L’émission "Je t’aime Pareil"
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Re: L’émission "Je t’aime Pareil"
Thème : Comment vit-on son Homosexualité ?
À l’occasion du courrier des auditeurs, un rappel des stéréotypes, forcément idiots, avec lesquels on se représente les lesbiennes et les gays dans l’inconscient collectif.
Les invités :
Hervé Latapie
Patron de l'une des plus grandes boites gays parisiennes.
Doubles vies de Hervé Latapie
Daniel Conrad
Editeur et rédacteur du site les toiles roses du net, traitant de l’aspect de la culture gay et lesbienne.
Les toiles roses du net
Thomas
Vision d’un jeune étudiant de province.
Tatiana Potard
Militante associative de la cause Gay et Lesbienne.
Existe-t-il vraiment une culture gay ? Un business gay ?
On s’aperçoit, en écoutant les réponses à ces questions à quel point le public, malgré la visibilité grandissante de la réalité gay en Europe, est en fait ignorant et en parle comme s’il s’agissait de Martiens !
Daniel : « Ca n’est pas de l’homophobie, c’est simplement de la méconnaissance. Une inculture ordinaire. ». Les clichés véhiculés par le cinéma et la télé-réalité. Besoin que le public identifie immédiatement les LGBT par leurs caricatures.
Hervé : ce sont là des clichés auxquels, dans une certaine mesure, les LGBT adhèrent aussi. Une culture et des lieux d’identification.
Mais s’il faut en rire, « nous aimerions qu’on rie avec nous, et non pas de nous » (Daniel).
Hommes et femmes vivent-ils leur homosexualité de la même manière ?
Tatiana : les femmes ont peut-être plus de facilité, peut-être car elles restent le gros fantasme de l’hétérosexuel. C’est plus difficile pour les garçons, car cela touche à la virilité.
Daniel : la représentation des lesbiennes dans les médias est quasi nulle.
Des sociabilités et des lieux différents (plus sexuelle, plus directe, plus « cash » chez les garçons). Mais on retombe encore dans les clichés, dus au fait que nous vivons dans un système patriarcal.
On note parfois une certaine lesbophobie, ou simplement misogynie, chez les gays, y compris dans les associations, du fait même de ce système patriarcal, qui discrimine plus facilement les femmes !
Styles : Gouines, folles, gouine à mèches !
Importance des tenues vestimentaires. Tendance et près du corps = homo. Un peu masculin = lesbienne. Mais en fait, en termes de marketing, ces clichés ont tendance à ne pas/plus être vrais : couleur rose ou vêtements de marque (Hervé). Du point de vue de la mode, le terme de « métrosexuel » transcende cette opposition gay-hétéros.
« Butch » = cheveux courts, tatouages. Une fille d’apparence plutôt masculine.
« Folle » : mot « flamboyant » qui désigne les homos féminins et/ou efféminés. Ceux qui ont toujours « ouvert la voie ». « Au Maroc par exemple, ce sont les folles qui amènent la visibilité des homosexuels [???!!!]. Dans le milieu homosexuel il y a une certaine « follophobie ». Féminité, mode, exubérance, humour (Hervé).
« Feum » : l’inverse de la « butch », une lesbienne féminine (origine : « fem », en anglais).
Culture gay
Il existe une « culture gay » au même titre qu’il existe une « culture antillaise », corse, bretonne, alsacienne, orientale, maghrébine, marocaine, ou encore berbère, etc. Toutes ces cultures, et donc la culture gay, sont des sous-ensembles de la Culture. Une infinie diversité en d’infinies combinaisons. (Daniel). La représentation de l’homosexualité dans les arts, la littérature, le cinéma, à la TV, que le créateur soit homo ou hétéro.
Un extrait de Dynastie, série culte des années 80. Diffusion d’abord en v.o. :
« – I’m a homosexual, dad. I’m gay. And I want you to face it. Say it, say it : “Stephen is gay”. Somebody say it !
[Une voix féminine] : – Stephen is gay. »
Traduction :
« – Je suis homo, papa. Je suis gay. Et je veux que tu le regardes en face. Dis-le, dis-le : “Stephen est gay”. Que quelqu’un le dise !
– Stephen est gay. »
Diffusion du même épisode de la série, mais dans sa version française sur FR3 :
« – Je ne suis pas comme vous tous, papa. Il faut me croire, et accepter la vérité. Allez, dites ce que vous pensez, allez, dites-le. “Stephen est malade !” Que quelqu’un le dise !
– Stephen est malade ! »
« Pas comme les autres » ou « malade » : plutôt ça que d’employer… quel mot d’ailleurs ? Illustration du fait que les gays ont dû se construire leur culture tout seuls. Et celle-ci est aujourd’hui présente à l’université sous le forme des « Études gays et lesbiennes » (« Gay and lesbian studies »).
