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Psychanalyse et homosexualité

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Psychanalyse et homosexualité

Message par laurent le Lun 31 Jan - 15:40

Remarque préliminaire :
La psychanalyse n'est pas une éthique. Elle ne vise pas à définir ce qu'est le bien de l'homme. Elle a pour objectif la mise en lumière des mécanismes psychiques en l'être humain et en particulier de ceux qui sont du domaine inconscient. En psychanalyse, l'homosexualité est considérée comme un symptôme : elle est une construction inconsciente de la personne homosexuelle. Elle résulte d'un choix inconscient de sa part, pour vivre sa sexualité. Dans cet article, nous avons essayé de rendre la question abordable, sans toutefois la simplifier à outrance. Certaines notions peuvent paraître surprenantes ; n'oublions pas qu'elles font appel à des mécanismes le plus souvent inconscients (donc nous semblant étrangers).

Définition :
Homosexualité : terme dérivé du grec (homos : semblable) et créé vers 1869 par le médecin hongrois Karoly Maria Kertbeny pour désigner toutes les formes d'amour charnel entre des personnes appartenant biologiquement au même sexe.

Début d'explication freudienne :
Freud a donné une première approche de l'homosexualité. Selon lui :

- Pour la fille, l'homosexualité résulte d'une fixation infantile à la mère et d'une déception à l'égard du père.
- Pour le garçon, l'homosexualité survient après la puberté, quand s'est instauré durant l'enfance un lien intense entre le fils et sa mère. Au lieu de renoncer à elle, celui-ci s'identifie à elle, se transforme en elle et cherche un homme qui puisse le représenter et qu'il puisse aimer comme il a été aimé par sa mère.

Freud considérait que l'homosexualité était un arrêt du développement sexuel. Un peu plus tard, Lacan et d'autres ont affiné les observations et théories de Freud. A présent, on ne parle plus d'homosexualité mais des homosexualités. En effet, l'homosexualité peut résulter de différents mécanismes inconscients.

Différents modes d'homosexualité :
1er mode de formation de l'homosexualité (à partir de l'Oedipe) :

Un préalable : Il y a deux modes de relation à l'autre :
- l'amour (je désire l'autre)
- l'identification à l'autre (j'aime ce que l'autre aime)
C'est soit l'amour, soit l'identification, mais jamais l'un et l'autre en même temps. Celui qu'on aime, à celui-là on ne s'identifie pas.

Le complexe d'Oedipe (vers 3 à 6 ans) :
Dans le développement normal d'un enfant, garçon ou fille, au tout début, il y a une identification première au père, l'objet d'amour étant la mère. L'enfant aime la mère du même type d'amour que celui du père pour la mère : il la désire et veut être aimé d'elle comme elle aime le père.
Le garçon, lors du complexe d'Oedipe, entre en rivalité avec le père pour aimer la mère. C'est l'identification secondaire au père. Mais, par peur de la castration, il finit par renoncer à cette rivalité et accepte de diriger son amour vers quelqu'un d'autre, de sexe féminin, appartenant à sa génération.
Pour la fille, l'amour premier pour la mère se transforme en haine pour elle : la mère ne lui a pas donné de pénis. Elle l'a faite manquante. Alors, elle s'identifie à sa mère et se met à aimer le père qui, lui, a un pénis ; elle veut obtenir de lui un "pénis de substitution" (= un enfant). Mais le père refusant d'épouser sa fille, la fille sort du complexe d'Oedipe en acceptant de diriger son amour vers un homme de sa génération.

Dans le 1er mode de formation de l'homosexualité :
Il n'y a pas de passage par le complexe d'Oedipe mais il y a un complexe d'Oedipe inversé :
- Pour le garçon, l'identification primaire au père se transforme en amour pour le père (il y a donc identification à la mère, c'est-à-dire qu'on est dans le même type d'amour pour le père que celui de la mère pour le père). Le garçon cherche à se faire aimer du père comme la mère est aimée du père.
- Pour la fille, l'identification primaire au père se maintient. Il y a donc un mode d'amour pour la mère qui est semblable au mode d'amour du père par rapport à la mère. L'identification secondaire est donc aussi sur le père.
Que ce soit pour l'Oedipe ou pour l'Oedipe inversé, la sortie du complexe dépendra de la façon dont le père jouera ou non un rôle de séparateur. S'il ne joue pas ce rôle, le sujet, garçon ou fille, n'aura pas à se "déplacer".

