Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
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Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]

L’histoire poignante du premier Marocain qui a eu le courage d’assumer publiquement sa différence.
“Il a accepté de donner son c… pour se faire connaître”, “Il est publié et on parle de lui parce qu'il est homo”, “Il se prostitue pour plaire à l'Occident”, “C'est son postérieur qui parle, pas lui”, “Il nuit à l'image du Maroc et de l'islam”, “Si nous étions réellement en terre d'islam, on le lapiderait”. Le nom de Abdellah Taïa, pour ceux qui le connaissent, ne laisse guère indifférent. Il délie les langues et déclenche, dans les discussions de café ...
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Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
Quel courage... chapeau
J'éspère qu'il va pas le regretter
J'éspère qu'il va pas le regretter
Invité- Invité
Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
Sera-il assez fort pour supporter tous les mauvais regards qui lui sont portés ? Je l'espere...

Kira- Modérateur

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Ma Ville: dans mon lit :P
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zoli-bb- Accro

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Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
j'ai lu l'article et je vois qu'il peut s'en sortir tant kil est la bas a paris ici au maroc il n'aura les vrais ennuis que si son romans devient l'affaire de tout les marocains

aminiossss- Habitué

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Ma Ville: quelque part dans mon esprit, en face de mes reves juste a coté de mes souvenirs...
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Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
j'ai tjs suit son actualité, mais je n'ai jamais eu l'occasion de lire l'un des ses 3 romans, bref, c trés courageux de sa part de faire son coming out, malgré ça, il vient tjs au Maroc. Sera-t-il à votre avis chassé à cause de son orientation sexuelle? Un exilé homo
Invité- Invité
Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
perso je vois ke c n'est po le bon moment de rentrer chez lui, tt le monde le connait rayjibha frassou

aminiossss- Habitué

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Ma Ville: quelque part dans mon esprit, en face de mes reves juste a coté de mes souvenirs...
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Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
Ben c en rentrant et en vivant au Maroc... que pour moi il incarne quelque chose.
En étant exhilé de luxe à Paris, il apporte aucune valeur ajouté car ca ne banalise en rien l'homosexualité au Maroc.
En étant exhilé de luxe à Paris, il apporte aucune valeur ajouté car ca ne banalise en rien l'homosexualité au Maroc.
marokino-

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Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
j'ai bien lu ds l'une de ses interviews qu'il ne sera pas prêt à militer avec les homosexuels du Maroc, just ds le cadre culturel, bien évidement le sien. Il est malin puisqu'il ne veut pas salir sa bonne image, déjà, il est foutu, on peut le reconnaître dorénavant ds les ruelles de l'ancienne médina de Salé
Invité- Invité
Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
J'ai lu ce soir l'article, franchement, une peine que j'ai eu pr le pauvre écrivain. Pourvu que ce sacrifice nous aide à sortir de notre misérable cachette. Mais si vs voulez que votre mère vs appelle pr vs dire la mm chose qu'il a entendu, ben, je ferai mieux de me taire sur mon homosexualité. Dslé mais je préfère vivre à l'anonymat. C'est dur, mais chacun voit les choses de ça façon
Invité- Invité
Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
Mohammed Taia , écrivin Marocain , comme quoi Weld Cha3be , ses éxpérience assé fomére en aboutit a son Homoséxualité , quoi que , son courage a la dévoilé , me laisse choqué , rien a dire , apart Chapeau .
L'article est super intéréssant je vous colle le truc Dans quelque minute !!!!
L'article est super intéréssant je vous colle le truc Dans quelque minute !!!!