Il est important que, pour se vivre, les homos connaissent leur culture, leur histoire collective. « On se doit d’avoir des racines ». La possibilité de se dire : « Ca fait partie de moi. Ca, c’est moi. Ca existe depuis longtemps ». Je ne suis pas juste tombé du ciel comme ça. La communauté, ça n’est pas seulement nos contemporains, c’est aussi notre histoire, tous ceux qui nous ont précédés. C’est très important pour la construction personnelle. Connaître les luttes du passé est important pour mieux se battre maintenant.
Cela aussi pour établir des ponts avec les hétéros, qui ont besoin d’être éduqués, pour une meilleure compréhension. Comment se faire accepter si on ne sait pas qui on est soi-même et à quel paradigme on appartient ?
Business gay
En janvier 86, Serge relance les affaires gay en difficulté. Le chiffre d’affaire frise le milliard.
Années 70 : les gays sortent du placard, ils militent. Années 80 : ils ne revendiquent plus, ils consomment. Le Paris homosexuel des années 80, c’est : 27 bars, 99 restaurants, 20 saunas, 16 discothèques, 19 marques d’aphrodisiaques, 1 librairie, 14 journaux, 1 plombier, 1 agence de voyages, 1 garage, 1 régie de publicité, 1 radio, et bientôt un syndicat.
Hervé raconte qu’au début des années 80, on avait surtout à faire à des militants plutôt qu’à des businessmen. L’ouverture du premier bar gay (minuscule !) du quartier du Marais en 79 a déclenché le mouvement. Le « business gay » consiste surtout en des lieux de rencontre et de sociabilité qui finissent par devenir des commerces comme les autres.
Des grandes marques ont tenté de percer sur le créneau gay : le marketing gay et gay-friendly, qui utilise souvent l’emblème du drapeau arc-en-ciel. Avantage du créneau : qu’est-ce qu’un couple gay ? C’est deux salaires et pas d’enfant ! C’est-à-dire une très bonne cible en terme de… pouvoir d’achat ! Le « dollar rose » ! Mais en France, on a à faire à des communautés homosexuelles plutôt qu’à une communauté homosexuelle, et le pouvoir d’achat des gays n’est pas toujours aussi mirobolant. Et les grandes marques restent très frileuses pour confier leur pub à la presse gay. Remarque intéressante de Daniel : même si une marque veut cibler les homos, il faut aussi que son offre puisse en même temps cibler tout le monde.
Coup de fil de l’étranger : l’Italie, avec Francesco
La Sicile et le Nord-Est (Frioul et Vénétie) sont des régions très homophobes, où l’homosexualité est perçue comme une maladie (contagieuse !). Milan, Florence, Bologne sont plutôt gay-friendly. Importance de la famille et de la notion de « normalité ». Dans sa relation, l’homo va choisir entre son partenaire et… sa famille. Voir le film Le Premier qui l’a dit. Choisir ou mentir. Un père peut tenter de tuer son fils homosexuel, et le chasser de la maison familiale.
Cet archaïsme stupéfiant des mentalités est aussi dû à l’influence réactionnaire de la religion, spécialement la catholique, puisque le Vatican est encore très influent, ainsi que les mouvements politiques de droite. Ainsi la Ligue du Nord, qui fait partie de la coalition qui soutient Berlusconi, continue d’affirmer que l’homosexualité est une maladie, ou que la place des homos est dans les fours crématoires. L’idéologie familiale est encore très contraignante et rien, ni dans l’organisation sociale (le pacs n’existe pas), ni dans les mentalités et les comportements, ne permet vraiment d’intégrer la relation homosexuelle dans la société. De plus, les homosexuels italiens ne semblent pas très mobilisés. Il y a en ce moment en Italie une atmosphère de « chasse aux sorcières ».
Une note un peu plus optimiste. La Ministre italienne homophobe de l’égalité des chances a rendu hommage, en mai dernier à la seule lesbienne déclarée du parlement italien, reconnaissant que celle-ci lui avait ouvert les yeux sur l’importance du combat pour le droit des homosexuels, et elle s’apprêterait à défendre cette cause !… À suivre.
Bibliographie de la semaine :
Hervé LATAPIE
Doubles vies
Le gueuloir
Emmanuel THIÉBOT
La gay pride, mascarade ou juste cause ?
Larousse, coll à dire vrai, 2009
Anne et Marie RAMBACH
La culture gaie et lesbienne
Fayard, 2003
Le site de Daniel Conrad: www.lestoilesroses.net
Samedi prochain : le Mariage !
