, ne laissant plus que l’amour des deux jeunes hommes qui brillait comme un soleil.
Comme si la bougie n’osait plus éclairer l’étreinte silencieuse des deux amants qui roulaient maintenant ensemble sur le lit, sa flamme se remit à vaciller.
Puis, tandis que toujours aussi silencieusement les deux jeunes hommes s’enlevaient leurs vêtements et frottaient leurs corps l’un contre l’autre, il y eut un courant d’air venant de la porte restée ouverte.
Alors l’obscurité avala les deux êtres que l’amour unissait dans le seul bruit de la soirée : celui de la bougie soufflée.
Bonne lecture !!
D'autre a venir


Espoir- Novice

-

Age: 19
Ma Ville: Rabat
Nombre de messages: 43
Orientation sexuelle: Bisexuelle
Date d'inscription: 25/03/2011
Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
jadore a un moment on a carrement limpression d'avoir le visuel trè bo jattend d'en voir d'autres :p

mannu- Novice

-

Age: 19
Nombre de messages: 49
Date d'inscription: 21/03/2011
Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
j'ai toujours peur d'aller me coucher le soir, parce que je me sens seule... si seulement une coupure d'électricité pouvait m'amener quelqu'un 
on dirait que tu as assisté à la scène.
J'ai adoré et vais me coucher en faisant de beaux rêves, merci

on dirait que tu as assisté à la scène.
J'ai adoré et vais me coucher en faisant de beaux rêves, merci


Rita12- Habitué

-

Age: 21
Ma Ville: Paris
Nombre de messages: 154
Orientation sexuelle: ex-refoulée > lesbienne
Date d'inscription: 04/02/2011
Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
2eme Histoire !
" Recontre "
Histoire Saphique ( lesb)
Un soir, me promenant sur les quais, je rencontre Anna...
Je l’ai croisée un samedi soir pluvieux où je laissais traîner mon corps le long des berges du rhône. Je traînais sur ce quai, comme on se laisse aller, le cœur à la dérive, après une longue journée de travail, les membres engourdis et les cheveux fouettés par le vent.
On était mercredi. Je ne voulais pas rentrer chez moi manger des pâtes sauce buitoni et m’écrouler devant une émission véreuse. Je voulais marcher, errer, me laisser porter par le ciel qui annonçait un bel orage d’été.
Je la vis.
Seule, assise sur un banc de béton, les yeux collés sur ses chaussures, aveugle à la foule qui s’agglutinait sur les terrasses des péniches, en cette lourde soirée de juin.
Annabelle avait son bureau deux étages en dessous du mien, à la comptabilité. Je la croisais quelques fois près de la machine à café mais je n’avais jamais tenté d’engager la conversation. Elle était tout à fait à mon goût. Assez grande, élancée, les cheveux blonds coupés très courts et une poitrine, ni trop ample ni trop petite, de taille parfaite pour se loger dans mes mains. J’étais particulièrement séduite par ses yeux bleus qui s’égaraient souvent par terre mais s’éclairaient chaque fois d’une lueur complice et brillante quand elle les relevait timidement vers moi. Ce mélange de discrétion et d’intelligence faisait sursauter mon cœur bruyamment. J’ignorais si elle partageait mes goûts en matière de taille fille, petites fesses rebondies et seins accueillants. C’est pourquoi, je gardais son image pour mes fantasmes personnels. Ainsi, nous en étions à un simple hochement de tête ou sourire échangé lorsque l’on se frôlait dans les couloirs, et c’était parfait ainsi.
J’allais passer mon chemin, peu disposée que j’étais à affronter l’angoisse d’une discussion qui tournerait probablement dans le vide, quand elle leva les yeux sur moi. Cette petite lumière qui me faisait frissonner se déclencha immédiatement dans tout ce bleu. Je fus perdue. Elle me souriait.
Je n’eu d’autre choix que de me joindre à elle sur son banc de béton. La pluie se rapprochait mais elle me souriait toujours et c’était comme un feu éperdu qui s’embrasait dans mon ventre.
Nous parlions peu au début mais sa bienveillance et sa simplicité me mirent à l’aise et je respirais profondément pleine de la contemplation du fleuve dont la vue nous réunissait.
Je lui demandais de quelle région elle venait et elle me parla de la Savoie où elle avait grandi. Son père était ébéniste et sa mère une femme au foyer très aimante. Elle aimait les odeurs de bois et d’herbe mouillée. Elle aimait toucher les arbres et s’asseoir contre leurs troncs pour se sentir protéger. J’étais captivée. Elle me liait peu à peu par le chant de sa voix. Elle m’enveloppait de sa sérénité.
Je la relançais sur son enfance, réclamant des anecdotes qu’elle m’offrait avec émerveillement. Elle me raconta qu’il y avait un champ en face de chez elle ou paissaient trois ânes pour lesquels elle s’était prise d’amitié. Vers l’âge de six ans, elle occupait toutes ses dimanches après midis, collée à la barrière de l’enclos à tenter de les faire venir près d’elle. Ils étaient ses confidents, ses amis secrets. Elle pensait que l’on définissait très mal le bariement des ânes. « Hi-han » ne convenait pas du tout disait-elle, et elle s’ingénia à me décrire ce son très spécifique que fait l’âne quand il braie et finit par l’imiter en lançant un cri assez indéfinissable. Nous éclatâmes de rire en cœur et je la nommais « mon petit âne », « mon âne » « mon Anne » dans un coin de ma tête.
C’en était cuit pour moi, j’étais mordue.
De faibles gouttes se mirent à tomber. Fascinées telles que nous l’étions l’une par l’autre, il était hors de question de quitter ce banc. Je ne voulais pas risquer de briser cet instant magique qui nous portait, même si nous devions en sortir trempées. La pluie nous parsemait de petites loupes transparentes. Après ce fou rire, le silence. Je n’osais pas la regarder. Ressentait-elle comme moi cette attirance insolente ? Je baissais les yeux à mon tour sur mes chaussures.
Nous étions presque l’une contre l’autre et j’essayais d’écouter sa respiration. Ses mains fines, ses ongles courts et sans vernis, serraient le banc très fort. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi et mon cœur me martelait sans répit. Je voulais que cet instant dure, je voulais me rapprocher d’elle, la frôler pour sentir son corps et son âme, sa chaleur m’entourer. La pluie redoublait et nous ne pouvions pas repousser plus longtemps notre départ du banc. Elle releva enfin la tête et m’obligea à l’affronter.
Son regard hurlait de désir et la peur qui me tenaillait disparut, soulageant mon ventre contracté. Je tranchais à part moi : « lesbienne, sans aucun doute ».
« Tu veux venir chez moi ? J’habite à quelques rues ? ».
Sa question était timide et pleine de supplications sourdes. Elle baissa les yeux. Mon corps s’autorisa à s’embraser et un sourire nerveux me secoua. « Oui. » Juste oui.
Je me levais, flottant comme dans un rêve. La pluie battante me coulait dessus et c’était agréable… agréable de ne pas m’en soucier, de ne pas courir sous un porche m’abriter, de prendre la vie tel quelle, brutale et forte en plein visage, mouillée. Mon corps conquis, s’éveillait à l’amour et réclamait son dû en toute urgence. Nous parcourûmes les rues sans un mot. Je me sentais étrangère aux passants, comme happée dans une dimension secondaire. Ils me voyaient mais je n’étais pas là. Annabelle était proche de moi. Je mourrais d’envie de lui prendre la main. Je l’aurais sûrement fait si notre condition anormale ne nous l’interdisait pas. Je me serais jeté sur elle, je l’aurais écrasée contre un mur et j’aurais goûté ses lèvres avec passion, profitant de l’humidité de l’air pour couvrir son visage de mes baisers. J’aurais caressé ses joues, respiré son parfum, elle aurait glissé sa tête contre mon cou et se serait enfouie dans ma chevelure ébène… Mais je ne voulais pas prendre le risque qu’une réflexion nous atteigne en pleine tête ou qu’un regard de désapprobation nous heurte avec condescendance. Je voulais la protéger, la garder comme une pierre précieuse qui doit être enveloppée de soie puis rangée dans un coffret de velours. Je ne voulais pas qu’ils me l’abîment et je ne voulais pas leurs donner l’occasion de nous atteindre.
Nous arrivâmes dans une petite cour. Nous montâmes un escalier de pierre, puis arrivées au 5°, un escalier de bois réservé aux studios construits dans le grenier. Il faisait très sombre dans cette unique pièce meublée de coussins, de tentures indiennes, d’un immense lit défait et de multiples affiches de cinéma. Elle alluma une petite lampe et deux bougies. Les couleurs orange, ocre et rouge me transportèrent. Des dizaines de bibelots importés d’Inde ou d’Afrique du nord couvraient ses étagères. Des piles de livres s’étalaient à même le sol tout autour du grand lit et des vêtements s’éparpillaient un peu partout dans la pièce.
Elle s’excusa du désordre par politesse.
C’était parfait. Parfait pour la découverte à laquelle j’allais m’adonner.
Nous étions face à face et je tremblais. Je lui pris la main. Je voulais prendre mon temps, savourer chaque instants où sa peau se collerait contre la mienne. Je respirais son poignet. Un frisson la parcourut et encouragea mon désir.
Je l’embrassais du bout des lèvres, picorant son bras nu, remontant jusqu’à son épaule où la bretelle de son débardeur me faisait obstacle. Elle respirait fort et vite et s’agrippait à ma main vigoureusement. Son cou, ses joues, sa bouche enfin contre la mienne. Moelleux, humide, enivrant fut notre baiser. Ma peau jubilait, mes mamelons l’appelaient au secours. Elle me pressa contre elle et m’attira sur son lit. J’étais au dessus, coincée entre ses cuisses tressaillantes et je prenais plaisir à sentir les soubresauts de son corps qui se contractait par à coup.
J’ôtais ma chemise, elle s’emmêla dans son débardeur. Nous souriions de ce moment complice. Sa poitrine gonflée et ferme se dévoila sans pudeur. Débarrassée de son soutien gorge, ses tétons rosés se rapprochaient dangereusement des miens. Ma langue les contourna avec avidité. Je faisais des ronds sur ses délicieuses mamelles. Mon genou, appuyé contre son sexe allait et venait avec agilité. La tête inclinée en arrière, les bras étendus sur son oreiller, elle entama son chant de plaisir. Doucement, puis de plus en plus fort, elle me supplia de la caresser encore, de lui ôter son jeans et de la prendre.
Je descendis sa fermeture éclair et glissa dans son velours humide. J’haletais, exaltée par son offrande inespérée. Son corps se cambrait. Mon excitation et le bonheur procuré par son abandon total humidifiaient mon sexe. Mon désir lancinant s’exprimait entre mes cuisses jusqu’à me faire mal.
Je la pénétrai. Mes doigts parcouraient l’intériorité de ma belle avec insistance et dévotion. Elle me serra contre elle, colla sa bouche sur la mienne et me supplia de ne pas m’arrêter. « Surtout, ne t’arrête pas, je t’en prie. Encore, encore… » Nous montions toutes deux vers des cieux exaltés. Je voulais qu’elle me prenne à son tour, plus vite et plus fort avec ses doigts de fée. Mais c’était son heure à elle. Je voulais la vénérer.
Toute à ma fascination, je sentis ses muscles se tendre, se contracter sur moi. Des larmes franchirent se paupières. Son orgasme était magnifique. Je me retirais.
Elle se blottit contre moi et je l’entourais de toute ma protection. Je vibrais, emplie de son cri gracieux et pur comme un chant d’oiseau.
« Mon Annabelle, mon Anna… »
« Non, ne m’appelle pas comme ça, je déteste mon nom. »
« Anne, ma douce Anne, ça te va ? »
« Oui. »
Elle retira son jeans et sa culotte trempée. Elle vînt sur moi et s’assit sur mon ventre. Armée d’un sourire à faire tomber la perruque d’un chauve, elle me murmura :
« A toi ma belle. Faisons le encore, tu veux ? »
« Oui. Mon Anne…. Ma belle Anne… »
Voila
" Recontre "
Histoire Saphique ( lesb)
Un soir, me promenant sur les quais, je rencontre Anna...
Je l’ai croisée un samedi soir pluvieux où je laissais traîner mon corps le long des berges du rhône. Je traînais sur ce quai, comme on se laisse aller, le cœur à la dérive, après une longue journée de travail, les membres engourdis et les cheveux fouettés par le vent.
On était mercredi. Je ne voulais pas rentrer chez moi manger des pâtes sauce buitoni et m’écrouler devant une émission véreuse. Je voulais marcher, errer, me laisser porter par le ciel qui annonçait un bel orage d’été.
Je la vis.
Seule, assise sur un banc de béton, les yeux collés sur ses chaussures, aveugle à la foule qui s’agglutinait sur les terrasses des péniches, en cette lourde soirée de juin.
Annabelle avait son bureau deux étages en dessous du mien, à la comptabilité. Je la croisais quelques fois près de la machine à café mais je n’avais jamais tenté d’engager la conversation. Elle était tout à fait à mon goût. Assez grande, élancée, les cheveux blonds coupés très courts et une poitrine, ni trop ample ni trop petite, de taille parfaite pour se loger dans mes mains. J’étais particulièrement séduite par ses yeux bleus qui s’égaraient souvent par terre mais s’éclairaient chaque fois d’une lueur complice et brillante quand elle les relevait timidement vers moi. Ce mélange de discrétion et d’intelligence faisait sursauter mon cœur bruyamment. J’ignorais si elle partageait mes goûts en matière de taille fille, petites fesses rebondies et seins accueillants. C’est pourquoi, je gardais son image pour mes fantasmes personnels. Ainsi, nous en étions à un simple hochement de tête ou sourire échangé lorsque l’on se frôlait dans les couloirs, et c’était parfait ainsi.
J’allais passer mon chemin, peu disposée que j’étais à affronter l’angoisse d’une discussion qui tournerait probablement dans le vide, quand elle leva les yeux sur moi. Cette petite lumière qui me faisait frissonner se déclencha immédiatement dans tout ce bleu. Je fus perdue. Elle me souriait.
Je n’eu d’autre choix que de me joindre à elle sur son banc de béton. La pluie se rapprochait mais elle me souriait toujours et c’était comme un feu éperdu qui s’embrasait dans mon ventre.
Nous parlions peu au début mais sa bienveillance et sa simplicité me mirent à l’aise et je respirais profondément pleine de la contemplation du fleuve dont la vue nous réunissait.
Je lui demandais de quelle région elle venait et elle me parla de la Savoie où elle avait grandi. Son père était ébéniste et sa mère une femme au foyer très aimante. Elle aimait les odeurs de bois et d’herbe mouillée. Elle aimait toucher les arbres et s’asseoir contre leurs troncs pour se sentir protéger. J’étais captivée. Elle me liait peu à peu par le chant de sa voix. Elle m’enveloppait de sa sérénité.
Je la relançais sur son enfance, réclamant des anecdotes qu’elle m’offrait avec émerveillement. Elle me raconta qu’il y avait un champ en face de chez elle ou paissaient trois ânes pour lesquels elle s’était prise d’amitié. Vers l’âge de six ans, elle occupait toutes ses dimanches après midis, collée à la barrière de l’enclos à tenter de les faire venir près d’elle. Ils étaient ses confidents, ses amis secrets. Elle pensait que l’on définissait très mal le bariement des ânes. « Hi-han » ne convenait pas du tout disait-elle, et elle s’ingénia à me décrire ce son très spécifique que fait l’âne quand il braie et finit par l’imiter en lançant un cri assez indéfinissable. Nous éclatâmes de rire en cœur et je la nommais « mon petit âne », « mon âne » « mon Anne » dans un coin de ma tête.
C’en était cuit pour moi, j’étais mordue.
De faibles gouttes se mirent à tomber. Fascinées telles que nous l’étions l’une par l’autre, il était hors de question de quitter ce banc. Je ne voulais pas risquer de briser cet instant magique qui nous portait, même si nous devions en sortir trempées. La pluie nous parsemait de petites loupes transparentes. Après ce fou rire, le silence. Je n’osais pas la regarder. Ressentait-elle comme moi cette attirance insolente ? Je baissais les yeux à mon tour sur mes chaussures.
Nous étions presque l’une contre l’autre et j’essayais d’écouter sa respiration. Ses mains fines, ses ongles courts et sans vernis, serraient le banc très fort. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi et mon cœur me martelait sans répit. Je voulais que cet instant dure, je voulais me rapprocher d’elle, la frôler pour sentir son corps et son âme, sa chaleur m’entourer. La pluie redoublait et nous ne pouvions pas repousser plus longtemps notre départ du banc. Elle releva enfin la tête et m’obligea à l’affronter.
Son regard hurlait de désir et la peur qui me tenaillait disparut, soulageant mon ventre contracté. Je tranchais à part moi : « lesbienne, sans aucun doute ».
« Tu veux venir chez moi ? J’habite à quelques rues ? ».
Sa question était timide et pleine de supplications sourdes. Elle baissa les yeux. Mon corps s’autorisa à s’embraser et un sourire nerveux me secoua. « Oui. » Juste oui.
Je me levais, flottant comme dans un rêve. La pluie battante me coulait dessus et c’était agréable… agréable de ne pas m’en soucier, de ne pas courir sous un porche m’abriter, de prendre la vie tel quelle, brutale et forte en plein visage, mouillée. Mon corps conquis, s’éveillait à l’amour et réclamait son dû en toute urgence. Nous parcourûmes les rues sans un mot. Je me sentais étrangère aux passants, comme happée dans une dimension secondaire. Ils me voyaient mais je n’étais pas là. Annabelle était proche de moi. Je mourrais d’envie de lui prendre la main. Je l’aurais sûrement fait si notre condition anormale ne nous l’interdisait pas. Je me serais jeté sur elle, je l’aurais écrasée contre un mur et j’aurais goûté ses lèvres avec passion, profitant de l’humidité de l’air pour couvrir son visage de mes baisers. J’aurais caressé ses joues, respiré son parfum, elle aurait glissé sa tête contre mon cou et se serait enfouie dans ma chevelure ébène… Mais je ne voulais pas prendre le risque qu’une réflexion nous atteigne en pleine tête ou qu’un regard de désapprobation nous heurte avec condescendance. Je voulais la protéger, la garder comme une pierre précieuse qui doit être enveloppée de soie puis rangée dans un coffret de velours. Je ne voulais pas qu’ils me l’abîment et je ne voulais pas leurs donner l’occasion de nous atteindre.
Nous arrivâmes dans une petite cour. Nous montâmes un escalier de pierre, puis arrivées au 5°, un escalier de bois réservé aux studios construits dans le grenier. Il faisait très sombre dans cette unique pièce meublée de coussins, de tentures indiennes, d’un immense lit défait et de multiples affiches de cinéma. Elle alluma une petite lampe et deux bougies. Les couleurs orange, ocre et rouge me transportèrent. Des dizaines de bibelots importés d’Inde ou d’Afrique du nord couvraient ses étagères. Des piles de livres s’étalaient à même le sol tout autour du grand lit et des vêtements s’éparpillaient un peu partout dans la pièce.
Elle s’excusa du désordre par politesse.
C’était parfait. Parfait pour la découverte à laquelle j’allais m’adonner.
Nous étions face à face et je tremblais. Je lui pris la main. Je voulais prendre mon temps, savourer chaque instants où sa peau se collerait contre la mienne. Je respirais son poignet. Un frisson la parcourut et encouragea mon désir.
Je l’embrassais du bout des lèvres, picorant son bras nu, remontant jusqu’à son épaule où la bretelle de son débardeur me faisait obstacle. Elle respirait fort et vite et s’agrippait à ma main vigoureusement. Son cou, ses joues, sa bouche enfin contre la mienne. Moelleux, humide, enivrant fut notre baiser. Ma peau jubilait, mes mamelons l’appelaient au secours. Elle me pressa contre elle et m’attira sur son lit. J’étais au dessus, coincée entre ses cuisses tressaillantes et je prenais plaisir à sentir les soubresauts de son corps qui se contractait par à coup.
J’ôtais ma chemise, elle s’emmêla dans son débardeur. Nous souriions de ce moment complice. Sa poitrine gonflée et ferme se dévoila sans pudeur. Débarrassée de son soutien gorge, ses tétons rosés se rapprochaient dangereusement des miens. Ma langue les contourna avec avidité. Je faisais des ronds sur ses délicieuses mamelles. Mon genou, appuyé contre son sexe allait et venait avec agilité. La tête inclinée en arrière, les bras étendus sur son oreiller, elle entama son chant de plaisir. Doucement, puis de plus en plus fort, elle me supplia de la caresser encore, de lui ôter son jeans et de la prendre.
Je descendis sa fermeture éclair et glissa dans son velours humide. J’haletais, exaltée par son offrande inespérée. Son corps se cambrait. Mon excitation et le bonheur procuré par son abandon total humidifiaient mon sexe. Mon désir lancinant s’exprimait entre mes cuisses jusqu’à me faire mal.
Je la pénétrai. Mes doigts parcouraient l’intériorité de ma belle avec insistance et dévotion. Elle me serra contre elle, colla sa bouche sur la mienne et me supplia de ne pas m’arrêter. « Surtout, ne t’arrête pas, je t’en prie. Encore, encore… » Nous montions toutes deux vers des cieux exaltés. Je voulais qu’elle me prenne à son tour, plus vite et plus fort avec ses doigts de fée. Mais c’était son heure à elle. Je voulais la vénérer.
Toute à ma fascination, je sentis ses muscles se tendre, se contracter sur moi. Des larmes franchirent se paupières. Son orgasme était magnifique. Je me retirais.
Elle se blottit contre moi et je l’entourais de toute ma protection. Je vibrais, emplie de son cri gracieux et pur comme un chant d’oiseau.
« Mon Annabelle, mon Anna… »
« Non, ne m’appelle pas comme ça, je déteste mon nom. »
« Anne, ma douce Anne, ça te va ? »
« Oui. »
Elle retira son jeans et sa culotte trempée. Elle vînt sur moi et s’assit sur mon ventre. Armée d’un sourire à faire tomber la perruque d’un chauve, elle me murmura :
« A toi ma belle. Faisons le encore, tu veux ? »
« Oui. Mon Anne…. Ma belle Anne… »
Voila