_SpirituaL_- Habitué

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Age: 22
Ma Ville: quand je le saurai je vous le dirai^^
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Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
Abd allah Taia plustot , sa m'échape a chaque fois :D
Interview vérité. “Notre société tient grâce au sexe”

33 ans, 3 livres, un minois de jeune premier, une plume “mal élevée”, une
homosexualité assumée et des vérités par pelletées. C’était suffisant pour faire de Abdellah Taïa le marginal de la littérature marocaine.
Vous êtes le premier écrivain marocain à faire son coming out. Ça ne vous dérange pas qu'on vous colle une étiquette ?
Le Maroc ne me connaît que depuis un an et demi. Il a besoin de m'associer à une image. Et si en plus ça peut aider d'autres
homosexuels à avoir moins honte de leur différence, ça ne me dérange pas. Dans un premier temps du moins. D'ailleurs, je n'ai jamais fait un coming out à proprement parler. C'est juste qu'en écrivant, je ne pouvais pas faire l'impasse sur cet aspect de ma personnalité. Sur la vérité tout simplement. Ensuite, ça s'est fait graduellement. Dans mon premier livre, mon homosexualité était à peine ébauchée. Dans le second, elle était clairement dite. Dans le troisième, elle est évidente. Je dirai même dépassée.
Votre famille a pourtant très mal accueilli cette évidence…
En vérité, ce n'est pas le fait que j'ai avoué mon homosexualité dans un livre qui a suscité la colère de ma famille mais une interview que j'ai donnée, à l'hebdomadaire Al Jarida Al Oukhra, en mai dernier, et où je le verbalisais, ouvertement. Le fait que j'ai imposé l'utilisation du mot mathali (NDLR lexique inventé il y a quatre ans au Liban pour homosexuel) au lieu de chadd jinsi (marginal sexuel), a été perçu comme une agression. Après coup, j'ai compris que ce qui était intolérable à leurs yeux, c'est que je le dise aussi frontalement, et en arabe. Finalement, la langue arabe est encore du domaine du sacré, malgré ce que des écrivains comme Mohamed Choukri ont pu écrire.
Vous voulez dire que leur rejet est un réflexe culturel ?
En un sens. Leur réaction est d'abord liée à la société, au regard des autres, à leurs jugements. N'oublions pas que je porte le nom de la famille. Dans le feu de l'action, je suis tout à coup redevenu Abdellah, le petit garçon qui vit sous l'autorité de sa mère, de sa sœur et de son frère etc. J'ai eu peur d'être abandonné. Encore une fois, le fait que j'ai choisi la “marginalité” n'a en rien affecté les sentiments ni les liens que j'entretiens avec ma famille.
Vous vous défendez de vouloir choquer. Entre “Le rouge du tarbouche” et “L'armée du Salut”, vos deux derniers livres, c'est pourtant l’effet que vous faites.
Je n'ai jamais cherché à choquer. J'ai juste voulu être moi-même. Exister en tant qu'individu. C'est exactement ça que je fais dans L'armée du Salut. Je raconte trois moments déterminants de la vie d'un jeune Marocain qui va vers la liberté et l'accomplissement. Au fond, ce qu'on me reproche, c'est de vouloir assumer ma différence. Pour ce qui est du côté choquant, la vérité n'a de valeur que si elle est authentique et non censurée. Et quand elle est authentique, elle est choquante. D'ailleurs, j'irai même jusqu'à dire que la littérature est souvent un scandale.
Vous vivez mieux votre “différence” depuis que vous l'avez sortie au grand jour ?
En fait, j'ai toujours bien vécu mon homosexualité, même quand j'étais au Maroc. Je veux dire que je n'ai jamais eu de culpabilité par rapport à cela. Je ne me suis jamais considéré comme malade ou anormal. C'est le regard des gens qui me donne ce sentiment d'anormalité.
Dans L'armée du salut, justement, vous faites une grande déclaration d'amour à votre frère. Vous lui devez tant que ça ?
Je lui dois la vie pour commencer. C'est d'ailleurs une histoire que j'ai repris dans l'une de mes premières nouvelles, “L'enfant endormi” (Ragued). Je racontais comment ma mère a essayé de m'endormir dans son ventre parce qu'elle pensait que j'étais une fille. Elle avait eu sept filles de suite avant moi et elle voulait un garçon. Un matin, mon frère aîné s'est réveillé en larmes. Il avait rêvé que ma mère égorgeait un bébé garçon et il est allé lui raconter. C'est en faisant ce cauchemar qu'il m'a sauvé la vie.
Revenons à l'écriture, vous êtes dans une rupture totale avec la littérature marocaine. C'est une rébellion ?
Je fais partie d'une génération pour qui l'expression du “je” devient une urgence. Très honnêtement, je ne me suis reconnu dans aucun écrivain marocain. Il y a bien sûr certains livres de la littérature marocaine qui m'ont marqué mais je ne peux pas dire que je me sois reconnu dans la misère d'un écrivain marocain. Sauf avec Mohamed Choukri, encore une fois. Il a tout dit, de la manière la plus crue, sans se soucier des conséquences ni de la réaction de la société. J'ai aimé sa radicalité. Pour lui, la littérature n'avait besoin d'aucune bénédiction, ni de la famille, ni de la société ni de la religion …