À l’occasion du courrier des auditeurs, un rappel des stéréotypes, forcément idiots, avec lesquels on se représente les lesbiennes et les gays dans l’inconscient collectif.
Les invités :
Hervé Latapie
Patron de l'une des plus grandes boites gays parisiennes.
Doubles vies de Hervé Latapie
Daniel Conrad
Editeur et rédacteur du site les toiles roses du net, traitant de l’aspect de la culture gay et lesbienne.
Les toiles roses du net
Thomas
Vision d’un jeune étudiant de province.
Tatiana Potard
Militante associative de la cause Gay et Lesbienne.
Existe-t-il vraiment une culture gay ? Un business gay ?
On s’aperçoit, en écoutant les réponses à ces questions à quel point le public, malgré la visibilité grandissante de la réalité gay en Europe, est en fait ignorant et en parle comme s’il s’agissait de Martiens !
Daniel : « Ca n’est pas de l’homophobie, c’est simplement de la méconnaissance. Une inculture ordinaire. ». Les clichés véhiculés par le cinéma et la télé-réalité. Besoin que le public identifie immédiatement les LGBT par leurs caricatures.
Hervé : ce sont là des clichés auxquels, dans une certaine mesure, les LGBT adhèrent aussi. Une culture et des lieux d’identification.
Mais s’il faut en rire, « nous aimerions qu’on rie avec nous, et non pas de nous » (Daniel).
Hommes et femmes vivent-ils leur homosexualité de la même manière ?
Tatiana : les femmes ont peut-être plus de facilité, peut-être car elles restent le gros fantasme de l’hétérosexuel. C’est plus difficile pour les garçons, car cela touche à la virilité.
Daniel : la représentation des lesbiennes dans les médias est quasi nulle.
Des sociabilités et des lieux différents (plus sexuelle, plus directe, plus « cash » chez les garçons). Mais on retombe encore dans les clichés, dus au fait que nous vivons dans un système patriarcal.
On note parfois une certaine lesbophobie, ou simplement misogynie, chez les gays, y compris dans les associations, du fait même de ce système patriarcal, qui discrimine plus facilement les femmes !
Styles : Gouines, folles, gouine à mèches !
Importance des tenues vestimentaires. Tendance et près du corps = homo. Un peu masculin = lesbienne. Mais en fait, en termes de marketing, ces clichés ont tendance à ne pas/plus être vrais : couleur rose ou vêtements de marque (Hervé). Du point de vue de la mode, le terme de « métrosexuel » transcende cette opposition gay-hétéros.
« Butch » = cheveux courts, tatouages. Une fille d’apparence plutôt masculine.
« Folle » : mot « flamboyant » qui désigne les homos féminins et/ou efféminés. Ceux qui ont toujours « ouvert la voie ». « Au Maroc par exemple, ce sont les folles qui amènent la visibilité des homosexuels [???!!!]. Dans le milieu homosexuel il y a une certaine « follophobie ». Féminité, mode, exubérance, humour (Hervé).
« Feum » : l’inverse de la « butch », une lesbienne féminine (origine : « fem », en anglais).
Culture gay
Il existe une « culture gay » au même titre qu’il existe une « culture antillaise », corse, bretonne, alsacienne, orientale, maghrébine, marocaine, ou encore berbère, etc. Toutes ces cultures, et donc la culture gay, sont des sous-ensembles de la Culture. Une infinie diversité en d’infinies combinaisons. (Daniel). La représentation de l’homosexualité dans les arts, la littérature, le cinéma, à la TV, que le créateur soit homo ou hétéro.
Un extrait de Dynastie, série culte des années 80. Diffusion d’abord en v.o. :
« – I’m a homosexual, dad. I’m gay. And I want you to face it. Say it, say it : “Stephen is gay”. Somebody say it !
[Une voix féminine] : – Stephen is gay. »
Traduction :
« – Je suis homo, papa. Je suis gay. Et je veux que tu le regardes en face. Dis-le, dis-le : “Stephen est gay”. Que quelqu’un le dise !
– Stephen est gay. »
Diffusion du même épisode de la série, mais dans sa version française sur FR3 :
« – Je ne suis pas comme vous tous, papa. Il faut me croire, et accepter la vérité. Allez, dites ce que vous pensez, allez, dites-le. “Stephen est malade !” Que quelqu’un le dise !
– Stephen est malade ! »
« Pas comme les autres » ou « malade » : plutôt ça que d’employer… quel mot d’ailleurs ? Illustration du fait que les gays ont dû se construire leur culture tout seuls. Et celle-ci est aujourd’hui présente à l’université sous le forme des « Études gays et lesbiennes » (« Gay and lesbian studies »).