Espoir- Novice

-

Age: 19
Ma Ville: Rabat
Nombre de messages: 43
Orientation sexuelle: Bisexuelle
Date d'inscription: 25/03/2011

mannu- Novice

-

Age: 19
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Date d'inscription: 21/03/2011
Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
et c qui l'auteur de ses belles nouvelles ?

carpediem- Habitué

-

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Date d'inscription: 20/03/2011
Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
Alors pour le 1ere c'est de Alex P.
et le 2eme l'auteur est inconnue ^^
et le 2eme l'auteur est inconnue ^^

Espoir- Novice

-

Age: 19
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Date d'inscription: 25/03/2011
Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
Humm merci j'aime beaucoup ,surtout " a la lueur d'une bougie"

carpediem- Habitué

-

Age: 16
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Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
Une petite Histoire avant de vous couchez
Enjoyy !
Histoire saphique (lesb)
Paris, au bout de la rue Vavin, près du Boulevard Montparnasse, avril 1970
Bénédicte, 18 ans, le regard espiègle et tendre, tâches de rousseur, yeux pétillants, au volant du coupé Jaguar vert foncé de Linda, sa prof de Khâgne.
Bénédicte, une certaine fraicheur dans les yeux, Bénédicte les paupières tombantes, une certaine mélancolie dans le regard.
Bénédicte et Linda, c’est beaucoup.
Bénédicte jeune khâgneuse de 18 ans, châtain clair aux cheveux longs et fins, aux yeux noisette et reflets verts, mate à la peau de lait, Bénédicte de taille moyenne au corps élancé.
La voiture est garée rue Vavin, elles vont au Select ce soir.
Elles vont s’afficher, elles vont papoter, elles vont, avant tout, publiquement minauder.
Bénédicte, un regard dans le rétroviseur central, le bruit des voitures qui passent dans la rue, les bruits des talons qui tapent les trottoirs comme des mains frappant des tamtams urbains.
Les bruits de la ville, les bruits de Paris, un soir de printemps.
L’ambiance est douce et électrique, à la fois.
Bénédicte sort ses lèvres, elle forme un baiser. Elle passe du rouge sur ses lèvres, le bâton dans sa main gantée.
Elle se détourne, lentement vers la droite, elle se détourne en deux temps.
Elle cligne les yeux, regarde Linda qui gourmande et mord sa lèvre inferieure, le regard en prière, les cils déployés.
Les yeux de Linda trainent sur les jours de la chemise blanche de Béné, qui a la
poitrine libre ce soir la.
Le désir, ardent de Linda, la jeune prof de littérature, la spécialiste de Proust, Linda qui s’est récemment mariée.
Elle est tellement amoureuse de « son » homme, de ce brillant médecin.
Bénédicte ouvre la lourde portière et descend de la Jag, le talon de ses escarpins noirs intérieur rouge vif claque l’asphalte.
Elle féline et pétille en jean et blouson de cuir noir entre ouvert, une fine écharpe de lin blanc autour du cou.
Bénédicte sort une pince à cheveux laquée de son sac à main matelassé Chanel noir et la porte à ses lèvres.
Elle est tellement féline lorsqu’elle est au coté de sa chérie, en face de Linda.
Elle passe une main dans les cheveux, les yeux au ciel
et les rassemble en un chignon banane.
C’est une chorégraphie, c’est un geste de danse, c’est un geste qui brule le bas ventre de Linda.
Elle dévoile sa nuque duveteuse, sur laquelle reposent quelques pétales de sa chevelure fine et soyeuse, quelques cheveux rebelles.
Bénédicte regarde fixement Linda, d’une certaine manière, elle la fixe.
Elle ferme la voiture, elle la contourne et rejoint Linda, sur le trottoir.
Linda glisse une main sous le blouson de Bénédicte, elle penche sa tête, s’incline, ferme les yeux, une seconde à peine, le temps de déposer de ses lèvres, un baiser sur la nuque de Bénédicte.
Elles s’en vont, main dans la main, le sourire aux lèvres, minauder publiquement au Select.
Wala
D'autre a venir bientôt
Histoire saphique (lesb)
Paris, au bout de la rue Vavin, près du Boulevard Montparnasse, avril 1970
Bénédicte, 18 ans, le regard espiègle et tendre, tâches de rousseur, yeux pétillants, au volant du coupé Jaguar vert foncé de Linda, sa prof de Khâgne.
Bénédicte, une certaine fraicheur dans les yeux, Bénédicte les paupières tombantes, une certaine mélancolie dans le regard.
Bénédicte et Linda, c’est beaucoup.
Bénédicte jeune khâgneuse de 18 ans, châtain clair aux cheveux longs et fins, aux yeux noisette et reflets verts, mate à la peau de lait, Bénédicte de taille moyenne au corps élancé.
La voiture est garée rue Vavin, elles vont au Select ce soir.
Elles vont s’afficher, elles vont papoter, elles vont, avant tout, publiquement minauder.
Bénédicte, un regard dans le rétroviseur central, le bruit des voitures qui passent dans la rue, les bruits des talons qui tapent les trottoirs comme des mains frappant des tamtams urbains.
Les bruits de la ville, les bruits de Paris, un soir de printemps.
L’ambiance est douce et électrique, à la fois.
Bénédicte sort ses lèvres, elle forme un baiser. Elle passe du rouge sur ses lèvres, le bâton dans sa main gantée.
Elle se détourne, lentement vers la droite, elle se détourne en deux temps.
Elle cligne les yeux, regarde Linda qui gourmande et mord sa lèvre inferieure, le regard en prière, les cils déployés.
Les yeux de Linda trainent sur les jours de la chemise blanche de Béné, qui a la
poitrine libre ce soir la.
Le désir, ardent de Linda, la jeune prof de littérature, la spécialiste de Proust, Linda qui s’est récemment mariée.
Elle est tellement amoureuse de « son » homme, de ce brillant médecin.
Bénédicte ouvre la lourde portière et descend de la Jag, le talon de ses escarpins noirs intérieur rouge vif claque l’asphalte.
Elle féline et pétille en jean et blouson de cuir noir entre ouvert, une fine écharpe de lin blanc autour du cou.
Bénédicte sort une pince à cheveux laquée de son sac à main matelassé Chanel noir et la porte à ses lèvres.
Elle est tellement féline lorsqu’elle est au coté de sa chérie, en face de Linda.
Elle passe une main dans les cheveux, les yeux au ciel
et les rassemble en un chignon banane.
C’est une chorégraphie, c’est un geste de danse, c’est un geste qui brule le bas ventre de Linda.
Elle dévoile sa nuque duveteuse, sur laquelle reposent quelques pétales de sa chevelure fine et soyeuse, quelques cheveux rebelles.
Bénédicte regarde fixement Linda, d’une certaine manière, elle la fixe.
Elle ferme la voiture, elle la contourne et rejoint Linda, sur le trottoir.
Linda glisse une main sous le blouson de Bénédicte, elle penche sa tête, s’incline, ferme les yeux, une seconde à peine, le temps de déposer de ses lèvres, un baiser sur la nuque de Bénédicte.
Elles s’en vont, main dans la main, le sourire aux lèvres, minauder publiquement au Select.
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Espoir- Novice

