Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
Page 1 sur 1 • Partager •
Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
TOUS AU KIOSQUE À JOURNAUX !
Numéro 367 de TelQuel :
Un Document Inédit de Abdallah TAÏA :
L’HOMOSEXUALITÉ EXPLIQUÉE À MA MÈRE

Numéro 367 de TelQuel :
Un Document Inédit de Abdallah TAÏA :
L’HOMOSEXUALITÉ EXPLIQUÉE À MA MÈRE

Dernière édition par Stonewall le Mer 28 Oct - 11:20, édité 3 fois

Stonewall- Accro

-

Age: 45
Ma Ville: CASABLANCA
Nombre de messages: 1014
Orientation sexuelle: Daddy
Date d'inscription: 06/08/2007
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
Extraits du texte d'Abdellah TAÏA :
Expliquer parce que depuis longtemps c'est ce qui nous manque au Maroc : qu'on nous considère enfin comme des êtres dignes de recevoir des explications, qu’on nous implique vraiment dans ce qui concerne ce pays et qu'on cesse de nous humilier jour après jour.
Je vous entraîne dans cette aventure, qui ne fait que commencer pour moi et pour les gens comme moi : exister enfin ! Sortir de l'ombre ! Relever la tête ! Dire la vérité, ma vérité ! Être: Abdellah. Être : Taïa. Être les deux. Seul. Et pas seul à la fois.
Je viens du Maroc. Je connais le Maroc. Réussir, exister, c'est avoir de l'argent. Écraser les autres avec son argent. Depuis que je suis né, en 1973 à Rabat, c'est cela l'idéal marocain, le modèle à suivre. […] Moi, je refuse cet idéal marocain stérile. Cette platitude. Il ne me convient pas. Je le dépasse. L'idéal marocain, moi, à mon petit niveau, je le réinvente. Je le remplis avec un nouveau contenu, avec du sens, du courage et du doute...
Ma mère, tu ne le sais sans doute pas, le désir de révolte, c'est toi qui me l'as donné. […] Ma mère, même analphabète, à toi toute seule, durant les 25 années que j'ai passées à côté de toi, tu étais une école de féminisme. Et quelle école ! Je t’admire. Je fais mieux que de t’aimer, je le répète : je t’admire !
Ta langue, ma mère, est ma langue. J'écris en m'inspirant de ta façon poétique de voir le monde […]
Ma mère, le Maroc, ce n’est pas les autres, le gouvernement, les religieux, les éternels moqueurs, les "casseurs", les empêcheurs, les jaloux, les mesquins... Le Maroc tout entier, celui que j'ai en moi et celui à qui je parle aussi à travers cette lettre, c'est toi. C’est un Maroc qui n’est pas parfait. Un Maroc dans la tension, la fièvre. Un Maroc dans l'élan. La possession.
Mais la vérité, ma vérité, j'ai besoin de te la révéler. Te communiquer ce qui change en moi. Au Maroc.
Je ne suis pas le seul au Maroc, ma mère. Quelque chose a commencé dans ce pays. Une réelle rupture par rapport aux générations précédentes, qui soit ont abdiqué, soit ont été récupérées. Nous, c'est le 21e siècle.
On essaie de nous intimider. De nous ramener à un soi-disant ordre moral, nous faire revenir à nos soi-disant valeurs fondamentales. Lesquelles d'abord ? Et qui décide que c'est de ces valeurs-là que le Maroc d'aujourd'hui a besoin ?
Le monde traverse une crise sans précédent en ce moment. Le monde fait son autocritique. Bouge. Le monde accueille Barack Obama comme un immense espoir. Et que fait-on au Maroc ? On nous fait peur encore une fois. Vieille recette. On nous ramène en arrière. Jusqu'à quand cet aveuglement ? Jusqu'à quand celle arrogance? Jusqu'à quand va-t-on continuer d'ignorer et de tuer la jeunesse de ce pays ? Jusqu'à quand cette politique qui fait semblant ? Le Maroc ne mérite-t-il pas mieux ? Une vraie modernité ? Une réelle révolution des mentalités ?
À y regarder de près, cette révolution a déjà commencé. Le seul problème, c'est qu'on ne veut toujours pas le voir. Certains au Maroc ont visiblement intérêt à ce que notre identité ne change pas d'un iota. Or celle identité, cela fait des années qu'elle n’est plus la même. Les jeunes Marocains d’aujourd’hui ont d’ailleurs tout compris à cette question complexe. Ils sont même très sophistiqués dans leur réflexion à propos de ce sujet. On pourrait même dire qu’ils sont d’une certaine façon déjà dans la post-modernité. Mais qui comprend ça au Maroc ? Qui va les aider dans ce changement? Qui va les rattacher différemment au Maroc et leur rendre confiance dans ce pays ?