Les écrivains ne vous portent pas non plus dans leur cœur, surtout depuis que vous leur avez
reproché leur “paternalisme”, au Maghreb des livres à Paris…
La vérité, les rares fois où j'ai été au contact de quelques figures emblématiques de la littérature marocaine, j'ai ressenti de la gêne et du rejet. Bien sûr, on ne mettait pas de mots dessus, mais il y avait ce regard méprisant qui disait “Chkoun s'hab rassek ?” (Pour qui tu te prends ?). Tout à coup, toutes les humiliations que j'ai subies, étant pauvre au Maroc, et que tout Marocain pauvre subit d'ailleurs, sont remontées à la surface. Et mon complexe d'infériorité avec. Je me suis donc rebellé. J'ai voulu faire entendre ma voix.
Vous ne vous retrouvez pas dans vos aînés. Parmi les plus jeunes, peut-être ?
Sans réfléchir, Rachid O. Son autobiographie est ce que j'ai lu de plus émouvant. C'était mon livre de chevet de l'été 96. En deux mois, j’ai dû le relire dix fois. C'est lui, le premier véritable écrivain marocain à révéler son homosexualité, sauf qu'il avait signé son livre de sa seule initiale. Le fait qu'un Marocain parle de son homosexualité avec autant de franchise m'avait paru héroïque. Ce livre m'a profondément bouleversé.