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Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
Pas de titre ^^
Histoire lesbienne
Décidément Aline et Julie avaient eu de la chance pour leur séjour à Biarritz. Le soleil avait bien voulu montrer ses rayons tous les après-midi chassant ainsi les gros nuages gris mais le pays basque pour justifier ses dégradés de verts et son record national de journées de pluie n’avait pas voulu perdre son titre de champion pour elles. Aussi pour passer agréablement une heure sans devoir être trempées comme des soupes car le vent s’était mêlé de leur gâcher leur balade pourtant bien commencée sur le bord de plage en retournant leur parapluie, elles avaient laissé leur pas les guider jusqu’au musée du chocolat dictés par une gourmandise qu’elles avaient commune pour cette substance.
Elles n’étaient pas toutes seules à avoir eu cette idée, une colonie de vacances également avec des moniteurs encore plus immatures que les gamins qu’ils étaient censés encadrer. Pour preuve ils n’avaient pas hésité à toucher les affiches malgré les interdictions et s’étonnèrent tout penauds qu’elles se décrochassent si facilement. La caissière, au gabarit impressionnant de maîtresse-femme, leur rappela le règlement d’une voix et d’un ton qui auraient fait retrouver la mémoire à n’importe quelle victime de la maladie d’Alzheimer et le calme revint provisoirement dans le hall d’entrée qui servait également de salle d’attente à la visite guidée obligatoire. Provisoirement car l’énervement vira à l’hystérie collective quand la matrone annonça à la cantonade qu’à la sortie une dégustation gratuite de chocolat attendait les curieux. Julie eut un pied écrasé et Aline eut juste le temps d’esquiver une grappe de mômes agressifs qui sous l’œil aveugle des moniteurs rackettèrent une gamine du contenu de son porte-monnaie et de son sac à dos. Aline s’osa à intervenir et pour réponse elle eut cette phrase : « elle dit qu’elle a dix ans mais elle a un QI d’une enfant de trois ans et encore je ne sais même pas s’il est calculable ». Elle se fit d’un coup moins critique à l’égard de l’encadrement et se dit qu’au moins il y avait du bon à ne pas être mère, c’était un souci de moins pour leur couple. Quand ses copines idéaliseraient la maternité elle aurait la force de ne pas regretter son choix et se répèterait comme une formule magique un terme emprunté à Freud quand il parlait de sexualité infantile à savoir « pervers polymorphe » pour chasser le chagrin qui l’avait plus d’une fois envahi !
La pluie redoublait dehors et d’autres touristes les avaient rejointes dans la pièce qui devenait minuscule. Pourquoi cette attente ? Nulle explication et maintenant qu’elles avaient acheté leur billet et que tout semblait contre elles, impossible d’échapper à cet ennui qui pointait son nez. Enfin un brouhaha se fit entendre derrière la caisse et Aline et Julie furent prises dans un mouvement de foule qui les propulsa dans une salle sombre de projection mal éclairée. Comme elles s’en doutaient les gamins s’assirent devant dans le désordre et le bruit et elles prirent place au fond à distance de l’écran ! Et comme elles s’en doutaient aussi avec la chance qui était la leur aujourd’hui un type immense s’installa devant Julie lui bouchant la moitié de la vue dans la hauteur et son épouse obèse devant Aline lui bouchant la moitié de la vue dans la largeur. Un fou-rire libérateur s’empara d’elles et elles eurent juste le temps de se calmer lorsque la lumière s’éteignit. Et comme elles avaient décidément toujours beaucoup de chance elles se firent écraser les pieds par deux femmes qui étaient arrivées en retard et étaient restées debout et qui n’avaient plus d’autres choix que de s’installer à côté d’elles car la séance affichait complet et qu’on leur criait assis. Le film était des plus pédagogiques et tout le programme de géographie de sixième y passa. Les pays producteurs de chocolat, le tonnage, le prix du cours, les différentes espèces, la récolte… Le commentaire était laconique et plat sans entrain et les nombreux étrangers qui ne comprenaient pas un mot de la langue de Molière s’essayaient à des traductions à haute voix pour leurs compatriotes car bien évidemment le film n’était pas sous-titré en anglais et rien n’avait été prévu à cet effet. Des chut fusèrent et il ne faudrait pas s’étonner ensuite que les français aient si mauvaise réputation pour l’accueil des vacanciers. Puis sur une vue de Biarritz et de ses surfeurs qui laissa la place au chocolatier fondateur du musée, la voix off qui était la sienne annonça dans une transition qui se voulait sans doute humoristique qu’on allait voguer sur une vague en chocolat. La voisine d’Aline qui s’était déjà fait remarquer par son retard commenta tout haut le manque d’originalité du texte et ajouta ironiquement qu’il avait eu raison de faire chocolatier, tout le monde n’avait pas des talents littéraires. Encore une qui avait été diplomate dans une vie antérieure.
Alexia n’en pouvait plus de souffrir. Elle avait besoin de savoir pourquoi Laurence l’avait quittée et surtout pour qui elle l’avait quittée. Leur relation fusionnelle et passionnée avait été ponctuée de déchirures et de retrouvailles, de cruauté et de douceur. Leur rupture avait été aussi soudaine qu’imprévue et Laurence était partie sans laisser d’adresse. C’est par une gaffe de sa sœur lasse d’être persécutée par ses coups de téléphone qu’Alexia su que Laurence avait trouvé refuge en Argentine. Elle s’était découvert des talents d’écrivain inconnus de tous jusque là et avait sur un coup de tête décidé de chercher l’inspiration dans cette partie du globe. C’était du moins la version officielle. Alexia suspectait des motivations beaucoup moins nobles, son clitoris qu’elle avait assez sensible la poussait davantage à l’action qu’à la réflexion. Pourquoi lui avait-elle fait ça ? Quitte à rompre autant que ce soit après une explication franche, elle avait besoin de savoir pour tirer un trait ensuite. Ce qui était moins avouable c’est qu’elle en crevait de jalousie, son imagination la poussait à inventer toutes sortes de scénarii plus érotiques les uns que les autres où Laurence était la vedette principale dans des postures trop indécentes pour être racontées. L’Argentine c’était grand mais puisque Laurence avait choisi de devenir Marguerite Duras elle serait Kay Scarpetta, à chacune ses idoles ! Une agence de voyage spécialisée dans les billets en partance pour tout le continent sud américain, un coup de fil à son employeur pour prendre un congé sans solde et un saut à la banque pour acheter des travellers chèques elle était prête. Quelques affaires jetées dans une valise, ici c’était l’automne mais là-bas le printemps et demain Alexia embarquait pour le vol A 830 en partance pour Buenos Aires. Elle savait que le mystère était entier, elle était prête à être surprise, même à se prendre une claque dans la figure mais elle avait un compte à régler avec Laurence et aussi elle-même !
Catastrophe ! Alexia ne pouvait plus mettre un pied par terre, elle était coincée au lit avec une affreuse douleur qui lui torpillait le bas du dos et toute la jambe droite en irradiant principalement dans la fesse et la cuisse. Elle tenta de se lever mais du se recoucher car les supplices provoqués par l’effort provoquèrent un malaise. La poisse, dans huit heures elle devait être à l’aéroport pas question de manquer son vol. Elle prit le téléphone qui était à portée de main sur la table de nuit et fit le 15. La voix de la coordinatrice fut d’emblée rassurante. Non ce n’était pas grave, qu’elle lui donne une adresse, un numéro de téléphone et d’ici trente minutes un médecin généraliste viendrait la voir. Il y avait un interphone, un code d’accès ? A peine avait-elle raccrochée que l’espoir revint. Cela lui donna l’énergie suffisante pour surmonter la décharge électrique qu’elle ressentit en se sortant de son lit. S’accrochant à tout ce qu’elle trouva à portée de main, elle alla d’abord jusqu’aux toilettes car sa vessie allait exploser puis entrouvrit la porte d’entrée pour enfin aller s’écrouler en sueurs sur son lit de souffrance. Un coup de sonnette bref et une femme, la trentaine, une brune aux yeux marrons assez mignonne, poussa la porte à l’injonction d’Alexia qui en profita également par cette occasion pour se localiser dans l’appartement. On la sentait fraîchement sortie de la faculté encore pleine d’enthousiasme pour sauver le monde de la misère et de la maladie. Elle n’était pas encore pervertie par la paperasse que la Sécurité Sociale ne manquerait pas de lui faire avaler jusqu’à l’indigestion ni n’avait pas encore pensé qu’elle s’était trompée de vocation et qu’elle aurait mieux fait de se faire au choix assistante sociale, psychanalyste, conseillère conjugale ou petite-fille modèle pour personnes âgées délaissées ou les quatre à la fois. A la vue d’Alexia au visage déformé par une grimace elle se sentit un devoir que de la remettre sur pied, c’était le cas de le dire. Après les politesses d’usage, Alexia entra dans le vif du sujet et expliqua ce qui lui arrivait mais aussi son voyage auquel elle ne voulait renoncer. Un examen minutieux et le diagnostic tomba : sciatique paralysante. Traitement : huit jours de repos absolu et médicaments antalgiques et anti-inflammatoires, plus question de prendre l’avion. Alexia écouta silencieusement le médecin puis avant qu’elle ne puisse articuler un mot éclata en sanglot. Elle souffrait mais pas seulement du dos. Ce qu’elle avait portait un nom : maladie d’amour. Un destin cruel s’acharnait contre elle et la poussait au désespoir. Si elle ne partait pas elle se jetait par la fenêtre. Le médecin déstabilisé par la réaction d’Alexia s’assis sur le bord du lit et lui prit la main. Sur un ton doux et compassé elle lui expliqua que ce n’était pas très raisonnable de partir mais qu’elle avait entendu sa détresse, elle allait l’aider à réaliser son projet, les blessures de l’âme sont les plus difficiles à soulager et soigner pour un médecin c’est aussi accompagner son patient dans son désir d’être. Elle plongea la tête la première dans son sac et sortit seringue aiguille alcool coton et ampoules. Elle prépara et pratiqua l’injection après s’être lavée les mains dans la salle de bain. Alexia ne sentit même pas l’aiguille et elle regarda cette femme qu’elle aurait trouvé désirable en d’autres circonstances, sensuelle dans son rôle d’infirmière dévouée. Elle ne savait rien d’elle et si son cœur et son esprit n’étaient pas ravagés par sa rupture avec Laurence elle aurait sans doute tenté une approche mais là elle n’était pas à son avantage. Le médecin lui assura que d’ici une heure elle se sentirait mieux, elle lui rédigeait une ordonnance et elle pourrait embarquer normalement comme prévu. Elle devait se méfier néanmoins des effets sédatifs et ne pas trop forcer avant le départ sur les prises, elle aurait tout le temps de se rattraper en vol. Alexia bafouilla des remerciements embarrassés et paya sa consultation. Au moment de partir le médecin dans un sourire lumineux lui donna un dernier conseil : « je connais un bon antidépresseur naturel, le chocolat. Faites-vous une bonne tasse ou une bonne tartine comme dans votre enfance, je suis sure que vous ne mangez plus rien depuis quelques jours. Il vous faudra des forces pour votre projet. Et ne vous inquiétez pas on guérit d’un chagrin d’amour à condition de savoir tourner la page ! ».
Fiat lux ! Pour Julie et Aline le cacao n’avait plus de secrets ou presque, ce n’était pas comme le chocolat où les recettes étaient mieux gardées que la Maison Blanche. Les gamins n’avaient pas attendu le générique ni la lumière pour filer dans la pièce d’à côté où trônait une exposition de sculptures en chocolat. Elles reconnurent la caissière métamorphosée en guide et d’emblée d’un ton autoritaire elle obtint le silence. Explications, descriptions, historique et encouragement à s’attarder sur les objets d’art. Julie fut davantage intéressée par la collection de moules en différents matériaux et aux motifs inspirés par les époques. Médailles, insignes aristocratiques et militaires, animaux sauvages, portraits de roi ou de comtesses remplacés depuis par des formes géométriques assez impersonnelles ou des classiques ayant traversés les âges comme les lapins, les poules ou les œufs. Elle eut l’œil attiré par deux moulages : un basset et un de Bécassine. Avant qu’elle n’en voit davantage, elle entendit que l’attention était demandée à tous afin d’entendre le récit de ces deux pièces uniques. Le dessinateur de Bécassine avait intenté un procès à l’industriel qui dura plus de vingt ans car le copyright n’existant pas, il avait réclamé des droits d’auteur que ce dernier s’était bien gardé de lui verser puisqu’il n’avait même pas demandé l’autorisation à son auteur d’utiliser son personnage. Quant au basset il n’en sortit que sept exemplaires car trop fragile dans sa largeur, la figurine en chocolat se cassait systématiquement en son milieu au démoulage. C’est ainsi que furent définies les caractéristiques des moulages, plus hauts que larges, le volume ayant son importance limitant ainsi les modèles.
Les deux retardataires ne quittaient pas des yeux Julie et Aline, surtout Aline. Julie en prit ombrage et le fit remarquer à Aline qui haussa les épaules. Et alors elles étaient homo elles assumaient, ça les prendrait avant que ça ne me reprenne. Dans moins d’une heure elles disparaissaient de leur vie pas besoin d’en faire toute une pendule. D’accord c’est gênant d’être dévisagée mais le regard était loin d’être hostile, plutôt sympathique même et après tout peut être que elles aussi… Un grand claquement de mains retentit les invitant à changer d’endroit, machines et affiches meublaient les lieux. Re belote, explications, descriptions, historique et encouragement à s’attarder sur les objets. Julie et Aline étaient collées par les deux femmes cela commençait à en devenir embarrassant surtout qu’elles s’échangeaient des commentaires à voix basse dans l’oreille. Puis enfin le moment tant attendu, la dégustation de chocolat.
Alexia avait écouté le conseil du médecin et se força à avaler un bol de café avec des tartines. Pour le chocolat elle remettait à plus tard, elle n’en avait pas envie, c’était trop associé au plaisir et à Laurence. En effet elles s’étaient rencontrées autour d’une glace au chocolat au jardin du Luxembourg, dans la queue d’un célèbre traiteur, Laurence n’avait rien trouvé de mieux que de lui décorer ses sandalettes d’une boule marron qui avait eu la délicatesse de fondre rapidement sur ses orteils au moment où elle se retournait. Laurence avait proposé de l’aider à se nettoyer avec des mouchoirs jetables en attendant de trouver un point d’eau pour achever la mise au propre. Pour se faire pardonner de sa maladresse elle l’avait invitée à consommer au salon de thé celui-là même où l’incident s’était produit la gourmandise de son choix. De bien entendu elles avaient commandé un chocolat liégeois, leur histoire avait pris aussi rapidement que la crème chantilly qui ornait les coupes. L’effet de la piqûre se fit sentir et Alexia put aller à la pharmacie acheter ses médicaments. Elle mit le sachet dans son sac de voyage et se reposa jusqu’au départ. Taxi, aéroport, zone d’embarquement, place dans l’avion côté couloir et enfin le décollage. L’arrivée à Buenos Aires fut décevante, en bout de piste dans des locaux minuscules. Là elle devait trouver une aiguille dans une botte de foin. Autant dire mission impossible mais depuis vingt quatre heures plus rien ne l’effrayait. Commencer par le commencement. Avec ses rudiments d’espagnol elle loua une chambre pour la nuit près de la place de Mai, un chauffeur de taxi lui ayant donné l’adresse contre un généreux pourboire en dollars. Quelques empanadas, spécialités locales, petits chaussons fourrés de viande ou de légumes, une bonne nuit sans oublier les médicaments et Alexia fut d’attaque. Elle se rendit sur-le-champ dans une agence de voyage et acheta un billet pour le Nord Ouest argentin. Ce sont trois provinces, Tucuman, Salta et Jujuy qui invitent à la rencontre de deux rêves. D’une part, l’Amérique du Sud avec son passé indien. Celle de la Bolivie et du Pérou. Celle de Machu Pichu et de la pub pour Nescafé. Celles des hauts plateaux andins. D’autre part une Amérique du Sud des grands espaces. Celles où on vient tourner des westerns. Celle qui peut regarder sans rougir l’Ouest Nord Américain même si elle est moins connue, vantée, médiatisée, touristisée en masse…Et puis c’est encore l’Argentine avec ses qualités et ses défauts, ses petits grains de folie mais aussi une civilisation de type européen bien implantée. L’embarquement avait lieu immédiatement au bord d’un bus où elle y dormirait une nuit sur deux tant le périple était long. Le groupe était constitué uniquement d’Argentins et elle fut d’emblée adoptée par tous, la France étant le pays de leurs origines et aussi la patrie de Carlos Gardel leur idole. Elle sentait qu’elle symbolisait leurs rêves, celui d’échapper à un pays en voie de tiers-mondisation, qui à ce moment n’avait pas encore rendez-vous avec le destin tragique économique que l’on connaît aujourd’hui et toujours angoissé par les effets de la dictature du régime des colonels. Au revoir Buenos Aires, bonjour la pampa et la Cordillère des Andes. Assise au bord de la fenêtre, à la première place qui se trouvait juste à l’entrée de l’autocar à droite, Alexia eut tout loisir d’admirer le paysage, varié, surprenant, loin d’être un tout uniforme. Le trajet entre San Miguel de Tucuman et Cafayate le démontra brillamment. Du vert foncé à l’ocre en passant par le vert tendre. De la forêt subtropicale luxuriante au désert peuplé de cactus en passant par une haute vallée tempérée. Le Nord Ouest offrait un véritable festival de formes taillées par la nature et de coloris témoins d’une richesse minérale énorme. On surfait du jaune au gris, du rouge à l’ocre, du blanc au cuivre, des verts aux marrons, du violet aux bleus. Et par endroits toutes ces couleurs se côtoyaient en une grande bataille qui lui offrait une symphonie visuelle. Il était évident que si Laurence cherchait l’inspiration ce serait dans cette région. A chaque halte, Alexia s’arrêtait discuter avec le personnel de l’établissement leur demandant si la chica de la phografia était passée par-là. Malgré les billets verts la réponse était toujours la même, négative et absolue. Et si la sœur de Laurence lui avait refilé un tuyau percé ? Près de la frontière bolivienne, au nord du tropique du Capricorne, l’excursion les mena sur un site exceptionnel. D’abord Punamarca, village situé dans la Quebrada du Humahuaca, semblant n’avoir pas changé depuis des siècles malgré le tourisme (ou grâce à lui ?) au pied de la montagne aux sept couleurs. Puis de l’autre côté de la vallée, la « palette du peintre » digne de son appellation avec, à son pied rehaussant l’intérêt du lieu, un cimetière typique occupant deux buttes, avec certaines tombes véritables petites maisons miniatures. C’est là que voulant éviter d’être photographiée avec les lamas et les autochtones, déguisés en l’occasion en musiciens d’altiplano avec flûte de pan et charango, elle fit la connaissance d’un couple de routards allemands parlant un français impeccable. Bien sur qu’ils connaissaient Laurence, ils l’avaient rencontrée à Buenos Aires dans un bar où elle était en compagnie d’une femme très blonde, trop rare ici pour qu’on ne les remarque pas, un peu le sosie d’Evita Péron. Elles avaient l’intention de se rendre à Salta puis de là prendre le train des nuages. Ils avaient d’ailleurs prévu de se revoir là-bas, justement demain. Une chance le groupe s’y rendait aussi, Alexia allait enfin savoir !