Je ne peux pas faire les choses à moitié. J’assume jusqu’au bout. Je n’ai plus envie de baisser la tête. Je ne suis pas un héros.
C’est juste que je ne supporte plus l’hypocrisie et ses ravages au Maroc.
Je ne supporte plus qu’on donne de nous des images clichés, « folklorisées », pour attirer le touriste.
Je ne supporte plus qu’on ne voie pas la richesse réelle de ce pays : l’imaginaire, les histoires, le mystère. LA JEUNESSE.
Je ne supporte plus qu’on n’aide pas assez le Maroc à se relever et à grandir.
Je ne supporte plus ce système qui casse du matin au soir le Marocain et qui fait taire les voix nouvelles qui émergent pour dire ce pays autrement.
Je ne supporte plus cette médiocrité et cette petitesse qu’on nous impose. Le Maroc est, pour moi, plus grand que tout cela. À nous de le révéler au mieux. Même si pour cela il faut se battre, mener la guerre. Donner à certains l’impression de trahir.
Ma chère famille, je vous tends la main. C'est sincère. […] Je vous prie de ne pas me faire sentir que je suis un paria. Un mécréant. Je suis, à ma façon, dans la continuité de votre histoire, de notre histoire. Des origines. […] Je n’aime pas la fierté, sentiment qui bloque. Je rêve du dialogue. Un dialogue impossible jusqu’à aujourd’hui. Je ne suis pas dans la minorité. Je suis vous, avec vous, même quand je brise les tabous.
Dans mes livres et mes conférences, je vous défends. Je vous dis. Je vous fais exister. Je rêve qu'un jour si quelqu’un m’insulte devant vous, en disant : « Ton fils, ton frère est zamel… », vous disiez : « Non, il n’est pas *****, il est mathali. » Un mot, un petit mot tout simple et qui change tout. Un mot-révolution. À vous de voir. Je n'exige rien. Je vais. Je vole comme je peux. Je prie, comme ma mère, à ma manière : j'écris.
Il y a chez nous cette chose terrible : la haine du Marocain ! D’où vient-elle ? Pourquoi est-elle encore là ? Pourquoi ne pas oser être soi : se libérer. Se libérer même dans la provocation et le scandale. De toute façon, il n'y a pas d'autres moyens. Autant oublier la peur et aller nu affronter le monde.
Je n'aime pas les affrontements inutiles. Je suis pour les batailles nécessaires. Celle que je mène avec et contre le Maroc est utile. Je le pense sincèrement. Je ne dois pas être le seul. Je peux parler, écrire. Pour moi et pour les autres. Je le fais. C’est un devoir.
Salam chaleureux à vous tous.
Abdellah TAÏA
Expliquer parce que depuis longtemps c'est ce qui nous manque au Maroc : qu'on nous considère enfin comme des êtres dignes de recevoir des explications, qu’on nous implique vraiment dans ce qui concerne ce pays et qu'on cesse de nous humilier jour après jour.
Je vous entraîne dans cette aventure, qui ne fait que commencer pour moi et pour les gens comme moi : exister enfin ! Sortir de l'ombre ! Relever la tête ! Dire la vérité, ma vérité ! Être: Abdellah. Être : Taïa. Être les deux. Seul. Et pas seul à la fois.
Je viens du Maroc. Je connais le Maroc. Réussir, exister, c'est avoir de l'argent. Écraser les autres avec son argent. Depuis que je suis né, en 1973 à Rabat, c'est cela l'idéal marocain, le modèle à suivre. […] Moi, je refuse cet idéal marocain stérile. Cette platitude. Il ne me convient pas. Je le dépasse. L'idéal marocain, moi, à mon petit niveau, je le réinvente. Je le remplis avec un nouveau contenu, avec du sens, du courage et du doute...
Ma mère, tu ne le sais sans doute pas, le désir de révolte, c'est toi qui me l'as donné. […] Ma mère, même analphabète, à toi toute seule, durant les 25 années que j'ai passées à côté de toi, tu étais une école de féminisme. Et quelle école ! Je t’admire. Je fais mieux que de t’aimer, je le répète : je t’admire !
Ta langue, ma mère, est ma langue. J'écris en m'inspirant de ta façon poétique de voir le monde […]
Ma mère, le Maroc, ce n’est pas les autres, le gouvernement, les religieux, les éternels moqueurs, les "casseurs", les empêcheurs, les jaloux, les mesquins... Le Maroc tout entier, celui que j'ai en moi et celui à qui je parle aussi à travers cette lettre, c'est toi. C’est un Maroc qui n’est pas parfait. Un Maroc dans la tension, la fièvre. Un Maroc dans l'élan. La possession.