Vous dites avoir atterri dans l'écriture par hasard, que votre véritable amour, c'est le cinéma. Pourquoi continuez-vous dans la littérature, alors ?
Par besoin. Par obsession. Pour me libérer. Il se trouve que la littérature, même la plus nombriliste, ne peut pas faire abstraction du monde. Je vis peut-être à Paris mais, dans ma tête, je suis encore à Hay Salam. Ou plus correctement, il est toujours en moi, ses amours, ses voyantes, ses hammams, ses prostituées, etc.
En Europe, seul, livré à moi-même, j'ai réalisé que la société dans laquelle nous avons grandi ne nous a pas donné les moyens d'affronter le monde. D'affronter la vie tout court. Trouver un travail, savoir parler, exprimer ses émotions, être curieux, chercher le sens des choses, se poser des questions sur la vie, sortir de la peur et du jugement, etc. Un tas de névroses dont on ne se débarrasse pas d'un coup de baguette magique. C'est un combat au quotidien. Alors j'écris pour me libérer.
Je crois que la plus grande de ces névroses, et la plus difficile à dépasser, c'est l'attachement à nos mères. C'est très vicieux, quand vous combinez ça au fameux koun rajel (sois un homme) ! On a été programmé à jouer, je dis bien “jouer” à l'homme. Même quelqu'un comme moi, qui veut et vit dans une certaine marginalité, subit l'influence néfaste de cette matrice originelle.
Vous n'avez donc aucune ambition littéraire ?
Je n'écris ni pour une position sociale, ni pour de l'argent, et encore moins pour devenir un jour ministre de la Culture. Je ne veux pas m'embourgeoiser. J'entends par m'embourgeoiser, prendre en compte ce que disent les autres et agir en fonction de ce qu'ils pensent. Répondre à des codes, des règles. Et je ne veux pas respecter les règles. Je veux être possédé, meskoune, au sens marocain du terme. Parce que les jnoun ne respectent pas les codes sociaux des Marocains, ne ménagent pas nos sensibilités, nos susceptibilités, ni notre pudibonderie.
A qui vous identifiez-vous le plus au Maroc, aux femmes ou aux hommes ?
Je sens une communion de douleur avec les femmes. Et je suis en admiration devant la liberté que certaines d'entre elles arrivent à imposer à la société. La femme est dans la critique, l'homme dans l'application. La femme dans l'hystérie, l'homme dans la retenue. Dans notre société, les hommes se contentent de jouer le rôle qu'on leur a attribué. Les femmes, elles, se battent. Et puis, je n'oublie jamais que la première personne qui m'ait influencé, inspiré, c'est ma mère, M'barka. Analphabète, campagnarde, elle a dû élever dix enfants, les a tous poussés aux études et m'a donné un petit peu de sa force et de son monde surnaturel et magique. Je pense que le Maroc tient par des femmes comme ma mère.
Une femme marocaine pour symboliser tout cela ?
Najat Aâtabou, sans la moindre hésitation. Cette femme respire la transgression. Elle s'est rebellée contre tous les interdits de la société marocaine d'un seul coup, et a arraché sa liberté, dans les années 80 de surcroît. Elle fait partie de l'imaginaire marocain, désormais. Et je ne connais aucun artiste marocain qui soit allé aussi loin dans la liberté, sauf peut-être Mohamed Choukri en littérature. Malheureusement, elle n'est reconnue ni par les féministes, ni par les intellectuels… franchement ! J'ai même écrit une nouvelle en pensant à elle, il y a quelques années. Je ne l'ai encore jamais publiée. J'y raconte ma fugue à Fès, en 1985. A la même époque, l'histoire de sa fugue alimentait les rumeurs les plus folles. J'ai imaginé dans cette nouvelle que je croisais Najat Aatabou dans une aire de repos alors qu'elle fuyait dans la direction inverse, vers Casablanca.
En conclusion, les femmes vous ont accompagné dès le départ. Vous souvenez-vous de Sellassa, dans votre première nouvelle ?
C'est le prénom d'un personnage du Pain nu de Mohamed Choukri. Je l'ai repris un peu pour lui rendre hommage. Mais c'est aussi le nom que j'ai donné à l'une des prostituées que je croisais, à la station de bus de Bab Chellah à Rabat. Elle était fascinante. Douce, mélancolique. Je m'identifiais à elle. Je la trouvais courageuse. Je l'admirais. Elle assumait un statut de marchandise, alors qu'elle ne l'avait même pas choisi. Je suis en totale admiration devant les prostituées, la liberté qu'elles ont prise avec leur corps, avec la société et avec la langue. C'est très dur. Moi, je m'en sentais incapable. Et puis, elles étaient poétiques. Toutes les prostituées marocaines sont poétiques. A chaque fois que j'en croise une, j'ai envie de me jeter dans ses bras et de lui demander de me raconter son histoire.
En vous lisant, on a le sentiment que le sexe est au centre de la vie des Marocains.
Mais le Maroc est un pays très sexuel. D'ailleurs, même en Europe, quand tu dis que tu es marocain, on pense automatiquement sexe. Je ne sais pas à quoi c'est lié, mais c'est là. Il suffit d'observer les gens dans la rue. Les regards, les attitudes… Nous vivons dans un jeu sexuel permanent, et à tous les âges. Et nous sommes très forts en stratégie sexuelle. Heureusement, d'ailleurs, même si ça se fait toujours dans le secret et la honte. C'est un peu rass el hanoute dans un tajine bassel. C'est ce qui permet à la société de tenir.
Vous pensez qu'on dépassera un jour cette honte qui entoure le sexe ?
C'est dans la logique naturelle, universelle, des choses. En même temps, les Marocains ont un appétit sexuel assez grand et qui devrait les inciter à se débarrasser des jugements qu'ils ont par rapport à cela.
Pour comprendre. Qui est Abdellah Taïa ?
C’est un authentique Oueld chaâb. Fils d'un quartier populaire de Salé, benjamin d'une famille de dix enfants, élève d'une école publique, rongé par un complexe d'infériorité et par ses 33 ans de névroses. Bref, un Marocain comme les autres. Sauf que Abdellah Taïa a titillé la société marocaine dans ce qu'elle a de plus sacré : sa virilité. En révélant son homosexualité au grand jour, il est devenu, sans l'avoir voulu, l'enfant terrible de la littérature marocaine, et ses trois œuvres, (Mon Maroc, Le rouge du Tarbouche et L'armée du Salut) ont été réduites à cette seule révélation, occultant son authenticité, ses vérités et le courage dont ce “marginal” a fait preuve en les écrivant. Un mois avant la sortie marocaine de son Armée du Salut, il accepte encore une fois de se livrer au jeu de la vérité.
Interview vérité. “Notre société tient grâce au sexe”