« Je vous préviens les enfants, le chocolat est très chaud, ne vous bousculez pas, il y en aura pour tout le monde. Evitez de salir aussi car aujourd’hui il y a de l’affluence et nous n’aurons pas le temps de nettoyer ! ». A peine avait elle fini sa phrase qu’une cohue fit trembler la table où se trouvaient les gobelets et qu’Aline et Julie qui n’avaient pas eu le temps de prendre du recul furent éclaboussées de micro taches marrons sur les jambes qu’elles avaient nues grâce à leurs shorts. Les deux femmes qui les collaient toujours rirent sans honte et sans retenue et Aline leur jeta un regard noir qui les calma instantanément. Les sales mômes n’avaient pas le monopole du chocolat chaud renversé par inadvertance… Le breuvage était délicieux, onctueux au palais, laissant un goût sucré agréable en bouche, donnant l’envie d’en reboire un autre aussitôt. Les explications continuaient à pleuvoir sur les vertus du chocolat : antidépresseur, aphrodisiaque, stimulantes, laxatives, je ne les citerai pas toutes vous les connaissez. Pour continuer la démonstration, des gobelets de petites pastilles de chocolat furent également distribuées, lait, blanc et noir afin de vérifier la diversité des mélanges du beurre de cacao avec le cacao le sucre et d’autres substances. C’était surtout une excellente mise en bouche pour consommer d’autres friandises à base de chocolat, justement vendues dans la boutique, située exactement à la sortie du musée. Aline et Julie s’attardèrent sur les dernières vitrines, la visite touchait à sa fin.
Tren a las Nubes, train des nuages pris entre deux mille et trois mille mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes. Point d’orgue du voyage. La lenteur du train et ses fenêtres ouvertes lui permirent de profiter à plein du paysage. Pour éviter le mal des montagnes, elle s’acheta un sachet de feuilles de coca, qu’elle suça tout du long, évitant de les avaler à causes des troubles digestifs que cela risquait de provoquer. D’ailleurs les toilettes furent vite pris d’assaut, apparemment nombreux étaient ceux qui ignoraient ce détail. Parti dans une vallée encaissée, le train s’élevait sur ses flancs pour parvenir à un plateau bordé d’imposantes montagnes atteignant les 5000 mètres. L’oxygène manquait et incapable de bouger car tout effort lui coûtait et la mettait au bord du malaise, elle du se résoudre à contempler passivement le paysage désertique, aride et grandiose. Arrivé à 4500 mètres le train s’immobilisa pour laisser les Indiens, au visage buriné et aplati, la possibilité de troquer avec les voyageurs les objets artisanaux, poteries, céramiques, tricots en alpaga, tapis en laine contre des crayons, des cahiers ou du lait pour les enfants. C’est alors que de son siège Alexia aperçut Laurence aux côtés d’une femme blonde et des deux routards en pleine tractation avec une femme dont le bébé attaché dans le dos grâce à un châle, dormait à poings fermés. Il ne lui restait plus qu’à attendre qu’elle remonte dans le train et dès que ce serait possible elle irait à sa rencontre. En fait c’est la faim qui la poussa à bouger. Le restaurant était ouvert et si elle se débrouillait bien, en mâchouillant un peu de coca toutes les trois bouchées elle pourrait manger tranquillement sans friser la perte de connaissance. Elle s’y rendit tant bien que mal et s’installa à la seule table libre. Alors qu’elle lisait la carte, le visage caché par elle, un groupe de cinq personnes compléta la table sans rien lui demander. Habituée à la promiscuité depuis son arrivée dans le pays Alexia ne s’en formalisa pas, on était loin de la France et de ses bonnes manières. Voulant commander elle leva le bras pour faire signe au serveur mais elle s’arrêta net dans son élan en voyant assise en face d’elle Laurence. Blême, traversée d’émotions contradictoires, elle bafouilla un « bonjour Laurence » inaudible. Laurence encore plus surprise qu’elle se leva et se rassit aussitôt coincée par ses deux voisins latéraux sans répondre à son bonjour.
« Comment tu m’as retrouvée ?
- Pourquoi m’as-tu quittée ?
- Tu crois que c’est le moment de régler nos comptes ! Nous ne sommes pas toutes seules. C’est fini entre nous, tu aurais du le comprendre. Pourquoi tu t’accroches ?
- Et toi pourquoi tu me fuis ? Je ne suis pas un chien, j’ai le droit à une explication, un mot.
- Bien ! Alors voilà je ne t’aime plus, j’aime Eva, je suis trop amoureuse de ma liberté pour rester avec une femme que je ne désire plus. Tu as perdu toute saveur et tout mystère, je connais par cœur tes caresses et tes mots d’amour, ton corps et ses odeurs, je veux m’enivrer d’autres plaisirs et d’autres sensations que ceux que tu m’as donnés. Oublie-moi, il le vaut mieux pour toi, j’ai mis sept mille kilomètres de distance entre toi et moi, le message est clair non ?
- Très clair effectivement ! »
Comme un boxeur assommé par le KO de son adversaire, Alexia avala mécaniquement le contenu de son assiette sans mot dire et quitta la table sans un regard ni un adieu à Laurence. Elle s’écroula sur son siège et en pleurs sur son sort. Les feuilles de coca commençaient à la mettre dans un état un peu second et alors que les montagnes aux couleurs multiples défilaient sous ses yeux gonflés, prise d’hallucinations visuelles sous l’effet de la drogue, elle se sentit devenir un aigle. Elle volait au-dessus de la Cordillère des Andes, dans un mouvement puissant et souple, lui procurant un sentiment intense de liberté. Comme libérée de toute entrave, une infinité de possibles s’ouvrait à elle, rien ne semblait faire obstacle à la réalisation de ses désirs. Elle pouvait enfin revenir en France et passer à une autre histoire, la rupture était totale et définitive. Elle était assez soulagée de ce dénouement, son aventure aurait fini par être destructrice, d’ailleurs son corps avait parlé pour elle, sa sciatique lui avait signifié qu’elle en avait eu plein le dos. Elle avait été reconnaissante au médecin de l’avoir remise si vite sur pied et son traitement avait été des plus efficaces. Sa lombalgie n’était plus qu’un lointain souvenir ! A bien y regarder, ce qui restera de tout cela seront les merveilleux paysages argentins, cette nature si généreuse pour ce pays trop mal connu. Comme pour boucler la boucle, elle eut envie de clore son périple en gardant une trace de son passage en cette partie du monde. Elle acheta des cartes postales et au moment de les mettre dans son sac une envie subite d’en envoyer une. Sans ce médecin elle serait passée complètement à côté de toutes ces beautés. Elle rédigea le texte suivant au dos de la carte : « à défaut de guérir mes peines de cœur, vous avez su me donner la force d’affronter mon chagrin et de tourner la page pour me rendre disponible à d’autres histoires que je souhaite plus heureuses. Sans votre injection ma sciatique m’aurait empêché de découvrir un pays magnifique et aussi de connaître de nouveaux bonheurs. Cordialement. Signature ». Il ne lui restait plus qu’à copier les coordonnées du Dr Boncoeur qui se trouvaient sur l’ordonnance. Et à rentrer…Fin du voyage et de l’histoire…
Aline et Julie, trop fines gueules se laissèrent tenter par ce que proposait la boutique. Elles craquèrent pour des bouchées à la pralinée et du cacao en poudre ainsi qu’un assortiment de chocolats maison. Les deux femmes qui ne les avaient pas quittées de la visite hésitèrent à les imiter et firent mine d’être passionnées par les objets situés dans une vitrine qui étaient également à vendre, tasses, foulards, livres, petites cuillères, moules…Aline et Julie profitèrent de leur inattention pour filer à l’anglaise, la pluie ayant cessé elles décidèrent de continuer leur balade interrompue trop brutalement. Tiens il y avait longtemps que le portable n’avait pas vibré. Le numéro d’appel affiché indiquait à Aline que c’était sa secrétaire, elle décrocha car de toute façon il faudrait rappeler. Elle se mit dans un coin de la cour, à l’écart de l’entrée et de la sortie du musée pendant que Julie rangeait minutieusement le parapluie pliable et les chocolats dans son grand sac de plage.
«Bonjour Marie-Jeanne c’est le Dr Boncoeur, qu’est-ce qui se passe ?
- Monsieur Durand a porté plainte je voulais vous prévenir.
- Vous avez bien fait mais je verrai ça à mon retour de vacances. Contactez maître Simon, je serai au cabinet lundi. Merci Marie-Jeanne et bonne journée, au revoir ! »
Aline raccrocha, contrariée par la nouvelle mais elle s’y attendait. Son avocat était optimiste, la plainte n’était pas recevable, aussi il n’y avait aucune raison de gâcher inutilement la fin des vacances. Elle verrait bien assez tôt les rebondissements de l’affaire qui risquaient d’être nombreux vu l’opiniâtreté de monsieur Durand. En attendant la priorité était de profiter de Biarritz et de ses plages et de la présence chaleureuse et douce de Julie.
Les deux femmes avaient quitté la boutique sans rien acheter. Elles avaient choisi d’aller se restaurer en centre-ville, le chocolat leur avait ouvert l’appétit.
« Alors ça t’a plus la visite ?
- Et comment ? Tu as vu le couple de quadra lesbiennes devant nous, un peu bourges et coincées tu ne trouves pas ?
- Tu es dure, si ça se trouve elles ont pensé pire de nous.
- Et les gamins qui n’ont pas arrêté de les énerver ? Faut être cruches pour se coller à eux il fallait se douter qu’il y en aurait un maladroit pour renverser du chocolat chaud par terre, c’était écrit d’avance !
- Qu’est-ce qu’elles t’ont fait Hélène pour que tu sois aussi critique, je ne te reconnais pas, tu n’es pas comme ça d’habitude !
- Tu as vu comment tu regardais la brune si tu avais pu lui sauter dessus tu l’aurais fait. C’était moi ou sa copine qui t’en a empêché ?
- Ni l’un ni l’autre et ce n’est pas ce que tu crois !
- Alors raconte-moi Alexia je serais curieuse de savoir ! »
Histoire lesbienne
Décidément Aline et Julie avaient eu de la chance pour leur séjour à Biarritz. Le soleil avait bien voulu montrer ses rayons tous les après-midi chassant ainsi les gros nuages gris mais le pays basque pour justifier ses dégradés de verts et son record national de journées de pluie n’avait pas voulu perdre son titre de champion pour elles. Aussi pour passer agréablement une heure sans devoir être trempées comme des soupes car le vent s’était mêlé de leur gâcher leur balade pourtant bien commencée sur le bord de plage en retournant leur parapluie, elles avaient laissé leur pas les guider jusqu’au musée du chocolat dictés par une gourmandise qu’elles avaient commune pour cette substance.
Elles n’étaient pas toutes seules à avoir eu cette idée, une colonie de vacances également avec des moniteurs encore plus immatures que les gamins qu’ils étaient censés encadrer. Pour preuve ils n’avaient pas hésité à toucher les affiches malgré les interdictions et s’étonnèrent tout penauds qu’elles se décrochassent si facilement. La caissière, au gabarit impressionnant de maîtresse-femme, leur rappela le règlement d’une voix et d’un ton qui auraient fait retrouver la mémoire à n’importe quelle victime de la maladie d’Alzheimer et le calme revint provisoirement dans le hall d’entrée qui servait également de salle d’attente à la visite guidée obligatoire. Provisoirement car l’énervement vira à l’hystérie collective quand la matrone annonça à la cantonade qu’à la sortie une dégustation gratuite de chocolat attendait les curieux. Julie eut un pied écrasé et Aline eut juste le temps d’esquiver une grappe de mômes agressifs qui sous l’œil aveugle des moniteurs rackettèrent une gamine du contenu de son porte-monnaie et de son sac à dos. Aline s’osa à intervenir et pour réponse elle eut cette phrase : « elle dit qu’elle a dix ans mais elle a un QI d’une enfant de trois ans et encore je ne sais même pas s’il est calculable ». Elle se fit d’un coup moins critique à l’égard de l’encadrement et se dit qu’au moins il y avait du bon à ne pas être mère, c’était un souci de moins pour leur couple. Quand ses copines idéaliseraient la maternité elle aurait la force de ne pas regretter son choix et se répèterait comme une formule magique un terme emprunté à Freud quand il parlait de sexualité infantile à savoir « pervers polymorphe » pour chasser le chagrin qui l’avait plus d’une fois envahi !
La pluie redoublait dehors et d’autres touristes les avaient rejointes dans la pièce qui devenait minuscule. Pourquoi cette attente ? Nulle explication et maintenant qu’elles avaient acheté leur billet et que tout semblait contre elles, impossible d’échapper à cet ennui qui pointait son nez. Enfin un brouhaha se fit entendre derrière la caisse et Aline et Julie furent prises dans un mouvement de foule qui les propulsa dans une salle sombre de projection mal éclairée. Comme elles s’en doutaient les gamins s’assirent devant dans le désordre et le bruit et elles prirent place au fond à distance de l’écran ! Et comme elles s’en doutaient aussi avec la chance qui était la leur aujourd’hui un type immense s’installa devant Julie lui bouchant la moitié de la vue dans la hauteur et son épouse obèse devant Aline lui bouchant la moitié de la vue dans la largeur. Un fou-rire libérateur s’empara d’elles et elles eurent juste le temps de se calmer lorsque la lumière s’éteignit. Et comme elles avaient décidément toujours beaucoup de chance elles se firent écraser les pieds par deux femmes qui étaient arrivées en retard et étaient restées debout et qui n’avaient plus d’autres choix que de s’installer à côté d’elles car la séance affichait complet et qu’on leur criait assis. Le film était des plus pédagogiques et tout le programme de géographie de sixième y passa. Les pays producteurs de chocolat, le tonnage, le prix du cours, les différentes espèces, la récolte… Le commentaire était laconique et plat sans entrain et les nombreux étrangers qui ne comprenaient pas un mot de la langue de Molière s’essayaient à des traductions à haute voix pour leurs compatriotes car bien évidemment le film n’était pas sous-titré en anglais et rien n’avait été prévu à cet effet. Des chut fusèrent et il ne faudrait pas s’étonner ensuite que les français aient si mauvaise réputation pour l’accueil des vacanciers. Puis sur une vue de Biarritz et de ses surfeurs qui laissa la place au chocolatier fondateur du musée, la voix off qui était la sienne annonça dans une transition qui se voulait sans doute humoristique qu’on allait voguer sur une vague en chocolat. La voisine d’Aline qui s’était déjà fait remarquer par son retard commenta tout haut le manque d’originalité du texte et ajouta ironiquement qu’il avait eu raison de faire chocolatier, tout le monde n’avait pas des talents littéraires. Encore une qui avait été diplomate dans une vie antérieure.
Alexia n’en pouvait plus de souffrir. Elle avait besoin de savoir pourquoi Laurence l’avait quittée et surtout pour qui elle l’avait quittée. Leur relation fusionnelle et passionnée avait été ponctuée de déchirures et de retrouvailles, de cruauté et de douceur. Leur rupture avait été aussi soudaine qu’imprévue et Laurence était partie sans laisser d’adresse. C’est par une gaffe de sa sœur lasse d’être persécutée par ses coups de téléphone qu’Alexia su que Laurence avait trouvé refuge en Argentine. Elle s’était découvert des talents d’écrivain inconnus de tous jusque là et avait sur un coup de tête décidé de chercher l’inspiration dans cette partie du globe. C’était du moins la version officielle. Alexia suspectait des motivations beaucoup moins nobles, son clitoris qu’elle avait assez sensible la poussait davantage à l’action qu’à la réflexion. Pourquoi lui avait-elle fait ça ? Quitte à rompre autant que ce soit après une explication franche, elle avait besoin de savoir pour tirer un trait ensuite. Ce qui était moins avouable c’est qu’elle en crevait de jalousie, son imagination la poussait à inventer toutes sortes de scénarii plus érotiques les uns que les autres où Laurence était la vedette principale dans des postures trop indécentes pour être racontées. L’Argentine c’était grand mais puisque Laurence avait choisi de devenir Marguerite Duras elle serait Kay Scarpetta, à chacune ses idoles ! Une agence de voyage spécialisée dans les billets en partance pour tout le continent sud américain, un coup de fil à son employeur pour prendre un congé sans solde et un saut à la banque pour acheter des travellers chèques elle était prête. Quelques affaires jetées dans une valise, ici c’était l’automne mais là-bas le printemps et demain Alexia embarquait pour le vol A 830 en partance pour Buenos Aires. Elle savait que le mystère était entier, elle était prête à être surprise, même à se prendre une claque dans la figure mais elle avait un compte à régler avec Laurence et aussi elle-même !
Catastrophe ! Alexia ne pouvait plus mettre un pied par terre, elle était coincée au lit avec une affreuse douleur qui lui torpillait le bas du dos et toute la jambe droite en irradiant principalement dans la fesse et la cuisse. Elle tenta de se lever mais du se recoucher car les supplices provoqués par l’effort provoquèrent un malaise. La poisse, dans huit heures elle devait être à l’aéroport pas question de manquer son vol. Elle prit le téléphone qui était à portée de main sur la table de nuit et fit le 15. La voix de la coordinatrice fut d’emblée rassurante. Non ce n’était pas grave, qu’elle lui donne une adresse, un numéro de téléphone et d’ici trente minutes un médecin généraliste viendrait la voir. Il y avait un interphone, un code d’accès ? A peine avait-elle raccrochée que l’espoir revint. Cela lui donna l’énergie suffisante pour surmonter la décharge électrique qu’elle ressentit en se sortant de son lit. S’accrochant à tout ce qu’elle trouva à portée de main, elle alla d’abord jusqu’aux toilettes car sa vessie allait exploser puis entrouvrit la porte d’entrée pour enfin aller s’écrouler en sueurs sur son lit de souffrance. Un coup de sonnette bref et une femme, la trentaine, une brune aux yeux marrons assez mignonne, poussa la porte à l’injonction d’Alexia qui en profita également par cette occasion pour se localiser dans l’appartement. On la sentait fraîchement sortie de la faculté encore pleine d’enthousiasme pour sauver le monde de la misère et de la maladie. Elle n’était pas encore pervertie par la paperasse que la Sécurité Sociale ne manquerait pas de lui faire avaler jusqu’à l’indigestion ni n’avait pas encore pensé qu’elle s’était trompée de vocation et qu’elle aurait mieux fait de se faire au choix assistante sociale, psychanalyste, conseillère conjugale ou petite-fille modèle pour personnes âgées délaissées ou les quatre à la fois. A la vue d’Alexia au visage déformé par une grimace elle se sentit un devoir que de la remettre sur pied, c’était le cas de le dire. Après les politesses d’usage, Alexia entra dans le vif du sujet et expliqua ce qui lui arrivait mais aussi son voyage auquel elle ne voulait renoncer. Un examen minutieux et le diagnostic tomba : sciatique paralysante. Traitement : huit jours de repos absolu et médicaments antalgiques et anti-inflammatoires, plus question de prendre l’avion. Alexia écouta silencieusement le médecin puis avant qu’elle ne puisse articuler un mot éclata en sanglot. Elle souffrait mais pas seulement du dos. Ce qu’elle avait portait un nom : maladie d’amour. Un destin cruel s’acharnait contre elle et la poussait au désespoir. Si elle ne partait pas elle se jetait par la fenêtre. Le médecin déstabilisé par la réaction d’Alexia s’assis sur le bord du lit et lui prit la main. Sur un ton doux et compassé elle lui expliqua que ce n’était pas très raisonnable de partir mais qu’elle avait entendu sa détresse, elle allait l’aider à réaliser son projet, les blessures de l’âme sont les plus difficiles à soulager et soigner pour un médecin c’est aussi accompagner son patient dans son désir d’être. Elle plongea la tête la première dans son sac et sortit seringue aiguille alcool coton et ampoules. Elle prépara et pratiqua l’injection après s’être lavée les mains dans la salle de bain. Alexia ne sentit même pas l’aiguille et elle regarda cette femme qu’elle aurait trouvé désirable en d’autres circonstances, sensuelle dans son rôle d’infirmière dévouée. Elle ne savait rien d’elle et si son cœur et son esprit n’étaient pas ravagés par sa rupture avec Laurence elle aurait sans doute tenté une approche mais là elle n’était pas à son avantage. Le médecin lui assura que d’ici une heure elle se sentirait mieux, elle lui rédigeait une ordonnance et elle pourrait embarquer normalement comme prévu. Elle devait se méfier néanmoins des effets sédatifs et ne pas trop forcer avant le départ sur les prises, elle aurait tout le temps de se rattraper en vol. Alexia bafouilla des remerciements embarrassés et paya sa consultation. Au moment de partir le médecin dans un sourire lumineux lui donna un dernier conseil : « je connais un bon antidépresseur naturel, le chocolat. Faites-vous une bonne tasse ou une bonne tartine comme dans votre enfance, je suis sure que vous ne mangez plus rien depuis quelques jours. Il vous faudra des forces pour votre projet. Et ne vous inquiétez pas on guérit d’un chagrin d’amour à condition de savoir tourner la page ! ».