2ème mode d'homosexualité :
Lorsque l'enfant prend conscience de la différence des sexes, dans ce type d'homosexualité, il n'arrive pas à admettre l'absence de sexe masculin chez la mère. Il est dans le déni par rapport à cela : il refuse d'admettre cette réalité. En conséquence, le sujet masculin devenu adulte choisira par exemple d'avoir des relations sexuelles avec un autre homme, mais un homme qui sera porteur de l'image maternelle; lui-même aura un comportement sexuel sur un mode féminin. Ce deuxième mode peut conduire au transsexualisme.

3ème mode d'homosexualité :
L'homosexuel cherche, dans l'amour donné à un homme plus jeune que lui, le prototype de l'amour qui lui a été donné ou refusé par sa propre mère quand il était garçon. Il aime ses partenaires comme sa mère l'a aimé, lui ; d'où le choix de partenaires plus jeunes, ce qui peut conduire à la pédophilie.

Conclusions :
En psychanalyse, on considère donc que l'homosexualité est un choix du sujet (choix inconscient, mais choix tout de même, par rapport à son désir). Freud avait déjà fait ce lien entre homosexualité et choix inconscient. Se basant sur ses observations cliniques, il refusa d'en faire une disposition innée ou naturelle (donc biologique) ou culturelle. Lacan et d'autres le suivirent dans cette pensée d'un choix inconscient. Dans la résolution normale du complexe d'Oedipe, l'enfant doit renoncer à ses désirs incestueux (et non pas les refouler), désirs le plus souvent inconscients. S'il ne le fait pas, cela apparaîtra dans le type de conjoint choisi, se manifestera à travers certains problèmes de couple ou à travers les névroses. C'est un positionnement qu'il a à prendre. Il en est de même de l'Oedipe inversé et des autres modes d'homosexualité : au départ, il y a un choix inconscient, une position que l'individu prend pour la gestion de son désir.

L'homosexualité peut-elle être "soignée"? Ce ne sera jamais l'objet d'une psychanalyse. Précisons que la psychanalyse s'adresse non pas à la question de la volonté mais à celle du désir (rappelons que le désir est pour la plupart du temps inconscient. Ce n'est pas le souhait, qui, lui, est conscient). La psychanalyse aidera le sujet à prendre conscience de son désir, désir qui le fait agir à son insu. Par cette prise de conscience, il pourra alors choisir de se positionner autrement (tout comme pourrait le faire un hétérosexuel qui, se rendant compte qu'il n'a pas renoncé à ses désirs incestueux lui causant névrose ou problèmes de couple, pourra s'il le souhaite renoncer à la réalisation de ces désirs devenus conscients). La psychanalyse n'est donc pas "la solution" à l'homosexualité ; mais elle peut être une aide par la mise en lumière des mécanismes et choix inconscients qui se jouent dans le sujet.

****************************

L'analyse n'est pas la mienne, c'est celle habituellement donnée par la psychanalyse, d'ailleurs je n'y adhère pas vraiment et ce pour plusieurs raisons.

Est ce que cette analyse psychanalytique vous parle ? Very Happy

laurent

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Re: Psychanalyse et homosexualité

Message par Invité le Lun 31 Jan - 16:11

laurent a écrit:Remarque préliminaire :
...

...

Début d'explication freudienne :

...
- Pour le garçon, l'homosexualité survient après la puberté, quand s'est instauré durant l'enfance un lien intense entre le fils et sa mère. Au lieu de renoncer à elle, celui-ci s'identifie à elle, se transforme en elle et cherche un homme qui puisse le représenter et qu'il puisse aimer comme il a été aimé par sa mère.


J'avoue qu'en effet, le lien entre ma mère et moi a toujours était intense. Mais je pense pas que ce soit ça la cause de mon homosexualité. Je pense que c'est plutôt ma prédisposition à devenir homosexuel qui a influencé ma relation avec ma mère, comme il est décrit dans ton message. C'est en quelque sorte l'homosexualité en tant qu'orientation sexuelle qui cherche ses repères, pour pouvoir s'exprimer ensuite.

Néanmoins, reste à vérifier que Freud dit pas de le m*rde...

laurent a écrit:
Freud considérait que l'homosexualité était un arrêt du développement sexuel. Un peu plus tard, Lacan et d'autres ont affiné les observations et théories de Freud. A présent, on ne parle plus d'homosexualité mais des homosexualités. En effet, l'homosexualité peut résulter de différents mécanismes inconscients.


A mon humble avis, Freud ne fait qu'interpréter l'homosexualité selon un point de vu théologique. Il considère l'homosexualité comme "arrêt" de développement sexuel seulement parce que selon lui, le normal est l'hétérosexuel.

laurent a écrit:
...
...
...