33 ans, 3 livres, un minois de jeune premier, une plume “mal élevée”, une
homosexualité assumée et des vérités par pelletées. C’était suffisant pour faire de Abdellah Taïa le marginal de la littérature marocaine.
Vous êtes le premier écrivain marocain à faire son coming out. Ça ne vous dérange pas qu'on vous colle une étiquette ?
Le Maroc ne me connaît que depuis un an et demi. Il a besoin de m'associer à une image. Et si en plus ça peut aider d'autres
homosexuels à avoir moins honte de leur différence, ça ne me dérange pas. Dans un premier temps du moins. D'ailleurs, je n'ai jamais fait un coming out à proprement parler. C'est juste qu'en écrivant, je ne pouvais pas faire l'impasse sur cet aspect de ma personnalité. Sur la vérité tout simplement. Ensuite, ça s'est fait graduellement. Dans mon premier livre, mon homosexualité était à peine ébauchée. Dans le second, elle était clairement dite. Dans le troisième, elle est évidente. Je dirai même dépassée.
Votre famille a pourtant très mal accueilli cette évidence…
En vérité, ce n'est pas le fait que j'ai avoué mon homosexualité dans un livre qui a suscité la colère de ma famille mais une interview que j'ai donnée, à l'hebdomadaire Al Jarida Al Oukhra, en mai dernier, et où je le verbalisais, ouvertement. Le fait que j'ai imposé l'utilisation du mot mathali (NDLR lexique inventé il y a quatre ans au Liban pour homosexuel) au lieu de chadd jinsi (marginal sexuel), a été perçu comme une agression. Après coup, j'ai compris que ce qui était intolérable à leurs yeux, c'est que je le dise aussi frontalement, et en arabe. Finalement, la langue arabe est encore du domaine du sacré, malgré ce que des écrivains comme Mohamed Choukri ont pu écrire.
Vous voulez dire que leur rejet est un réflexe culturel ?
En un sens. Leur réaction est d'abord liée à la société, au regard des autres, à leurs jugements. N'oublions pas que je porte le nom de la famille. Dans le feu de l'action, je suis tout à coup redevenu Abdellah, le petit garçon qui vit sous l'autorité de sa mère, de sa sœur et de son frère etc. J'ai eu peur d'être abandonné. Encore une fois, le fait que j'ai choisi la “marginalité” n'a en rien affecté les sentiments ni les liens que j'entretiens avec ma famille.
Vous vous défendez de vouloir choquer. Entre “Le rouge du tarbouche” et “L'armée du Salut”, vos deux derniers livres, c'est pourtant l’effet que vous faites.
Je n'ai jamais cherché à choquer. J'ai juste voulu être moi-même. Exister en tant qu'individu. C'est exactement ça que je fais dans L'armée du Salut. Je raconte trois moments déterminants de la vie d'un jeune Marocain qui va vers la liberté et l'accomplissement. Au fond, ce qu'on me reproche, c'est de vouloir assumer ma différence. Pour ce qui est du côté choquant, la vérité n'a de valeur que si elle est authentique et non censurée. Et quand elle est authentique, elle est choquante. D'ailleurs, j'irai même jusqu'à dire que la littérature est souvent un scandale.
Vous vivez mieux votre “différence” depuis que vous l'avez sortie au grand jour ?
En fait, j'ai toujours bien vécu mon homosexualité, même quand j'étais au Maroc. Je veux dire que je n'ai jamais eu de culpabilité par rapport à cela. Je ne me suis jamais considéré comme malade ou anormal. C'est le regard des gens qui me donne ce sentiment d'anormalité.
Dans L'armée du salut, justement, vous faites une grande déclaration d'amour à votre frère. Vous lui devez tant que ça ?
Je lui dois la vie pour commencer. C'est d'ailleurs une histoire que j'ai repris dans l'une de mes premières nouvelles, “L'enfant endormi” (Ragued). Je racontais comment ma mère a essayé de m'endormir dans son ventre parce qu'elle pensait que j'étais une fille. Elle avait eu sept filles de suite avant moi et elle voulait un garçon. Un matin, mon frère aîné s'est réveillé en larmes. Il avait rêvé que ma mère égorgeait un bébé garçon et il est allé lui raconter. C'est en faisant ce cauchemar qu'il m'a sauvé la vie.
Revenons à l'écriture, vous êtes dans une rupture totale avec la littérature marocaine. C'est une rébellion ?
Je fais partie d'une génération pour qui l'expression du “je” devient une urgence. Très honnêtement, je ne me suis reconnu dans aucun écrivain marocain. Il y a bien sûr certains livres de la littérature marocaine qui m'ont marqué mais je ne peux pas dire que je me sois reconnu dans la misère d'un écrivain marocain. Sauf avec Mohamed Choukri, encore une fois. Il a tout dit, de la manière la plus crue, sans se soucier des conséquences ni de la réaction de la société. J'ai aimé sa radicalité. Pour lui, la littérature n'avait besoin d'aucune bénédiction, ni de la famille, ni de la société ni de la religion …