Fiat lux ! Pour Julie et Aline le cacao n’avait plus de secrets ou presque, ce n’était pas comme le chocolat où les recettes étaient mieux gardées que la Maison Blanche. Les gamins n’avaient pas attendu le générique ni la lumière pour filer dans la pièce d’à côté où trônait une exposition de sculptures en chocolat. Elles reconnurent la caissière métamorphosée en guide et d’emblée d’un ton autoritaire elle obtint le silence. Explications, descriptions, historique et encouragement à s’attarder sur les objets d’art. Julie fut davantage intéressée par la collection de moules en différents matériaux et aux motifs inspirés par les époques. Médailles, insignes aristocratiques et militaires, animaux sauvages, portraits de roi ou de comtesses remplacés depuis par des formes géométriques assez impersonnelles ou des classiques ayant traversés les âges comme les lapins, les poules ou les œufs. Elle eut l’œil attiré par deux moulages : un basset et un de Bécassine. Avant qu’elle n’en voit davantage, elle entendit que l’attention était demandée à tous afin d’entendre le récit de ces deux pièces uniques. Le dessinateur de Bécassine avait intenté un procès à l’industriel qui dura plus de vingt ans car le copyright n’existant pas, il avait réclamé des droits d’auteur que ce dernier s’était bien gardé de lui verser puisqu’il n’avait même pas demandé l’autorisation à son auteur d’utiliser son personnage. Quant au basset il n’en sortit que sept exemplaires car trop fragile dans sa largeur, la figurine en chocolat se cassait systématiquement en son milieu au démoulage. C’est ainsi que furent définies les caractéristiques des moulages, plus hauts que larges, le volume ayant son importance limitant ainsi les modèles.
Les deux retardataires ne quittaient pas des yeux Julie et Aline, surtout Aline. Julie en prit ombrage et le fit remarquer à Aline qui haussa les épaules. Et alors elles étaient homo elles assumaient, ça les prendrait avant que ça ne me reprenne. Dans moins d’une heure elles disparaissaient de leur vie pas besoin d’en faire toute une pendule. D’accord c’est gênant d’être dévisagée mais le regard était loin d’être hostile, plutôt sympathique même et après tout peut être que elles aussi… Un grand claquement de mains retentit les invitant à changer d’endroit, machines et affiches meublaient les lieux. Re belote, explications, descriptions, historique et encouragement à s’attarder sur les objets. Julie et Aline étaient collées par les deux femmes cela commençait à en devenir embarrassant surtout qu’elles s’échangeaient des commentaires à voix basse dans l’oreille. Puis enfin le moment tant attendu, la dégustation de chocolat.
Alexia avait écouté le conseil du médecin et se força à avaler un bol de café avec des tartines. Pour le chocolat elle remettait à plus tard, elle n’en avait pas envie, c’était trop associé au plaisir et à Laurence. En effet elles s’étaient rencontrées autour d’une glace au chocolat au jardin du Luxembourg, dans la queue d’un célèbre traiteur, Laurence n’avait rien trouvé de mieux que de lui décorer ses sandalettes d’une boule marron qui avait eu la délicatesse de fondre rapidement sur ses orteils au moment où elle se retournait. Laurence avait proposé de l’aider à se nettoyer avec des mouchoirs jetables en attendant de trouver un point d’eau pour achever la mise au propre. Pour se faire pardonner de sa maladresse elle l’avait invitée à consommer au salon de thé celui-là même où l’incident s’était produit la gourmandise de son choix. De bien entendu elles avaient commandé un chocolat liégeois, leur histoire avait pris aussi rapidement que la crème chantilly qui ornait les coupes. L’effet de la piqûre se fit sentir et Alexia put aller à la pharmacie acheter ses médicaments. Elle mit le sachet dans son sac de voyage et se reposa jusqu’au départ. Taxi, aéroport, zone d’embarquement, place dans l’avion côté couloir et enfin le décollage. L’arrivée à Buenos Aires fut décevante, en bout de piste dans des locaux minuscules. Là elle devait trouver une aiguille dans une botte de foin. Autant dire mission impossible mais depuis vingt quatre heures plus rien ne l’effrayait. Commencer par le commencement. Avec ses rudiments d’espagnol elle loua une chambre pour la nuit près de la place de Mai, un chauffeur de taxi lui ayant donné l’adresse contre un généreux pourboire en dollars. Quelques empanadas, spécialités locales, petits chaussons fourrés de viande ou de légumes, une bonne nuit sans oublier les médicaments et Alexia fut d’attaque. Elle se rendit sur-le-champ dans une agence de voyage et acheta un billet pour le Nord Ouest argentin. Ce sont trois provinces, Tucuman, Salta et Jujuy qui invitent à la rencontre de deux rêves. D’une part, l’Amérique du Sud avec son passé indien. Celle de la Bolivie et du Pérou. Celle de Machu Pichu et de la pub pour Nescafé. Celles des hauts plateaux andins. D’autre part une Amérique du Sud des grands espaces. Celles où on vient tourner des westerns. Celle qui peut regarder sans rougir l’Ouest Nord Américain même si elle est moins connue, vantée, médiatisée, touristisée en masse…Et puis c’est encore l’Argentine avec ses qualités et ses défauts, ses petits grains de folie mais aussi une civilisation de type européen bien implantée. L’embarquement avait lieu immédiatement au bord d’un bus où elle y dormirait une nuit sur deux tant le périple était long. Le groupe était constitué uniquement d’Argentins et elle fut d’emblée adoptée par tous, la France étant le pays de leurs origines et aussi la patrie de Carlos Gardel leur idole. Elle sentait qu’elle symbolisait leurs rêves, celui d’échapper à un pays en voie de tiers-mondisation, qui à ce moment n’avait pas encore rendez-vous avec le destin tragique économique que l’on connaît aujourd’hui et toujours angoissé par les effets de la dictature du régime des colonels. Au revoir Buenos Aires, bonjour la pampa et la Cordillère des Andes. Assise au bord de la fenêtre, à la première place qui se trouvait juste à l’entrée de l’autocar à droite, Alexia eut tout loisir d’admirer le paysage, varié, surprenant, loin d’être un tout uniforme. Le trajet entre San Miguel de Tucuman et Cafayate le démontra brillamment. Du vert foncé à l’ocre en passant par le vert tendre. De la forêt subtropicale luxuriante au désert peuplé de cactus en passant par une haute vallée tempérée. Le Nord Ouest offrait un véritable festival de formes taillées par la nature et de coloris témoins d’une richesse minérale énorme. On surfait du jaune au gris, du rouge à l’ocre, du blanc au cuivre, des verts aux marrons, du violet aux bleus. Et par endroits toutes ces couleurs se côtoyaient en une grande bataille qui lui offrait une symphonie visuelle. Il était évident que si Laurence cherchait l’inspiration ce serait dans cette région. A chaque halte, Alexia s’arrêtait discuter avec le personnel de l’établissement leur demandant si la chica de la phografia était passée par-là. Malgré les billets verts la réponse était toujours la même, négative et absolue. Et si la sœur de Laurence lui avait refilé un tuyau percé ? Près de la frontière bolivienne, au nord du tropique du Capricorne, l’excursion les mena sur un site exceptionnel. D’abord Punamarca, village situé dans la Quebrada du Humahuaca, semblant n’avoir pas changé depuis des siècles malgré le tourisme (ou grâce à lui ?) au pied de la montagne aux sept couleurs. Puis de l’autre côté de la vallée, la « palette du peintre » digne de son appellation avec, à son pied rehaussant l’intérêt du lieu, un cimetière typique occupant deux buttes, avec certaines tombes véritables petites maisons miniatures. C’est là que voulant éviter d’être photographiée avec les lamas et les autochtones, déguisés en l’occasion en musiciens d’altiplano avec flûte de pan et charango, elle fit la connaissance d’un couple de routards allemands parlant un français impeccable. Bien sur qu’ils connaissaient Laurence, ils l’avaient rencontrée à Buenos Aires dans un bar où elle était en compagnie d’une femme très blonde, trop rare ici pour qu’on ne les remarque pas, un peu le sosie d’Evita Péron. Elles avaient l’intention de se rendre à Salta puis de là prendre le train des nuages. Ils avaient d’ailleurs prévu de se revoir là-bas, justement demain. Une chance le groupe s’y rendait aussi, Alexia allait enfin savoir !
« Je vous préviens les enfants, le chocolat est très chaud, ne vous bousculez pas, il y en aura pour tout le monde. Evitez de salir aussi car aujourd’hui il y a de l’affluence et nous n’aurons pas le temps de nettoyer ! ». A peine avait elle fini sa phrase qu’une cohue fit trembler la table où se trouvaient les gobelets et qu’Aline et Julie qui n’avaient pas eu le temps de prendre du recul furent éclaboussées de micro taches marrons sur les jambes qu’elles avaient nues grâce à leurs shorts. Les deux femmes qui les collaient toujours rirent sans honte et sans retenue et Aline leur jeta un regard noir qui les calma instantanément. Les sales mômes n’avaient pas le monopole du chocolat chaud renversé par inadvertance… Le breuvage était délicieux, onctueux au palais, laissant un goût sucré agréable en bouche, donnant l’envie d’en reboire un autre aussitôt. Les explications continuaient à pleuvoir sur les vertus du chocolat : antidépresseur, aphrodisiaque, stimulantes, laxatives, je ne les citerai pas toutes vous les connaissez. Pour continuer la démonstration, des gobelets de petites pastilles de chocolat furent également distribuées, lait, blanc et noir afin de vérifier la diversité des mélanges du beurre de cacao avec le cacao le sucre et d’autres substances. C’était surtout une excellente mise en bouche pour consommer d’autres friandises à base de chocolat, justement vendues dans la boutique, située exactement à la sortie du musée. Aline et Julie s’attardèrent sur les dernières vitrines, la visite touchait à sa fin.
Tren a las Nubes, train des nuages pris entre deux mille et trois mille mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes. Point d’orgue du voyage. La lenteur du train et ses fenêtres ouvertes lui permirent de profiter à plein du paysage. Pour éviter le mal des montagnes, elle s’acheta un sachet de feuilles de coca, qu’elle suça tout du long, évitant de les avaler à causes des troubles digestifs que cela risquait de provoquer. D’ailleurs les toilettes furent vite pris d’assaut, apparemment nombreux étaient ceux qui ignoraient ce détail. Parti dans une vallée encaissée, le train s’élevait sur ses flancs pour parvenir à un plateau bordé d’imposantes montagnes atteignant les 5000 mètres. L’oxygène manquait et incapable de bouger car tout effort lui coûtait et la mettait au bord du malaise, elle du se résoudre à contempler passivement le paysage désertique, aride et grandiose. Arrivé à 4500 mètres le train s’immobilisa pour laisser les Indiens, au visage buriné et aplati, la possibilité de troquer avec les voyageurs les objets artisanaux, poteries, céramiques, tricots en alpaga, tapis en laine contre des crayons, des cahiers ou du lait pour les enfants. C’est alors que de son siège Alexia aperçut Laurence aux côtés d’une femme blonde et des deux routards en pleine tractation avec une femme dont le bébé attaché dans le dos grâce à un châle, dormait à poings fermés. Il ne lui restait plus qu’à attendre qu’elle remonte dans le train et dès que ce serait possible elle irait à sa rencontre. En fait c’est la faim qui la poussa à bouger. Le restaurant était ouvert et si elle se débrouillait bien, en mâchouillant un peu de coca toutes les trois bouchées elle pourrait manger tranquillement sans friser la perte de connaissance. Elle s’y rendit tant bien que mal et s’installa à la seule table libre. Alors qu’elle lisait la carte, le visage caché par elle, un groupe de cinq personnes compléta la table sans rien lui demander. Habituée à la promiscuité depuis son arrivée dans le pays Alexia ne s’en formalisa pas, on était loin de la France et de ses bonnes manières. Voulant commander elle leva le bras pour faire signe au serveur mais elle s’arrêta net dans son élan en voyant assise en face d’elle Laurence. Blême, traversée d’émotions contradictoires, elle bafouilla un « bonjour Laurence » inaudible. Laurence encore plus surprise qu’elle se leva et se rassit aussitôt coincée par ses deux voisins latéraux sans répondre à son bonjour.
« Comment tu m’as retrouvée ?
- Pourquoi m’as-tu quittée ?
- Tu crois que c’est le moment de régler nos comptes ! Nous ne sommes pas toutes seules. C’est fini entre nous, tu aurais du le comprendre. Pourquoi tu t’accroches ?
- Et toi pourquoi tu me fuis ? Je ne suis pas un chien, j’ai le droit à une explication, un mot.
- Bien ! Alors voilà je ne t’aime plus, j’aime Eva, je suis trop amoureuse de ma liberté pour rester avec une femme que je ne désire plus. Tu as perdu toute saveur et tout mystère, je connais par cœur tes caresses et tes mots d’amour, ton corps et ses odeurs, je veux m’enivrer d’autres plaisirs et d’autres sensations que ceux que tu m’as donnés. Oublie-moi, il le vaut mieux pour toi, j’ai mis sept mille kilomètres de distance entre toi et moi, le message est clair non ?
- Très clair effectivement ! »
Comme un boxeur assommé par le KO de son adversaire, Alexia avala mécaniquement le contenu de son assiette sans mot dire et quitta la table sans un regard ni un adieu à Laurence. Elle s’écroula sur son siège et en pleurs sur son sort. Les feuilles de coca commençaient à la mettre dans un état un peu second et alors que les montagnes aux couleurs multiples défilaient sous ses yeux gonflés, prise d’hallucinations visuelles sous l’effet de la drogue, elle se sentit devenir un aigle. Elle volait au-dessus de la Cordillère des Andes, dans un mouvement puissant et souple, lui procurant un sentiment intense de liberté. Comme libérée de toute entrave, une infinité de possibles s’ouvrait à elle, rien ne semblait faire obstacle à la réalisation de ses désirs. Elle pouvait enfin revenir en France et passer à une autre histoire, la rupture était totale et définitive. Elle était assez soulagée de ce dénouement, son aventure aurait fini par être destructrice, d’ailleurs son corps avait parlé pour elle, sa sciatique lui avait signifié qu’elle en avait eu plein le dos. Elle avait été reconnaissante au médecin de l’avoir remise si vite sur pied et son traitement avait été des plus efficaces. Sa lombalgie n’était plus qu’un lointain souvenir ! A bien y regarder, ce qui restera de tout cela seront les merveilleux paysages argentins, cette nature si généreuse pour ce pays trop mal connu. Comme pour boucler la boucle, elle eut envie de clore son périple en gardant une trace de son passage en cette partie du monde. Elle acheta des cartes postales et au moment de les mettre dans son sac une envie subite d’en envoyer une. Sans ce médecin elle serait passée complètement à côté de toutes ces beautés. Elle rédigea le texte suivant au dos de la carte : « à défaut de guérir mes peines de cœur, vous avez su me donner la force d’affronter mon chagrin et de tourner la page pour me rendre disponible à d’autres histoires que je souhaite plus heureuses. Sans votre injection ma sciatique m’aurait empêché de découvrir un pays magnifique et aussi de connaître de nouveaux bonheurs. Cordialement. Signature ». Il ne lui restait plus qu’à copier les coordonnées du Dr Boncoeur qui se trouvaient sur l’ordonnance. Et à rentrer…Fin du voyage et de l’histoire…
Aline et Julie, trop fines gueules se laissèrent tenter par ce que proposait la boutique. Elles craquèrent pour des bouchées à la pralinée et du cacao en poudre ainsi qu’un assortiment de chocolats maison. Les deux femmes qui ne les avaient pas quittées de la visite hésitèrent à les imiter et firent mine d’être passionnées par les objets situés dans une vitrine qui étaient également à vendre, tasses, foulards, livres, petites cuillères, moules…Aline et Julie profitèrent de leur inattention pour filer à l’anglaise, la pluie ayant cessé elles décidèrent de continuer leur balade interrompue trop brutalement. Tiens il y avait longtemps que le portable n’avait pas vibré. Le numéro d’appel affiché indiquait à Aline que c’était sa secrétaire, elle décrocha car de toute façon il faudrait rappeler. Elle se mit dans un coin de la cour, à l’écart de l’entrée et de la sortie du musée pendant que Julie rangeait minutieusement le parapluie pliable et les chocolats dans son grand sac de plage.
«Bonjour Marie-Jeanne c’est le Dr Boncoeur, qu’est-ce qui se passe ?
- Monsieur Durand a porté plainte je voulais vous prévenir.
- Vous avez bien fait mais je verrai ça à mon retour de vacances. Contactez maître Simon, je serai au cabinet lundi. Merci Marie-Jeanne et bonne journée, au revoir ! »
Aline raccrocha, contrariée par la nouvelle mais elle s’y attendait. Son avocat était optimiste, la plainte n’était pas recevable, aussi il n’y avait aucune raison de gâcher inutilement la fin des vacances. Elle verrait bien assez tôt les rebondissements de l’affaire qui risquaient d’être nombreux vu l’opiniâtreté de monsieur Durand. En attendant la priorité était de profiter de Biarritz et de ses plages et de la présence chaleureuse et douce de Julie.
Les deux femmes avaient quitté la boutique sans rien acheter. Elles avaient choisi d’aller se restaurer en centre-ville, le chocolat leur avait ouvert l’appétit.
« Alors ça t’a plus la visite ?
- Et comment ? Tu as vu le couple de quadra lesbiennes devant nous, un peu bourges et coincées tu ne trouves pas ?
- Tu es dure, si ça se trouve elles ont pensé pire de nous.
- Et les gamins qui n’ont pas arrêté de les énerver ? Faut être cruches pour se coller à eux il fallait se douter qu’il y en aurait un maladroit pour renverser du chocolat chaud par terre, c’était écrit d’avance !
- Qu’est-ce qu’elles t’ont fait Hélène pour que tu sois aussi critique, je ne te reconnais pas, tu n’es pas comme ça d’habitude !
- Tu as vu comment tu regardais la brune si tu avais pu lui sauter dessus tu l’aurais fait. C’était moi ou sa copine qui t’en a empêché ?
- Ni l’un ni l’autre et ce n’est pas ce que tu crois !
- Alors raconte-moi Alexia je serais curieuse de savoir ! »