Il est important que, pour se vivre, les homos connaissent leur culture, leur histoire collective. « On se doit d’avoir des racines ». La possibilité de se dire : « Ca fait partie de moi. Ca, c’est moi. Ca existe depuis longtemps ». Je ne suis pas juste tombé du ciel comme ça. La communauté, ça n’est pas seulement nos contemporains, c’est aussi notre histoire, tous ceux qui nous ont précédés. C’est très important pour la construction personnelle. Connaître les luttes du passé est important pour mieux se battre maintenant.
Cela aussi pour établir des ponts avec les hétéros, qui ont besoin d’être éduqués, pour une meilleure compréhension. Comment se faire accepter si on ne sait pas qui on est soi-même et à quel paradigme on appartient ?
Business gay
En janvier 86, Serge relance les affaires gay en difficulté. Le chiffre d’affaire frise le milliard.
Années 70 : les gays sortent du placard, ils militent. Années 80 : ils ne revendiquent plus, ils consomment. Le Paris homosexuel des années 80, c’est : 27 bars, 99 restaurants, 20 saunas, 16 discothèques, 19 marques d’aphrodisiaques, 1 librairie, 14 journaux, 1 plombier, 1 agence de voyages, 1 garage, 1 régie de publicité, 1 radio, et bientôt un syndicat.
Hervé raconte qu’au début des années 80, on avait surtout à faire à des militants plutôt qu’à des businessmen. L’ouverture du premier bar gay (minuscule !) du quartier du Marais en 79 a déclenché le mouvement. Le « business gay » consiste surtout en des lieux de rencontre et de sociabilité qui finissent par devenir des commerces comme les autres.
Des grandes marques ont tenté de percer sur le créneau gay : le marketing gay et gay-friendly, qui utilise souvent l’emblème du drapeau arc-en-ciel. Avantage du créneau : qu’est-ce qu’un couple gay ? C’est deux salaires et pas d’enfant ! C’est-à-dire une très bonne cible en terme de… pouvoir d’achat ! Le « dollar rose » ! Mais en France, on a à faire à des communautés homosexuelles plutôt qu’à une communauté homosexuelle, et le pouvoir d’achat des gays n’est pas toujours aussi mirobolant. Et les grandes marques restent très frileuses pour confier leur pub à la presse gay. Remarque intéressante de Daniel : même si une marque veut cibler les homos, il faut aussi que son offre puisse en même temps cibler tout le monde.
Coup de fil de l’étranger : l’Italie, avec Francesco
La Sicile et le Nord-Est (Frioul et Vénétie) sont des régions très homophobes, où l’homosexualité est perçue comme une maladie (contagieuse !). Milan, Florence, Bologne sont plutôt gay-friendly. Importance de la famille et de la notion de « normalité ». Dans sa relation, l’homo va choisir entre son partenaire et… sa famille. Voir le film Le Premier qui l’a dit. Choisir ou mentir. Un père peut tenter de tuer son fils homosexuel, et le chasser de la maison familiale.
Cet archaïsme stupéfiant des mentalités est aussi dû à l’influence réactionnaire de la religion, spécialement la catholique, puisque le Vatican est encore très influent, ainsi que les mouvements politiques de droite. Ainsi la Ligue du Nord, qui fait partie de la coalition qui soutient Berlusconi, continue d’affirmer que l’homosexualité est une maladie, ou que la place des homos est dans les fours crématoires. L’idéologie familiale est encore très contraignante et rien, ni dans l’organisation sociale (le pacs n’existe pas), ni dans les mentalités et les comportements, ne permet vraiment d’intégrer la relation homosexuelle dans la société. De plus, les homosexuels italiens ne semblent pas très mobilisés. Il y a en ce moment en Italie une atmosphère de « chasse aux sorcières ».
Une note un peu plus optimiste. La Ministre italienne homophobe de l’égalité des chances a rendu hommage, en mai dernier à la seule lesbienne déclarée du parlement italien, reconnaissant que celle-ci lui avait ouvert les yeux sur l’importance du combat pour le droit des homosexuels, et elle s’apprêterait à défendre cette cause !… À suivre.
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Re: L’émission "Je t’aime Pareil"
et voilà le podcast de cette semaine
http://www.mougin.org/iphone/851aad63f2df4487f6cfebe55e4c4360a024395a/mp3/Jet_aimepareil_11375-31.07.2010-ITEMA_20236990-0.mp3
http://www.mougin.org/iphone/851aad63f2df4487f6cfebe55e4c4360a024395a/mp3/Jet_aimepareil_11375-31.07.2010-ITEMA_20236990-0.mp3

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