Mais la vérité, ma vérité, j'ai besoin de te la révéler. Te communiquer ce qui change en moi. Au Maroc.
Je ne suis pas le seul au Maroc, ma mère. Quelque chose a commencé dans ce pays. Une réelle rupture par rapport aux générations précédentes, qui soit ont abdiqué, soit ont été récupérées. Nous, c'est le 21e siècle.
On essaie de nous intimider. De nous ramener à un soi-disant ordre moral, nous faire revenir à nos soi-disant valeurs fondamentales. Lesquelles d'abord ? Et qui décide que c'est de ces valeurs-là que le Maroc d'aujourd'hui a besoin ?
Le monde traverse une crise sans précédent en ce moment. Le monde fait son autocritique. Bouge. Le monde accueille Barack Obama comme un immense espoir. Et que fait-on au Maroc ? On nous fait peur encore une fois. Vieille recette. On nous ramène en arrière. Jusqu'à quand cet aveuglement ? Jusqu'à quand celle arrogance? Jusqu'à quand va-t-on continuer d'ignorer et de tuer la jeunesse de ce pays ? Jusqu'à quand cette politique qui fait semblant ? Le Maroc ne mérite-t-il pas mieux ? Une vraie modernité ? Une réelle révolution des mentalités ?
À y regarder de près, cette révolution a déjà commencé. Le seul problème, c'est qu'on ne veut toujours pas le voir. Certains au Maroc ont visiblement intérêt à ce que notre identité ne change pas d'un iota. Or celle identité, cela fait des années qu'elle n’est plus la même. Les jeunes Marocains d’aujourd’hui ont d’ailleurs tout compris à cette question complexe. Ils sont même très sophistiqués dans leur réflexion à propos de ce sujet. On pourrait même dire qu’ils sont d’une certaine façon déjà dans la post-modernité. Mais qui comprend ça au Maroc ? Qui va les aider dans ce changement? Qui va les rattacher différemment au Maroc et leur rendre confiance dans ce pays ?
Je ne peux pas faire les choses à moitié. J’assume jusqu’au bout. Je n’ai plus envie de baisser la tête. Je ne suis pas un héros.
C’est juste que je ne supporte plus l’hypocrisie et ses ravages au Maroc.
Je ne supporte plus qu’on donne de nous des images clichés, « folklorisées », pour attirer le touriste.
Je ne supporte plus qu’on ne voie pas la richesse réelle de ce pays : l’imaginaire, les histoires, le mystère. LA JEUNESSE.
Je ne supporte plus qu’on n’aide pas assez le Maroc à se relever et à grandir.
Je ne supporte plus ce système qui casse du matin au soir le Marocain et qui fait taire les voix nouvelles qui émergent pour dire ce pays autrement.
Je ne supporte plus cette médiocrité et cette petitesse qu’on nous impose. Le Maroc est, pour moi, plus grand que tout cela. À nous de le révéler au mieux. Même si pour cela il faut se battre, mener la guerre. Donner à certains l’impression de trahir.
Ma chère famille, je vous tends la main. C'est sincère. […] Je vous prie de ne pas me faire sentir que je suis un paria. Un mécréant. Je suis, à ma façon, dans la continuité de votre histoire, de notre histoire. Des origines. […] Je n’aime pas la fierté, sentiment qui bloque. Je rêve du dialogue. Un dialogue impossible jusqu’à aujourd’hui. Je ne suis pas dans la minorité. Je suis vous, avec vous, même quand je brise les tabous.
Dans mes livres et mes conférences, je vous défends. Je vous dis. Je vous fais exister. Je rêve qu'un jour si quelqu’un m’insulte devant vous, en disant : « Ton fils, ton frère est zamel… », vous disiez : « Non, il n’est pas *****, il est mathali. » Un mot, un petit mot tout simple et qui change tout. Un mot-révolution. À vous de voir. Je n'exige rien. Je vais. Je vole comme je peux. Je prie, comme ma mère, à ma manière : j'écris.
Il y a chez nous cette chose terrible : la haine du Marocain ! D’où vient-elle ? Pourquoi est-elle encore là ? Pourquoi ne pas oser être soi : se libérer. Se libérer même dans la provocation et le scandale. De toute façon, il n'y a pas d'autres moyens. Autant oublier la peur et aller nu affronter le monde.
Je n'aime pas les affrontements inutiles. Je suis pour les batailles nécessaires. Celle que je mène avec et contre le Maroc est utile. Je le pense sincèrement. Je ne dois pas être le seul. Je peux parler, écrire. Pour moi et pour les autres. Je le fais. C’est un devoir.
Salam chaleureux à vous tous.
Abdellah TAÏA
Dernière édition par Stonewall le Lun 13 Avr - 10:31, édité 2 fois