Espoir- Novice

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Age: 19
Ma Ville: Rabat
Nombre de messages: 43
Orientation sexuelle: Bisexuelle
Date d'inscription: 25/03/2011
Re: Vous aimez des histoires courtes et Homo alors c'est ici :)
Nouvelle Histoire
Lesbienne
Caddy girl
La pluie avait cessé quand elles arrivèrent sur Beaubourg. La météo une fois de plus s’était trompée et heureusement qu’elles étaient prévoyantes, elles avaient pris la précaution de prendre un parapluie pour cette balade dominicale. Théa et Valou, main dans la main affichaient leur nouveau bonheur, demain elles fêtaient les un an de leur rencontre. Comme un pèlerinage elles avaient voulu revenir sur le lieu de leur coup de foudre, ce bar où un dimanche comme celui-ci elles s’étaient réfugiées trempées, surprises par un orage aussi soudain qu’imprévu. Elles connaissaient le trajet par cœur et prenaient le temps de remonter la rue comme elles remontaient mentalement leurs souvenirs. Premier regard, premier baiser, première nuit d’amour. Tout s’était enchaîné très vite, comme si elles s’étaient attendues toute la vie et enfin trouvées.
Sans vraiment y prêter attention, elles virent une femme, la bonne quarantaine, des cheveux blancs teints, une superbe mèche donnant à sa coiffure une classe folle, bien habillée, le genre très chic et bourgeois peiner à traîner un caddy rempli de victuailles dans une main, un panier tout aussi chargé de l’autre. Elle marchait au pas de course derrière elles ce qui vu de l’extérieur avait un petit côté cocasse. Qu’est-ce que cette femme pouvait bien faire à emboîter le pas à ses deux jeunes filles qui à elles deux n’avaient pas son âge, leur jean et Doc Martins dépareillant avec son tailleur à la coupe impeccable et ses chaussures à talons pas du tout faits pour la marche ?
Un décor kitch attira l’attention de Théa et Valou ce qui les scotcha devant la vitrine de fringues pour gays fashion victimes et permit à la belle inconnue de les dépasser. Encore dix mètres et elles iraient s’asseoir au bar, répétant un scénario mille fois fantasmé. Reprendre les mêmes places, redire les mêmes mots et qui sait faire l’amour à la va-vite dans les toilettes. Il leur fallait traverser la rue car le bistrot était de l’autre côté du trottoir. Au moment où elles se prirent la main pour s'inviter mutuellement à se suivre, elles furent interpellées par l’inconnue. Celle-ci était pâle, au bord du malaise.
« Excusez-moi est-ce que vous ne pourriez pas m’aider, j’habite juste à côté et ce caddy est trop lourd pour moi ? Je ne pourrai pas y arriver seule.
- Si vous voulez ! »
Elle s’était adressée à Valou la plus masculine des deux. Inutile de la déshabiller pour s’apercevoir que sous sa veste en cuir des épaules puissantes et des bras musclés saillaient. Théa, regarda Valou, lui exprimant des yeux son étonnement. Qu’est-ce que c’était que ce plan ? Elle n’eut pas l’opportunité de s’interroger plus que la femme tituba et Valou eut juste le temps de la rattraper avant qu’elle ne tombe dans les pommes et l’assit sur une borne en béton.
« Oh là, qu’est-ce que vous nous faites ? Vous n’allez pas bien madame ?
- J’ai un peu couru, je n’ai pas l’habitude. C’est l’effort sans doute. Puis en plus je n’ai pas mangé à midi.
- Vous habitez où ? On va vous raccompagner, vous ne pouvez pas rester là. Théa prend le panier, moi je prends le caddy. Vous allez pouvoir marcher dès que vous irez mieux ?
- C’est bon on va y aller, c’est là, juste au bout de la rue à gauche, au deuxième étage. »
Le petit cortège se déplia et le trio pénétra sous un porche. Digicode. Grille. Un escalier vermoulu dans ce vieil immeuble du Marais, limite d’être coupe-gorge si on n’était pas en plein jour. Il faudrait les payer pour demeurer ici, qu’est-ce qu’on pouvait bien trouver à un tel endroit si ce n’est son implantation au cœur de Paris ? De toute façon ça n’était pas dans leurs moyens. Elles furent interrompues dans leur méditation par leur inconnue.
« Je peux vous poser une question ?
- Oui.
- Voilà je suis comme vous. Est-ce que vous ne connaîtriez pas un bar où je pourrais juste discuter, je ne cherche rien d’autre pour l’instant ? »
Valou avait beau être musclée, elle en bavait avec le poids du caddy et Théa tout autant avec le panier. Elles sentaient l’embrouille arriver. Si ça se trouve le mari attendait à l’étage et on allait leur faire un plan à trois avec le type qui matait. Ou bien la femme était seule et elle allait leur demander d’être des initiatrices. Elles avaient été repérées mais pour quelles raisons ? Essoufflées l’une l’autre elles apprécièrent de pouvoir déposer leur fardeau.
« Vous connaissez une adresse sympa ? C’est chez ma fille, elle vient juste d’emménager, je ne vous fais pas entrer c’est en bazar. J’habite en province et disons que c’est tout nouveau pour moi.
- Le quartier est plein d’endroits comme vous en cherchez. Nous ne fréquentons pas spécialement le milieu mais sachez que de toute façon si vous plaisez vous allez vous faire draguer, c’est inévitable. Si vous voulez juste parler allez plutôt du côté des associations ! répondit Valou, Théa laissant sa compagne mener la discussion.
- Je débarque, je suis néophyte. Quelles associations ?
- Il y a une librairie juste en bas, je vous conseille d’acheter Lesbia Magazine, vous ne serez pas déçue, vous aurez accès à toutes les informations qui vous manquent.
- Je veux juste parler, rien d’autre.
- Je ne vois pas ce que je peux vous proposer de plus.
- Vous savez ici c’est chez ma fille, elle est étudiante. Elle adore ce quartier, elle y a déjà beaucoup d’amis. Bon je vous dis merci et au revoir, je suis pressée, je dois ranger mes courses. »
C’est ainsi que sans ménagement et sans plus de façons l’inconnue mit fin à la conversation et à la rencontre. Valou et Théa dévalèrent à toute vitesse les escaliers et se mirent à courir jusqu’au bar. Elles n’avaient plus aucune envie de réaliser leurs fantasmes, la réalité les avait pris de court.
« Pourquoi elle nous a jetées comme ça ? Elle voulait parler et d’un seul coup elle a coupé le contact.
- Ne cherche pas Théa, encore une qui ne s’assume pas. Tu remarqueras qu’elle nous a mis dans la figure son passé hétéro avec sa fille et à l’écouter les lesbiennes sont des sauvages qui ne pensent qu’à baiser dès qu’elles tu leur adresses la parole. Encore une qui a des clichés et des préjugés qui lui servent de modèles.
- On peut rentrer Valou, je ne me sens pas bien.
- Qu’est-ce qui se passe mon chou ?
- Je ne sais pas, je me sens angoissée.
- Ne te rends pas malade pour cette femme, on ne la reverra jamais de notre vie. Et puis tu sais des comme elles tu vas en rencontrer plein.
- Non ce n’est pas ça le problème, c’est ma mère.
- Quoi ta mère ?
- Et bien je ne sais pas qui sait.
- Mais ta mère on a mangé avec elle la semaine dernière. Tu veux dire que tu crois qu’elle est lesbienne elle aussi.
- Non je ne sais pas qui c’est, elle m’a abandonnée quand j’avais deux ans, celle que tu connais c’est ma belle-mère.
- Merde alors. Excuse-moi pour la gaffe ! Tu as raison on va rentrer, c’est mieux. »
Théa se précipita sur le canapé et s’y jeta, Valou préféra le grand fauteuil. Elle savait que sa compagne avait besoin de tout lui raconter, ce secret lui pesait trop, il fallait qu’elle le partage.
« Mes parents ont divorcé quand j’avais un an et je suis restée alors avec mon père. Ne me demande pas pourquoi je n’en ai jamais rien su si ce n’est que ma mère s’est évanouie dans la nature sans laisser d’adresse. La femme que tu connais et que j’appelle maman est ma belle-mère, c’est elle qui m’a élevée. Elle s’est mariée avec mon père à la naissance de mon frère et m’a adoptée officiellement à ce moment là. De toute manière de ma mère je n’ai plus aucun souvenir j’étais trop petite pour cela. Les quelques photos conservées dans l’album familial ne me parlaient aucunement, à croire que ma mère voulait qu’on l’oublie définitivement. Elle était toujours prise de loin ou de telle sorte que son visage ne soit pas identifiable. Ne voulant pas non plus faire souffrir inutilement cette femme qui me donnait tout son amour, je n’ai jamais souhaité poser à qui que ce soit des questions sur ma famille maternelle, tout lien avait été rompu au moment de la disparition de ma mère. J’ai bien essayé à l’adolescence d’en savoir un peu plus quand je me suis posée des questions sur mon homosexualité mais à chaque fois je me heurtais au même blocus de mon père: je préfère ne pas t’en parler car je vais t’en dire du mal et je ne voudrais pas qu’un jour tu viennes me le reprocher. J’ai souvent rêvé qu’elle réapparaîtrait un jour pour tout nous expliquer et aussi nous demander pardon de nous avoir abandonné mon père et moi. Mais en même temps cette inconnue, débarquée de nulle part, qui viendrait chambouler une vie de famille si harmonieusement reconstruite après son départ, je ne l’imaginais pas trop. Bien sur j’ai eu aussi de la haine pour elle d’avoir été aussi égoïste, quel genre de mère était-elle ! Il faut avoir une pierre à la place du cœur pour rester insensible à une petite fille de un an qui immanquablement a du pleurer de douleur à la perte de sa mère. Comment a-elle pu croire que je resterai insensible ou que tout cela ne me détruirait pas psychologiquement ? Heureusement pour moi depuis je me suis réconciliée avec la gente féminine et ce ne sont pas les femmes maternelles qui m’ont manqué depuis. Toi la première Valou…
Ma vie a basculé le jour de mes 18 ans. Mon père pour la circonstance avait réuni toute la famille. Ma tante revenait d’un voyage à Bordeaux, nous habitions déjà la région parisienne à l’époque. Elle nous raconta qu’elle avait rencontré lors d’une visite d’une cave réputée une ancienne amie qu’elle n’avait pas revue depuis 20 ans. Celle-ci avait épousé un riche viticulteur Bordelais qui avait hérité d’un Château « quelque chose » qui était bien noté dans le guide Parker. Son amie avait une vie princière et elle fut toute émue de ses retrouvailles. Tout cela lui paraissait si loin. Après des échanges sur des connaissances communes, la châtelaine proposa à ma tante de lui offrir une caisse de son si précieux breuvage en souvenir des jours heureux passés. Mais malheureusement elle dut s’absenter un moment car un nouveau groupe venait d’arriver et elle se devait de les accueillir. Aussi la laissa-t-elle entre les mains de son employée qui tenait la boutique, celle-ci ayant reçu des ordres bien précis. Ma tante, toute retournée par ces événements raconta alors à la caviste comment les hasards de l’existence peuvent être parfois si surprenant. La discussion s’engagea entre elles deux et la femme lui parla de sa fille qu’elle n’avait pas revue depuis dix sept ans. Elle avait dans son portefeuille une photo d’une petite fille âgée d’un an. C’était moi et cette femme était ma mère biologique. Ma tante poussa un hurlement car elle me reconnut instantanément, par contre elle n’avait pas du tout reconnu son ancienne belle-soeur. Il faut dire qu’elle avait tellement changé. Ma mère tremblante d’émotion la supplia de me remettre une lettre qu’elle avait toujours dans son sac afin de me pousser à reprendre contact avec elle. J’ai gardé le message mais je n’ai pas répondu. Je sais juste que ma mère est vivante et qu’elle habite Bordeaux. Voilà tu sais tout Valou ».
Théa s’écroula en pleurs dans les bras de sa compagne, débordée par l’émotion de son récit. Valou attendit qu’elle se calmât car des questions lui brûlaient les lèvres.
« Pourquoi tu ne veux pas la revoir ? Tu as vu dans quel état tu es, tu ne peux pas continuer à fuir ton passé. Une mère c’est une mère, bonne ou mauvaise on n’en a qu’une. Toute cette histoire te fait très mal, tourne donc la page une bonne fois pour toute et qu’on en parle plus ! »
Théa s’empêtra dans des justifications hasardeuses. Une discussion âpre s’engagea entre les deux amantes, toutes les petites difficultés du quotidien trouvaient un sens avec la levée de ce secret de famille. Théa avait des mouvements brusques d’humeur qui désarmaient Valou et celle-ci en avait assez de se reprendre une colère qui ne lui était pas adressée. Théa finit par capituler aux arguments de Valou, elle se devait de retrouver ses racines, sans cela un arbre sous la tempête ne survit pas. La vie se chargerait bien de semer sur sa route des ouragans et elle devait s’armer pour y résister.
Théa avait gardé la bouteille du Château « quelque chose » où y figurait l’adresse du domaine viticole. D’un commun accord elle décida de s’y rendre sans Valou. Elles firent leur compte afin de réunir l’argent pour le voyage et l’hébergement, Théa partait à l’aventure sans savoir où elle mettait les pieds. Elle n’avait aucune autre information que celles données par sa tante et qui dataient. Et si sa mère était remariée ? Si elle avait des enfants ? Elle ne savait pas ce qui l’attendait. Elle espérait secrètement ressembler à sa mère sur certains points, que le cœur parlerait avant la raison. Théa n’y allait pas pour régler ses comptes, sa vie était construite maintenant. En fait c’était la curiosité qui la poussait à l’aventure. Qu’est-ce qui avait pu pousser sa mère à lâcher mari et enfant, une vie bourgeoise et confortable pour un autre destin que celui tracé d’avance par ce mariage sans surprise ? Aimait-elle elle aussi les femmes et les circonstances de l’époque l’avaient elles obligée à l’exil ? Théa se devait de tourner un page de son histoire qui lui pourrissait l’existence quand l’angoisse de ses origines la titillait. Elle voulait tordre le coup aux peurs infantiles qui la rongeaient encore et qui ne demandaient qu’à rester dans le placard où son père, pour la consoler de ses chagrins de petite fille triste, les enfermaient avec calme tous les soirs où Théa n’en pouvait plus de l’absence et du silence maternel.
Théa prit son sac à dos, sa meilleure paire de Doc et sans même un regard pour Valou qui retenait ses larmes sur le quai de la gare s’engouffra dans le TGV. Elle débarqua à Bordeaux en début d’après-midi et se précipita grâce au premier taxi dans le fameux vignoble. L’amie de sa tante la reçut très aimablement. Elle se rappelait son employée mais celle-ci l’avait quittée peu après la visite de sa tante, elle n’avait plus eu aucune nouvelle. Théa éclata en sanglots, sachant pourtant que des difficultés l’attendraient. Emue par son histoire qu’elle soupçonnait car sa tante y avait fait allusion dans la lettre de remerciements qu’elle lui avait adressé au sujet de la caisse de vin, elle prit sur elle de lui transmettre l’ancienne adresse de son adjointe. C’était mieux que rien et qui sait si quelqu’un pourrait lui en dire plus. Dans sa bonté elle lui offrit aussi un petit en-cas car Théa ne devait pas avoir eu le temps de manger depuis son départ. Des forces il allait lui en falloir pour mener à bien son entreprise. D’autre part elle ne devait pas non plus rouler sur l’or et les taxis n’étaient pas bon marché. Son maître de chais devait se rendre à Bordeaux pour une commande, si elle voulait il pourrait la déposer non loin de là, c’est à peine si pour lui ce serait un détour. Ensuite ce serait facile à trouver, avec un plan qu’elle lui donna c’était un jeu d’enfant. Théa la remercia vivement, il n’y avait pas que les mauvaises fées qui s’étaient penchées sur son berceau. Dans la voiture, la conversation tourna autour de sa venue dans la région. Elle raconta pour la deuxième fois son histoire et l’homme lui apprit que sa mère n’habitait plus depuis belle lurette à cette adresse. A demi-mot il lui avoua avoir été son amant et pris à partie l’intelligence de Théa pour ne pas le juger d’avoir rompu avec sa mère, d’elle-même elle se ferait sa propre opinion. Il ajouta des considérations un peu trop philosophiques et œnologiques dont elle ne comprit pas le sens et le remercia néanmoins de son honnêteté. Il n’arrêta même pas le moteur pour qu’elle descende du véhicule, d’un geste de main il lui fit signe que c’était là, elle ne pouvait pas se tromper. Il fila ensuite à toute vitesse comme s’il avait eu le diable à ses trousses. En fait il s’agissait d’un terrain vague, en dehors de Bordeaux, les mauvaises herbes et les canettes de bière vides servaient de jardin à une caravane qui composait la seule habitation des environs. Théa frappa. La porte s’ouvrit et là… Théa n’avait aucun mot pour décrire ce qu’elle ressentit. Une femme sans âge, hirsute, complètement édentée, sale se posa devant elle et sur un ton gouailleur lui demanda ce qu’elle voulait. « Je suis Théa » balbutia la jeune femme. La femme, les yeux injectés de sang, la peau rougie par l’alcool et la couperose, sentant la vinasse ouvrit la bouche d’où sortit un rot sonore. Titubant sur le marche pied elle hurla avant de s’écrouler le nez dans la poussière « mon dieu ! ». Sa mère se redressa péniblement, Théa était trop tétanisée pour oser un seul geste. Sa mère voulut la prendre dans ses bras mais sa fille la repoussa, envahie par un sentiment de malaise. Que faire, que dire ? La femme l’invita à entrer. Théa, terrorisée à l’idée de plonger encore plus dans le sordide proposa une balade.