2ème mode d'homosexualité :
Lorsque l'enfant prend conscience de la différence des sexes, dans ce type d'homosexualité, il n'arrive pas à admettre l'absence de sexe masculin chez la mère. Il est dans le déni par rapport à cela : il refuse d'admettre cette réalité. En conséquence, le sujet masculin devenu adulte choisira par exemple d'avoir des relations sexuelles avec un autre homme, mais un homme qui sera porteur de l'image maternelle; lui-même aura un comportement sexuel sur un mode féminin. Ce deuxième mode peut conduire au transsexualisme.


Mais pourquoi cet enfant n'admet pas l'absence du sexe masculin chez la mère ? Y aurait il une explication à ça ?
laurent a écrit:

L'analyse n'est pas la mienne, c'est celle habituellement donnée par la psychanalyse, d'ailleurs je n'y adhère pas vraiment et ce pour plusieurs raisons.

Est ce que cette analyse psychanalytique vous parle ? Very Happy


Un peu, oui...

Sinon, quelles sont ces raisons qui t'empêchent d'adhérer à ces théories ?

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Re: Psychanalyse et homosexualité

Message par Invité le Lun 31 Jan - 19:20

laurent a écrit:

- Pour le garçon, l'homosexualité survient après la puberté, quand s'est instauré durant l'enfance un lien intense entre le fils et sa mère. Au lieu de renoncer à elle, celui-ci s'identifie à elle, se transforme en elle et cherche un homme qui puisse le représenter et qu'il puisse aimer comme il a été aimé par sa mère.


Parfaitement adapté à mon cas: Le lien avec ma mère était plus fort depuis ma prime jeunesse. Il l'est toujours encore.
C'est dire que je m'entretiens moins avec mon père: je trouve plus de points communs avec ma mère pour être plus clair.

En revanche, je ne m'identifie pas à elle. J'ai certes besoin d'être aimé sans me référer à une personne particulière: le partenaire que je dessine dans mon imaginaire doit être attentionné, doit avoir ce sens de me protéger, de penser à moi.... Ce sont surtout ces qualités qui prévalent véritablement à mon sens.

Je ne côtoyais pas les personnes de mon âge lorsque j'étais petit, j'étais très timide, extrêmement même, je n'ai jamais vécu ce Complexe d'Oedipe inversé ( ou peut-être sans m'en rendre compte), mes parents ne sont pas parties prenantes dans l'appréhension de ma sexualité, transformée par la suite en une assimilation totale de mon homosexualité vis-à-vis de moi-même à l'évidence.

laurent a écrit:

Un préalable : Il y a deux modes de relation à l'autre :
- l'amour (je désire l'autre)
- l'identification à l'autre (j'aime ce que l'autre aime)


Je n'arrive pas à me situer dans cette dimension.
En conséquence, Je n'arrive pas à assimiler cette idée, Pourriez-vous m'éclairer davantage sur ce point, Laurent? ne ce serait-ce qu'à travers votre point de vue et larges connaissances?


laurent a écrit:
En psychanalyse, on considère donc que l'homosexualité est un choix du sujet (choix inconscient, mais choix tout de même, par rapport à son désir). Freud avait déjà fait ce lien entre homosexualité et choix inconscient. Se basant sur ses observations cliniques, il refusa d'en faire une disposition innée ou naturelle (donc biologique) ou culturelle.


Il est certain d'appuyer ce propos: On ne choisit pas sa sexualité, on ne l'oriente pas, nous ne sommes pas en mesure de le faire. C'est l'environnement dans lequel nous baignons qui conditionne réellement la construction de la sexualité de la personne ( en fonction de la relation parents-enfants, entourage, éducation sexuelle qui manque malencontreusement...), et ce depuis la tendre enfance.


laurent a écrit: L'homosexualité peut-elle être "soignée"?


Est-elle considérée comme une maladie, pour être soignée? La psychanalyse intervient dans le but de réconforter la personne, de la réconcilier avec la réalité si elle subit des chocs quelconques, ou témoigne de troubles psychiques dûs à la non-acceptation de la différence sexuelle, de ce désir latent qui se construit petit à petit, de l'assister dans le processus d'assimilation et de conviction pure et parfaite quant à sa propre sexualité. Ce n'est aucunement un remède.

Merci Laurent d'avoir partagé avec nous cet article riche en enseignements théoriques nous permettant de mieux comprendre la psychanalyse en rapport avec l'homosexualité.

Sinon, quel regard portez-vous sur cette corrélation? happy




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