Stonewall- Accro

-

Age: 45
Ma Ville: CASABLANCA
Nombre de messages: 1014
Orientation sexuelle: Daddy
Date d'inscription: 06/08/2007
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
vraiment rien à dire à chaque fois que je lis ces écrits il grandi à mes yeux
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
Je suis épaté par la qualité des ses propos.
Si seulement j'avais son audace... le problème c'est même si on s'obstine à expliquer aux gens ce que nous sommes, il y arriveront pas ! c'est Une chose qui dépasse l'intellect de la plupart des Marocains... Comment faire Alors ??
Si seulement j'avais son audace... le problème c'est même si on s'obstine à expliquer aux gens ce que nous sommes, il y arriveront pas ! c'est Une chose qui dépasse l'intellect de la plupart des Marocains... Comment faire Alors ??

tan-mec- Habitué

-

Ma Ville: tanger
Nombre de messages: 162
Orientation sexuelle: gay
Date d'inscription: 09/01/2009
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
y a vraiment rien à faire que attendre un miracle que surement jamais ne va exister
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
Si
C'est à dire agir à la racine du problème : L'ÉDUCATION !
Ne plus flirter frileusement avec ce que les prétendues "traditions" ont de plus archaïque, ne plus laisser des instituteurs pourris de wahabisme transmettre leur idéologie mortifère et imposer aux parents de voiler leurs gamines de 8 ans…
Rétablir dans les programmes la lecture des auteurs qui développent le sens critique, l'interrogation, l'irrévérence…
Je l'ai écrit dans une autre rubrique, lutter contre l'homophobie est une volonté politique, qui se donne des moyens !
alors, il faut changer l'intellect des Marocains !tan-mec a écrit:c'est Une chose qui dépasse l'intellect de la plupart des Marocains... Comment faire Alors ??
C'est à dire agir à la racine du problème : L'ÉDUCATION !
Ne plus flirter frileusement avec ce que les prétendues "traditions" ont de plus archaïque, ne plus laisser des instituteurs pourris de wahabisme transmettre leur idéologie mortifère et imposer aux parents de voiler leurs gamines de 8 ans…
Rétablir dans les programmes la lecture des auteurs qui développent le sens critique, l'interrogation, l'irrévérence…
Je l'ai écrit dans une autre rubrique, lutter contre l'homophobie est une volonté politique, qui se donne des moyens !