Très vite la balade vira au cauchemar. Qu’est-ce que cette jeune fille de bonne famille faisait avec cette clocharde ? Un policier les aborda et demanda à Théa si elle avait besoin d’aide. Sa mère lui colla une honte pas possible en l’insultant et le traitant de tous les noms. Qu’il se mêle de ses affaires, quelle était la loi qui interdisait à une mère d’être fière de sa fille ? Théa confirma la version maternelle, l’agent de la force publique la regarda en lui faisant comprendre qu’elle n’était pas gâtée par la vie. Sa mère exultant de joie grâce à ce revers du destin décida de fêter l’événement. Là sa mère la traîna de bar en bar. Elle était connue comme le loup blanc par tous les poivrots du quartier. Au fur et à mesure de la tournée, l’ivresse de sa mère prit une tournure effroyable. A demi nue sur une table, elle entreprit de donner du plaisir à tous les hommes qui le demanderaient. Le cafetier qui n’avait pas envie de tomber pour proxénétisme les chassa sans ménagement, mettant un terme à la virée infernale. Le retour fut des plus pitoyables, sa mère gerbant tous les vingt mètres dans le caniveau. Entre deux, sa mère se mit à insister pour qu’elle vienne s’installer sans la caravane mais Théa ne s’imaginait pas y mettre les pieds. Elle inventa une sombre histoire de boulot, de chef qui l’attendait à l’hôtel. C’est limite du coma éthylique qu’elle la coucha dans son lit.
Théa, au moment de partir, promit de revenir le lendemain, sa mère la suppliant de tenir sa parole sinon elle se suiciderait, la fille la suppliant d’être à jeun.
Théa appela Valou et n’osa pas lui avouer la réalité, elle resta dans la vague. Non elle n’avait pas encore retrouvé sa mère mais elle suivait une piste sérieuse. Pour l’heure elle était crevée et souhaitait dormir. Vers midi elle était devant la caravane, sa génitrice avait décidé de l’emmener dans une gargote de son quartier. Leur entrée fut remarquée comme la veille elles ne passaient pas inaperçu. Surtout quand d’une voix de stentor la clocharde se mit à réclamer une table bien placée. Le serveur les colla d’emblée à côté des toilettes dans l’endroit le plus désagréable du restaurant et tira la porte pour les planquer derrière.
Sa mère qui n’était pas encore imbibée d’alcool commença une lente confession. Le face à face commençait réellement. Elle expliqua qu’elle avait été très malheureuse quand son mari l’avait quittée pour son actuelle belle-mère. Théa ignorait ces faits, on lui avait toujours raconté que son père avait rencontré sa future femme lors de son déménagement, à une ville située à 300 km de son ancien domicile. Qui mentait ? Sa mère entra d’emblée dans des détails scabreux. Elle révéla à sa fille que son père était un homo refoulé, obsédé de la sodomie et des fellations. Il l’obligeait quotidiennement à ses perversions abjectes et elle, frigide, n’en pouvait plus de ce calvaire. Théa, gênée de ce déballage intime commanda une bouteille de rouge pour ne pas sombrer dans la déprimer. Sa mère l’aida à siroter ce breuvage local et sous l’effet de l’alcool proposa à Théa de se barrer en courrant à la fin du repas pour ne pas à avoir à payer l’addition. La fille fut profondément choquée de l’attitude maternelle. Heureusement qu’elle ne l’avait pas idéalisée sinon elle tomberait de haut. Les entrecôtes frites tardaient à arriver et la mère, impatiente, se mit à devenir grossière et vulgaire avec le serveur qui la méprisait du regard pour ne pas à avoir à lui taper dessus.Théa avait tellement honte que si elle avait pu disparaître dans un trou de souris elle l’aurait fait immédiatement. Elles avalèrent rapidement leur repas. Le patron, quand il se rendit compte de leur présence embarrassante, fit activer le cuistot pour s’en débarrasser au plus vite et au moment du café les invita à aller le prendre ailleurs.
Sa génitrice opta pour un troquet où l’accueil serait meilleur. Le hasard voulut qu’un clochard qui avait vécu avec sa mère avant qu’elle ne devienne définitivement SDF lui apprenne enfin la vérité. En fait sa mère buvait déjà et son père l’avait mise à la porte car il n’en pouvait plus de ses excès mais surtout de ses multiples amants. Il avait demandé le divorce et elle ne s’était jamais présentée au tribunal. Elle avait préféré fuir, mener une vie de routarde puis de clocharde, son intermédiaire au Château « quelque chose » avait été le dernier jalon de sa vie avant la dégringolade. Personne n’avait su pourquoi elle en était arrivée là.
Etait-ce la chaleur, la viande limite d’être avariée, le rouge ? Théa fut prise d’un malaise qui l’obligea à s’allonger sur la banquette. Quand elle reprit conscience sa mère était complètement saoule. C’en était trop, bien plus qu’elle n’aurait du le supporter. Avant de haïr cette femme qui était sa mère, avant qu’irrémédiablement l’image intérieure qu’elle en avait soit brisée, Théa devait fuir au plus vite. Elle se leva et partit du troquet sans un regard derrière elle, sa vie maintenant était devant. Elle n’avait pas fait trois mètres qu’elle entendit des hurlements de chatte en rut. C’était sa mère qui lui ordonnait de revenir. Elle était tellement en colère qu’elle agrippa Théa et la colla contre un mur. Elle leva une bouteille d’un air menaçant tout en criant : « Tu es tout à moi, jamais tu ne me quitteras, tu restes avec moi à jamais ! ».
Terrorisée par la peur d’être défigurée Théa se débattit et parvint à s’échapper après avoir à moitié assommée son agresseur. Jamais elle ne pourrait se laisser aimer par elle ni l’aimer en retour. Fin de l’aventure…
Quartier du Marais à Paris. Valou et Théa dégustaient tranquillement un café à une terrasse. Elles jouissaient paisiblement de l’existence, rien ne pouvait entraver leur insouciance. Le spectacle de la rue suffisait à les occuper. Garçons et filles passaient, les trottoirs étaient envahis de monde. Un bruit les détourna de leurs pensées volages, c’était un bout de métal qui arrachait le bitume. Une clocharde traînait un caddy usé, rempli de bouteilles de vin rouge, qui était en train de rendre l’âme.
« Tu te rends compte Valou, quand je pense que ma mère s’est remariée avec un riche viticulteur et qu’elle vit à l’heure actuelle en Australie, cela me donne envie comme elle de partir loin d’ici.
- Dommage que tu n’aies pas pu la revoir avant son départ. Au moins tu es rassurée sur elle, tu sais que c’est quelqu’un de bien, toi qui craignais les pires choses. Tiens regarde Caddy Girl, qui en voudrait pour mère ?
- Tu as l’art de gâcher une si belle journée avec des questions idiotes. Franchement où as-tu la tête ?
- Tu as raison Théa je ne sais pas ce qui m’a pris ! Mate la fille, tu ne trouves pas qu'elle est canon ? Au fait ta mère elle sait que tu es lesbienne ou bien elle est trop collée montée pour l’accepter ? Son mari est millionnaire, j’espère qu’il nous invitera au pays des kangourous. Tu nous imagines dans sa piscine, servie par des boys. Elle n’est pas belle la vie ?»
Lesbienne
Caddy girl
La pluie avait cessé quand elles arrivèrent sur Beaubourg. La météo une fois de plus s’était trompée et heureusement qu’elles étaient prévoyantes, elles avaient pris la précaution de prendre un parapluie pour cette balade dominicale. Théa et Valou, main dans la main affichaient leur nouveau bonheur, demain elles fêtaient les un an de leur rencontre. Comme un pèlerinage elles avaient voulu revenir sur le lieu de leur coup de foudre, ce bar où un dimanche comme celui-ci elles s’étaient réfugiées trempées, surprises par un orage aussi soudain qu’imprévu. Elles connaissaient le trajet par cœur et prenaient le temps de remonter la rue comme elles remontaient mentalement leurs souvenirs. Premier regard, premier baiser, première nuit d’amour. Tout s’était enchaîné très vite, comme si elles s’étaient attendues toute la vie et enfin trouvées.
Sans vraiment y prêter attention, elles virent une femme, la bonne quarantaine, des cheveux blancs teints, une superbe mèche donnant à sa coiffure une classe folle, bien habillée, le genre très chic et bourgeois peiner à traîner un caddy rempli de victuailles dans une main, un panier tout aussi chargé de l’autre. Elle marchait au pas de course derrière elles ce qui vu de l’extérieur avait un petit côté cocasse. Qu’est-ce que cette femme pouvait bien faire à emboîter le pas à ses deux jeunes filles qui à elles deux n’avaient pas son âge, leur jean et Doc Martins dépareillant avec son tailleur à la coupe impeccable et ses chaussures à talons pas du tout faits pour la marche ?
Un décor kitch attira l’attention de Théa et Valou ce qui les scotcha devant la vitrine de fringues pour gays fashion victimes et permit à la belle inconnue de les dépasser. Encore dix mètres et elles iraient s’asseoir au bar, répétant un scénario mille fois fantasmé. Reprendre les mêmes places, redire les mêmes mots et qui sait faire l’amour à la va-vite dans les toilettes. Il leur fallait traverser la rue car le bistrot était de l’autre côté du trottoir. Au moment où elles se prirent la main pour s'inviter mutuellement à se suivre, elles furent interpellées par l’inconnue. Celle-ci était pâle, au bord du malaise.
« Excusez-moi est-ce que vous ne pourriez pas m’aider, j’habite juste à côté et ce caddy est trop lourd pour moi ? Je ne pourrai pas y arriver seule.
- Si vous voulez ! »
Elle s’était adressée à Valou la plus masculine des deux. Inutile de la déshabiller pour s’apercevoir que sous sa veste en cuir des épaules puissantes et des bras musclés saillaient. Théa, regarda Valou, lui exprimant des yeux son étonnement. Qu’est-ce que c’était que ce plan ? Elle n’eut pas l’opportunité de s’interroger plus que la femme tituba et Valou eut juste le temps de la rattraper avant qu’elle ne tombe dans les pommes et l’assit sur une borne en béton.
« Oh là, qu’est-ce que vous nous faites ? Vous n’allez pas bien madame ?
- J’ai un peu couru, je n’ai pas l’habitude. C’est l’effort sans doute. Puis en plus je n’ai pas mangé à midi.
- Vous habitez où ? On va vous raccompagner, vous ne pouvez pas rester là. Théa prend le panier, moi je prends le caddy. Vous allez pouvoir marcher dès que vous irez mieux ?
- C’est bon on va y aller, c’est là, juste au bout de la rue à gauche, au deuxième étage. »
Le petit cortège se déplia et le trio pénétra sous un porche. Digicode. Grille. Un escalier vermoulu dans ce vieil immeuble du Marais, limite d’être coupe-gorge si on n’était pas en plein jour. Il faudrait les payer pour demeurer ici, qu’est-ce qu’on pouvait bien trouver à un tel endroit si ce n’est son implantation au cœur de Paris ? De toute façon ça n’était pas dans leurs moyens. Elles furent interrompues dans leur méditation par leur inconnue.
« Je peux vous poser une question ?
- Oui.
- Voilà je suis comme vous. Est-ce que vous ne connaîtriez pas un bar où je pourrais juste discuter, je ne cherche rien d’autre pour l’instant ? »
Valou avait beau être musclée, elle en bavait avec le poids du caddy et Théa tout autant avec le panier. Elles sentaient l’embrouille arriver. Si ça se trouve le mari attendait à l’étage et on allait leur faire un plan à trois avec le type qui matait. Ou bien la femme était seule et elle allait leur demander d’être des initiatrices. Elles avaient été repérées mais pour quelles raisons ? Essoufflées l’une l’autre elles apprécièrent de pouvoir déposer leur fardeau.
« Vous connaissez une adresse sympa ? C’est chez ma fille, elle vient juste d’emménager, je ne vous fais pas entrer c’est en bazar. J’habite en province et disons que c’est tout nouveau pour moi.
- Le quartier est plein d’endroits comme vous en cherchez. Nous ne fréquentons pas spécialement le milieu mais sachez que de toute façon si vous plaisez vous allez vous faire draguer, c’est inévitable. Si vous voulez juste parler allez plutôt du côté des associations ! répondit Valou, Théa laissant sa compagne mener la discussion.
- Je débarque, je suis néophyte. Quelles associations ?
- Il y a une librairie juste en bas, je vous conseille d’acheter Lesbia Magazine, vous ne serez pas déçue, vous aurez accès à toutes les informations qui vous manquent.
- Je veux juste parler, rien d’autre.
- Je ne vois pas ce que je peux vous proposer de plus.
- Vous savez ici c’est chez ma fille, elle est étudiante. Elle adore ce quartier, elle y a déjà beaucoup d’amis. Bon je vous dis merci et au revoir, je suis pressée, je dois ranger mes courses. »
C’est ainsi que sans ménagement et sans plus de façons l’inconnue mit fin à la conversation et à la rencontre. Valou et Théa dévalèrent à toute vitesse les escaliers et se mirent à courir jusqu’au bar. Elles n’avaient plus aucune envie de réaliser leurs fantasmes, la réalité les avait pris de court.
« Pourquoi elle nous a jetées comme ça ? Elle voulait parler et d’un seul coup elle a coupé le contact.
- Ne cherche pas Théa, encore une qui ne s’assume pas. Tu remarqueras qu’elle nous a mis dans la figure son passé hétéro avec sa fille et à l’écouter les lesbiennes sont des sauvages qui ne pensent qu’à baiser dès qu’elles tu leur adresses la parole. Encore une qui a des clichés et des préjugés qui lui servent de modèles.
- On peut rentrer Valou, je ne me sens pas bien.
- Qu’est-ce qui se passe mon chou ?
- Je ne sais pas, je me sens angoissée.
- Ne te rends pas malade pour cette femme, on ne la reverra jamais de notre vie. Et puis tu sais des comme elles tu vas en rencontrer plein.
- Non ce n’est pas ça le problème, c’est ma mère.
- Quoi ta mère ?
- Et bien je ne sais pas qui sait.
- Mais ta mère on a mangé avec elle la semaine dernière. Tu veux dire que tu crois qu’elle est lesbienne elle aussi.
- Non je ne sais pas qui c’est, elle m’a abandonnée quand j’avais deux ans, celle que tu connais c’est ma belle-mère.
- Merde alors. Excuse-moi pour la gaffe ! Tu as raison on va rentrer, c’est mieux. »
Théa se précipita sur le canapé et s’y jeta, Valou préféra le grand fauteuil. Elle savait que sa compagne avait besoin de tout lui raconter, ce secret lui pesait trop, il fallait qu’elle le partage.