Stonewall- Accro

-

Age: 45
Ma Ville: CASABLANCA
Nombre de messages: 1014
Orientation sexuelle: Daddy
Date d'inscription: 06/08/2007
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
mais soyons réaliste un peu comment pouvont-on changer ou bien améliorer l'Education avec une telle politique dans ce pays. Si on veut parler d'amélioration de l'Education nationale on doit d'abord parler de la politique nationale parce que c'est elle qui gère tout dans ce pays.
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
je t'adore Abdellah tu es notre fierté

Caesar- Adepte

-

Age: 27
Ma Ville: Pas trés loin
Nombre de messages: 598
Orientation sexuelle: Trop GAY
Date d'inscription: 06/09/2008
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
Cet homme est Grand.
Telquel fait du très bon boulot.
Telquel fait du très bon boulot.

Tsuna-kun- Habitué

-

Ma Ville: Agadir
Nombre de messages: 170
Orientation sexuelle: Boulanger :D
Date d'inscription: 18/06/2009
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
N'oubliez pas d'acheter le prochain Telquel, en cadeau un recueil de Abdellah Taïa avec d'autres noms d'ecrivains marocains !

Mr.petitboy- Habitué

-

Age: 19
Ma Ville: kenitra
Nombre de messages: 128
Orientation sexuelle: Gay
Date d'inscription: 31/12/2006
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
my-pink-life a écrit:vraiment rien à dire à chaque fois que je lis ces écrits il grandi à mes yeux
C'est quelqu'un de raffiné !! ...J'ai trop apprécié ce qu'il vient de nous dire là!
C'est un écrivain ? j'aimerai bien avoir des infos sur lui !
T'en sais Stp ?!
Invité- Invité
Abdellah TAÏA sur ARTE
Intervention d’Abdallah TAÏA Samedi dernier 24 octobre sur la chaîne ARTE, dans l’émission culturelle « Metropolis ».
Voici ce qu’en disait la chaine elle-même :

Abdellah Taia :
Lettres à un jeune Marocain est un recueil de lettres écrites par des artistes et des intellectuels marocains. À la demande de leur compatriote, l’écrivain Abdellah Taïa, ils s’adressent à la jeunesse de leur pays ; à l’adolescent qu’ils furent, à ceux qu’ils auraient pu être, à leurs enfants, réels ou imaginaires, à des doubles fictifs ou des êtres bien réels… Ce qui relie toutes ces lettres, c’est le constat qu’elles dressent de l’état de la jeunesse marocaine, de son désespoir, de sa solitude et sa schizophrénie, de sa résignation aussi. Mais c’est en même temps l’énergie qu’elles déploient à exhorter les jeunes Marocains à se battre, s’affirmer comme individus et revendiquer leur libre arbitre. A Casablanca et Paris, nous avons rencontré ceux qui ont pris part au projet : Abdellah Taïa, les auteurs de certaines lettres, ainsi que le directeur de la revue Tel Quel, qui les a diffusées, pour mieux cerner ce qu’une telle entreprise littéraire raconte d’un pays.

Et voici, en exclusivité pour LGBTMaroc, ce que je peux vous en dire, et ce que j’ai vu et entendu :
Une petite séquence de 10 minutes consacrée à la sortie en France du livre Lettres à un Jeune Marocain (Éditions du Seuil, l’éditeur d’Abdallah Taïa). Ce projet de livre, Abdallah l’avait annoncé il y a quelques mois dans les colonnes de TelQuel : réunir des contributions d’écrivains qui s’adresseraient à la jeunesse marocaine. Il a ainsi obtenu et publié 18 textes d’auteurs plus ou moins connus, plus ou moins confirmés. Le recueil se clôt sur un texte de lui, modestement placé en fin de livre, tandis que la première contribution de la liste est celle de Tahar Benjelloun (est-ce le prestige, ou la volonté, de l’auteur qui justifient cette place ? Ce n’est en tout cas ni l’ordre alphabétique ni, à mon humble avis, la qualité…).
Parmi les noms à retenir : Rachid Benzine (qui avait répondu de manière ouverte, créative et intéressante à Abdallah Taïa à la suite de son article dans TelQuel : je vous en avais fait un compte-rendu ici-même, et cité de nombreux passages) ; Rachid O. (parce qu’il a été un des « pionniers » du témoignage littéraire de la réalité homosexuelle au Maroc) ; Abdelhak Serhane, tout simplement parce qu’il est un des meilleurs témoins littéraires de la réalité marocaine tout court (deux pages de lui à lire dans le dernier numéro de TelQuel)…
Le livre avait été diffusé au Maroc par TelQuel en même temps que son « Numéro après censure » au cours de l’été. Je ne vous en parlerai pas aujourd’hui, mais simplement de l’intervention d’Abdallah sur ARTE.
Dès ses premiers mots, il semblerait que Taïa apporte sa contribution au débat lancé ces temps-ci, toujours par TelQuel, à propos du silence des intellectuels marocains et, donc, de leur non engagement dans les questions qui se posent au Maroc d’aujourd’hui. Il rappelle ce qui est pour lui une des raisons d’être de son travail d’écrivain : l’engagement. « Échapper à la malédiction de l’intellectuel qui écrit en dehors du monde », dit-il.
Suit une brève et assez brillante intervention d’Ahmed Reda Benchemsi, rédacteur en chef de TelQuel, dans laquelle il énonce ce paradoxe que le Maroc est de fait « une société laïque » de par son mode de vie réel, dans lequel la religion n’est plus qu’un « islam fashion, vidé de son sens », et cela au prix de l’hypocrisie et de la schizophrénie. ARTE interviewe aussi deux contributrices au livre. L’une parle en français, l’autre en darija.
Puis Taïa revient pour défendre, comme il l’avait déjà fait dans son article, le besoin, dans le Maroc d’aujourd’hui, d’exprimer l’individualité à travers la différence, « dire ‘ana, je ». Dire ce que je suis dans ma différence : or « Dire l’homosexualité » est pour lui un exemple privilégié de cette urgente nécessité, car cette question est au centre du débat sur les libertés individuelles. Et dire cette réalité de l’individu, de la différence, de la liberté, c’est le rôle que Taïa assigne à la littérature, à la sienne en tout cas. On pourra discuter longuement de ce choix, mais il l’assume pleinement.
Dernière partie, mais non la moindre, de ce programme, pour Abdallah cette émergence d’un véritable individu marocain devra se faire… « autrement qu’en installant une société de consommation ».
Voici ce qu’en disait la chaine elle-même :

Abdellah Taia :
Lettres à un jeune Marocain est un recueil de lettres écrites par des artistes et des intellectuels marocains. À la demande de leur compatriote, l’écrivain Abdellah Taïa, ils s’adressent à la jeunesse de leur pays ; à l’adolescent qu’ils furent, à ceux qu’ils auraient pu être, à leurs enfants, réels ou imaginaires, à des doubles fictifs ou des êtres bien réels… Ce qui relie toutes ces lettres, c’est le constat qu’elles dressent de l’état de la jeunesse marocaine, de son désespoir, de sa solitude et sa schizophrénie, de sa résignation aussi. Mais c’est en même temps l’énergie qu’elles déploient à exhorter les jeunes Marocains à se battre, s’affirmer comme individus et revendiquer leur libre arbitre. A Casablanca et Paris, nous avons rencontré ceux qui ont pris part au projet : Abdellah Taïa, les auteurs de certaines lettres, ainsi que le directeur de la revue Tel Quel, qui les a diffusées, pour mieux cerner ce qu’une telle entreprise littéraire raconte d’un pays.