« Mes parents ont divorcé quand j’avais un an et je suis restée alors avec mon père. Ne me demande pas pourquoi je n’en ai jamais rien su si ce n’est que ma mère s’est évanouie dans la nature sans laisser d’adresse. La femme que tu connais et que j’appelle maman est ma belle-mère, c’est elle qui m’a élevée. Elle s’est mariée avec mon père à la naissance de mon frère et m’a adoptée officiellement à ce moment là. De toute manière de ma mère je n’ai plus aucun souvenir j’étais trop petite pour cela. Les quelques photos conservées dans l’album familial ne me parlaient aucunement, à croire que ma mère voulait qu’on l’oublie définitivement. Elle était toujours prise de loin ou de telle sorte que son visage ne soit pas identifiable. Ne voulant pas non plus faire souffrir inutilement cette femme qui me donnait tout son amour, je n’ai jamais souhaité poser à qui que ce soit des questions sur ma famille maternelle, tout lien avait été rompu au moment de la disparition de ma mère. J’ai bien essayé à l’adolescence d’en savoir un peu plus quand je me suis posée des questions sur mon homosexualité mais à chaque fois je me heurtais au même blocus de mon père: je préfère ne pas t’en parler car je vais t’en dire du mal et je ne voudrais pas qu’un jour tu viennes me le reprocher. J’ai souvent rêvé qu’elle réapparaîtrait un jour pour tout nous expliquer et aussi nous demander pardon de nous avoir abandonné mon père et moi. Mais en même temps cette inconnue, débarquée de nulle part, qui viendrait chambouler une vie de famille si harmonieusement reconstruite après son départ, je ne l’imaginais pas trop. Bien sur j’ai eu aussi de la haine pour elle d’avoir été aussi égoïste, quel genre de mère était-elle ! Il faut avoir une pierre à la place du cœur pour rester insensible à une petite fille de un an qui immanquablement a du pleurer de douleur à la perte de sa mère. Comment a-elle pu croire que je resterai insensible ou que tout cela ne me détruirait pas psychologiquement ? Heureusement pour moi depuis je me suis réconciliée avec la gente féminine et ce ne sont pas les femmes maternelles qui m’ont manqué depuis. Toi la première Valou…
Ma vie a basculé le jour de mes 18 ans. Mon père pour la circonstance avait réuni toute la famille. Ma tante revenait d’un voyage à Bordeaux, nous habitions déjà la région parisienne à l’époque. Elle nous raconta qu’elle avait rencontré lors d’une visite d’une cave réputée une ancienne amie qu’elle n’avait pas revue depuis 20 ans. Celle-ci avait épousé un riche viticulteur Bordelais qui avait hérité d’un Château « quelque chose » qui était bien noté dans le guide Parker. Son amie avait une vie princière et elle fut toute émue de ses retrouvailles. Tout cela lui paraissait si loin. Après des échanges sur des connaissances communes, la châtelaine proposa à ma tante de lui offrir une caisse de son si précieux breuvage en souvenir des jours heureux passés. Mais malheureusement elle dut s’absenter un moment car un nouveau groupe venait d’arriver et elle se devait de les accueillir. Aussi la laissa-t-elle entre les mains de son employée qui tenait la boutique, celle-ci ayant reçu des ordres bien précis. Ma tante, toute retournée par ces événements raconta alors à la caviste comment les hasards de l’existence peuvent être parfois si surprenant. La discussion s’engagea entre elles deux et la femme lui parla de sa fille qu’elle n’avait pas revue depuis dix sept ans. Elle avait dans son portefeuille une photo d’une petite fille âgée d’un an. C’était moi et cette femme était ma mère biologique. Ma tante poussa un hurlement car elle me reconnut instantanément, par contre elle n’avait pas du tout reconnu son ancienne belle-soeur. Il faut dire qu’elle avait tellement changé. Ma mère tremblante d’émotion la supplia de me remettre une lettre qu’elle avait toujours dans son sac afin de me pousser à reprendre contact avec elle. J’ai gardé le message mais je n’ai pas répondu. Je sais juste que ma mère est vivante et qu’elle habite Bordeaux. Voilà tu sais tout Valou ».
Théa s’écroula en pleurs dans les bras de sa compagne, débordée par l’émotion de son récit. Valou attendit qu’elle se calmât car des questions lui brûlaient les lèvres.
« Pourquoi tu ne veux pas la revoir ? Tu as vu dans quel état tu es, tu ne peux pas continuer à fuir ton passé. Une mère c’est une mère, bonne ou mauvaise on n’en a qu’une. Toute cette histoire te fait très mal, tourne donc la page une bonne fois pour toute et qu’on en parle plus ! »
Théa s’empêtra dans des justifications hasardeuses. Une discussion âpre s’engagea entre les deux amantes, toutes les petites difficultés du quotidien trouvaient un sens avec la levée de ce secret de famille. Théa avait des mouvements brusques d’humeur qui désarmaient Valou et celle-ci en avait assez de se reprendre une colère qui ne lui était pas adressée. Théa finit par capituler aux arguments de Valou, elle se devait de retrouver ses racines, sans cela un arbre sous la tempête ne survit pas. La vie se chargerait bien de semer sur sa route des ouragans et elle devait s’armer pour y résister.
Théa avait gardé la bouteille du Château « quelque chose » où y figurait l’adresse du domaine viticole. D’un commun accord elle décida de s’y rendre sans Valou. Elles firent leur compte afin de réunir l’argent pour le voyage et l’hébergement, Théa partait à l’aventure sans savoir où elle mettait les pieds. Elle n’avait aucune autre information que celles données par sa tante et qui dataient. Et si sa mère était remariée ? Si elle avait des enfants ? Elle ne savait pas ce qui l’attendait. Elle espérait secrètement ressembler à sa mère sur certains points, que le cœur parlerait avant la raison. Théa n’y allait pas pour régler ses comptes, sa vie était construite maintenant. En fait c’était la curiosité qui la poussait à l’aventure. Qu’est-ce qui avait pu pousser sa mère à lâcher mari et enfant, une vie bourgeoise et confortable pour un autre destin que celui tracé d’avance par ce mariage sans surprise ? Aimait-elle elle aussi les femmes et les circonstances de l’époque l’avaient elles obligée à l’exil ? Théa se devait de tourner un page de son histoire qui lui pourrissait l’existence quand l’angoisse de ses origines la titillait. Elle voulait tordre le coup aux peurs infantiles qui la rongeaient encore et qui ne demandaient qu’à rester dans le placard où son père, pour la consoler de ses chagrins de petite fille triste, les enfermaient avec calme tous les soirs où Théa n’en pouvait plus de l’absence et du silence maternel.
Théa prit son sac à dos, sa meilleure paire de Doc et sans même un regard pour Valou qui retenait ses larmes sur le quai de la gare s’engouffra dans le TGV. Elle débarqua à Bordeaux en début d’après-midi et se précipita grâce au premier taxi dans le fameux vignoble. L’amie de sa tante la reçut très aimablement. Elle se rappelait son employée mais celle-ci l’avait quittée peu après la visite de sa tante, elle n’avait plus eu aucune nouvelle. Théa éclata en sanglots, sachant pourtant que des difficultés l’attendraient. Emue par son histoire qu’elle soupçonnait car sa tante y avait fait allusion dans la lettre de remerciements qu’elle lui avait adressé au sujet de la caisse de vin, elle prit sur elle de lui transmettre l’ancienne adresse de son adjointe. C’était mieux que rien et qui sait si quelqu’un pourrait lui en dire plus. Dans sa bonté elle lui offrit aussi un petit en-cas car Théa ne devait pas avoir eu le temps de manger depuis son départ. Des forces il allait lui en falloir pour mener à bien son entreprise. D’autre part elle ne devait pas non plus rouler sur l’or et les taxis n’étaient pas bon marché. Son maître de chais devait se rendre à Bordeaux pour une commande, si elle voulait il pourrait la déposer non loin de là, c’est à peine si pour lui ce serait un détour. Ensuite ce serait facile à trouver, avec un plan qu’elle lui donna c’était un jeu d’enfant. Théa la remercia vivement, il n’y avait pas que les mauvaises fées qui s’étaient penchées sur son berceau. Dans la voiture, la conversation tourna autour de sa venue dans la région. Elle raconta pour la deuxième fois son histoire et l’homme lui apprit que sa mère n’habitait plus depuis belle lurette à cette adresse. A demi-mot il lui avoua avoir été son amant et pris à partie l’intelligence de Théa pour ne pas le juger d’avoir rompu avec sa mère, d’elle-même elle se ferait sa propre opinion. Il ajouta des considérations un peu trop philosophiques et œnologiques dont elle ne comprit pas le sens et le remercia néanmoins de son honnêteté. Il n’arrêta même pas le moteur pour qu’elle descende du véhicule, d’un geste de main il lui fit signe que c’était là, elle ne pouvait pas se tromper. Il fila ensuite à toute vitesse comme s’il avait eu le diable à ses trousses. En fait il s’agissait d’un terrain vague, en dehors de Bordeaux, les mauvaises herbes et les canettes de bière vides servaient de jardin à une caravane qui composait la seule habitation des environs. Théa frappa. La porte s’ouvrit et là… Théa n’avait aucun mot pour décrire ce qu’elle ressentit. Une femme sans âge, hirsute, complètement édentée, sale se posa devant elle et sur un ton gouailleur lui demanda ce qu’elle voulait. « Je suis Théa » balbutia la jeune femme. La femme, les yeux injectés de sang, la peau rougie par l’alcool et la couperose, sentant la vinasse ouvrit la bouche d’où sortit un rot sonore. Titubant sur le marche pied elle hurla avant de s’écrouler le nez dans la poussière « mon dieu ! ». Sa mère se redressa péniblement, Théa était trop tétanisée pour oser un seul geste. Sa mère voulut la prendre dans ses bras mais sa fille la repoussa, envahie par un sentiment de malaise. Que faire, que dire ? La femme l’invita à entrer. Théa, terrorisée à l’idée de plonger encore plus dans le sordide proposa une balade.
Très vite la balade vira au cauchemar. Qu’est-ce que cette jeune fille de bonne famille faisait avec cette clocharde ? Un policier les aborda et demanda à Théa si elle avait besoin d’aide. Sa mère lui colla une honte pas possible en l’insultant et le traitant de tous les noms. Qu’il se mêle de ses affaires, quelle était la loi qui interdisait à une mère d’être fière de sa fille ? Théa confirma la version maternelle, l’agent de la force publique la regarda en lui faisant comprendre qu’elle n’était pas gâtée par la vie. Sa mère exultant de joie grâce à ce revers du destin décida de fêter l’événement. Là sa mère la traîna de bar en bar. Elle était connue comme le loup blanc par tous les poivrots du quartier. Au fur et à mesure de la tournée, l’ivresse de sa mère prit une tournure effroyable. A demi nue sur une table, elle entreprit de donner du plaisir à tous les hommes qui le demanderaient. Le cafetier qui n’avait pas envie de tomber pour proxénétisme les chassa sans ménagement, mettant un terme à la virée infernale. Le retour fut des plus pitoyables, sa mère gerbant tous les vingt mètres dans le caniveau. Entre deux, sa mère se mit à insister pour qu’elle vienne s’installer sans la caravane mais Théa ne s’imaginait pas y mettre les pieds. Elle inventa une sombre histoire de boulot, de chef qui l’attendait à l’hôtel. C’est limite du coma éthylique qu’elle la coucha dans son lit.
Théa, au moment de partir, promit de revenir le lendemain, sa mère la suppliant de tenir sa parole sinon elle se suiciderait, la fille la suppliant d’être à jeun.
Théa appela Valou et n’osa pas lui avouer la réalité, elle resta dans la vague. Non elle n’avait pas encore retrouvé sa mère mais elle suivait une piste sérieuse. Pour l’heure elle était crevée et souhaitait dormir. Vers midi elle était devant la caravane, sa génitrice avait décidé de l’emmener dans une gargote de son quartier. Leur entrée fut remarquée comme la veille elles ne passaient pas inaperçu. Surtout quand d’une voix de stentor la clocharde se mit à réclamer une table bien placée. Le serveur les colla d’emblée à côté des toilettes dans l’endroit le plus désagréable du restaurant et tira la porte pour les planquer derrière.
Sa mère qui n’était pas encore imbibée d’alcool commença une lente confession. Le face à face commençait réellement. Elle expliqua qu’elle avait été très malheureuse quand son mari l’avait quittée pour son actuelle belle-mère. Théa ignorait ces faits, on lui avait toujours raconté que son père avait rencontré sa future femme lors de son déménagement, à une ville située à 300 km de son ancien domicile. Qui mentait ? Sa mère entra d’emblée dans des détails scabreux. Elle révéla à sa fille que son père était un homo refoulé, obsédé de la sodomie et des fellations. Il l’obligeait quotidiennement à ses perversions abjectes et elle, frigide, n’en pouvait plus de ce calvaire. Théa, gênée de ce déballage intime commanda une bouteille de rouge pour ne pas sombrer dans la déprimer. Sa mère l’aida à siroter ce breuvage local et sous l’effet de l’alcool proposa à Théa de se barrer en courrant à la fin du repas pour ne pas à avoir à payer l’addition. La fille fut profondément choquée de l’attitude maternelle. Heureusement qu’elle ne l’avait pas idéalisée sinon elle tomberait de haut. Les entrecôtes frites tardaient à arriver et la mère, impatiente, se mit à devenir grossière et vulgaire avec le serveur qui la méprisait du regard pour ne pas à avoir à lui taper dessus.Théa avait tellement honte que si elle avait pu disparaître dans un trou de souris elle l’aurait fait immédiatement. Elles avalèrent rapidement leur repas. Le patron, quand il se rendit compte de leur présence embarrassante, fit activer le cuistot pour s’en débarrasser au plus vite et au moment du café les invita à aller le prendre ailleurs.
Sa génitrice opta pour un troquet où l’accueil serait meilleur. Le hasard voulut qu’un clochard qui avait vécu avec sa mère avant qu’elle ne devienne définitivement SDF lui apprenne enfin la vérité. En fait sa mère buvait déjà et son père l’avait mise à la porte car il n’en pouvait plus de ses excès mais surtout de ses multiples amants. Il avait demandé le divorce et elle ne s’était jamais présentée au tribunal. Elle avait préféré fuir, mener une vie de routarde puis de clocharde, son intermédiaire au Château « quelque chose » avait été le dernier jalon de sa vie avant la dégringolade. Personne n’avait su pourquoi elle en était arrivée là.
Etait-ce la chaleur, la viande limite d’être avariée, le rouge ? Théa fut prise d’un malaise qui l’obligea à s’allonger sur la banquette. Quand elle reprit conscience sa mère était complètement saoule. C’en était trop, bien plus qu’elle n’aurait du le supporter. Avant de haïr cette femme qui était sa mère, avant qu’irrémédiablement l’image intérieure qu’elle en avait soit brisée, Théa devait fuir au plus vite. Elle se leva et partit du troquet sans un regard derrière elle, sa vie maintenant était devant. Elle n’avait pas fait trois mètres qu’elle entendit des hurlements de chatte en rut. C’était sa mère qui lui ordonnait de revenir. Elle était tellement en colère qu’elle agrippa Théa et la colla contre un mur. Elle leva une bouteille d’un air menaçant tout en criant : « Tu es tout à moi, jamais tu ne me quitteras, tu restes avec moi à jamais ! ».
Terrorisée par la peur d’être défigurée Théa se débattit et parvint à s’échapper après avoir à moitié assommée son agresseur. Jamais elle ne pourrait se laisser aimer par elle ni l’aimer en retour. Fin de l’aventure…
Quartier du Marais à Paris. Valou et Théa dégustaient tranquillement un café à une terrasse. Elles jouissaient paisiblement de l’existence, rien ne pouvait entraver leur insouciance. Le spectacle de la rue suffisait à les occuper. Garçons et filles passaient, les trottoirs étaient envahis de monde. Un bruit les détourna de leurs pensées volages, c’était un bout de métal qui arrachait le bitume. Une clocharde traînait un caddy usé, rempli de bouteilles de vin rouge, qui était en train de rendre l’âme.
« Tu te rends compte Valou, quand je pense que ma mère s’est remariée avec un riche viticulteur et qu’elle vit à l’heure actuelle en Australie, cela me donne envie comme elle de partir loin d’ici.
- Dommage que tu n’aies pas pu la revoir avant son départ. Au moins tu es rassurée sur elle, tu sais que c’est quelqu’un de bien, toi qui craignais les pires choses. Tiens regarde Caddy Girl, qui en voudrait pour mère ?
- Tu as l’art de gâcher une si belle journée avec des questions idiotes. Franchement où as-tu la tête ?
- Tu as raison Théa je ne sais pas ce qui m’a pris ! Mate la fille, tu ne trouves pas qu'elle est canon ? Au fait ta mère elle sait que tu es lesbienne ou bien elle est trop collée montée pour l’accepter ? Son mari est millionnaire, j’espère qu’il nous invitera au pays des kangourous. Tu nous imagines dans sa piscine, servie par des boys. Elle n’est pas belle la vie ?»

Espoir- Novice

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