Et voici, en exclusivité pour LGBTMaroc, ce que je peux vous en dire, et ce que j’ai vu et entendu :
Une petite séquence de 10 minutes consacrée à la sortie en France du livre Lettres à un Jeune Marocain (Éditions du Seuil, l’éditeur d’Abdallah Taïa). Ce projet de livre, Abdallah l’avait annoncé il y a quelques mois dans les colonnes de TelQuel : réunir des contributions d’écrivains qui s’adresseraient à la jeunesse marocaine. Il a ainsi obtenu et publié 18 textes d’auteurs plus ou moins connus, plus ou moins confirmés. Le recueil se clôt sur un texte de lui, modestement placé en fin de livre, tandis que la première contribution de la liste est celle de Tahar Benjelloun (est-ce le prestige, ou la volonté, de l’auteur qui justifient cette place ? Ce n’est en tout cas ni l’ordre alphabétique ni, à mon humble avis, la qualité…).
Parmi les noms à retenir : Rachid Benzine (qui avait répondu de manière ouverte, créative et intéressante à Abdallah Taïa à la suite de son article dans TelQuel : je vous en avais fait un compte-rendu ici-même, et cité de nombreux passages) ; Rachid O. (parce qu’il a été un des « pionniers » du témoignage littéraire de la réalité homosexuelle au Maroc) ; Abdelhak Serhane, tout simplement parce qu’il est un des meilleurs témoins littéraires de la réalité marocaine tout court (deux pages de lui à lire dans le dernier numéro de TelQuel)…
Le livre avait été diffusé au Maroc par TelQuel en même temps que son « Numéro après censure » au cours de l’été. Je ne vous en parlerai pas aujourd’hui, mais simplement de l’intervention d’Abdallah sur ARTE.
Dès ses premiers mots, il semblerait que Taïa apporte sa contribution au débat lancé ces temps-ci, toujours par TelQuel, à propos du silence des intellectuels marocains et, donc, de leur non engagement dans les questions qui se posent au Maroc d’aujourd’hui. Il rappelle ce qui est pour lui une des raisons d’être de son travail d’écrivain : l’engagement. « Échapper à la malédiction de l’intellectuel qui écrit en dehors du monde », dit-il.
Suit une brève et assez brillante intervention d’Ahmed Reda Benchemsi, rédacteur en chef de TelQuel, dans laquelle il énonce ce paradoxe que le Maroc est de fait « une société laïque » de par son mode de vie réel, dans lequel la religion n’est plus qu’un « islam fashion, vidé de son sens », et cela au prix de l’hypocrisie et de la schizophrénie. ARTE interviewe aussi deux contributrices au livre. L’une parle en français, l’autre en darija.
Puis Taïa revient pour défendre, comme il l’avait déjà fait dans son article, le besoin, dans le Maroc d’aujourd’hui, d’exprimer l’individualité à travers la différence, « dire ‘ana, je ». Dire ce que je suis dans ma différence : or « Dire l’homosexualité » est pour lui un exemple privilégié de cette urgente nécessité, car cette question est au centre du débat sur les libertés individuelles. Et dire cette réalité de l’individu, de la différence, de la liberté, c’est le rôle que Taïa assigne à la littérature, à la sienne en tout cas. On pourra discuter longuement de ce choix, mais il l’assume pleinement.
Dernière partie, mais non la moindre, de ce programme, pour Abdallah cette émergence d’un véritable individu marocain devra se faire… « autrement qu’en installant une société de consommation ».

Stonewall- Accro

-

Age: 45
Ma Ville: CASABLANCA
Nombre de messages: 1014
Orientation sexuelle: Daddy
Date d'inscription: 06/08/2007
Re: Abdallah TAÏA : dans TelQuel et sur ARTE
Merci pour l'update 


GammerX- Habitué

-

Ma Ville: The White House
Nombre de messages: 176
Orientation sexuelle: J'ai @ Igreg
Date d'inscription: 09/01/2009
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Rechercher