Les écrivains ne vous portent pas non plus dans leur cœur, surtout depuis que vous leur avez
reproché leur “paternalisme”, au Maghreb des livres à Paris…
La vérité, les rares fois où j'ai été au contact de quelques figures emblématiques de la littérature marocaine, j'ai ressenti de la gêne et du rejet. Bien sûr, on ne mettait pas de mots dessus, mais il y avait ce regard méprisant qui disait “Chkoun s'hab rassek ?” (Pour qui tu te prends ?). Tout à coup, toutes les humiliations que j'ai subies, étant pauvre au Maroc, et que tout Marocain pauvre subit d'ailleurs, sont remontées à la surface. Et mon complexe d'infériorité avec. Je me suis donc rebellé. J'ai voulu faire entendre ma voix.
Vous ne vous retrouvez pas dans vos aînés. Parmi les plus jeunes, peut-être ?
Sans réfléchir, Rachid O. Son autobiographie est ce que j'ai lu de plus émouvant. C'était mon livre de chevet de l'été 96. En deux mois, j’ai dû le relire dix fois. C'est lui, le premier véritable écrivain marocain à révéler son homosexualité, sauf qu'il avait signé son livre de sa seule initiale. Le fait qu'un Marocain parle de son homosexualité avec autant de franchise m'avait paru héroïque. Ce livre m'a profondément bouleversé.

Vous dites avoir atterri dans l'écriture par hasard, que votre véritable amour, c'est le cinéma. Pourquoi continuez-vous dans la littérature, alors ?
Par besoin. Par obsession. Pour me libérer. Il se trouve que la littérature, même la plus nombriliste, ne peut pas faire abstraction du monde. Je vis peut-être à Paris mais, dans ma tête, je suis encore à Hay Salam. Ou plus correctement, il est toujours en moi, ses amours, ses voyantes, ses hammams, ses prostituées, etc.
En Europe, seul, livré à moi-même, j'ai réalisé que la société dans laquelle nous avons grandi ne nous a pas donné les moyens d'affronter le monde. D'affronter la vie tout court. Trouver un travail, savoir parler, exprimer ses émotions, être curieux, chercher le sens des choses, se poser des questions sur la vie, sortir de la peur et du jugement, etc. Un tas de névroses dont on ne se débarrasse pas d'un coup de baguette magique. C'est un combat au quotidien. Alors j'écris pour me libérer.
Je crois que la plus grande de ces névroses, et la plus difficile à dépasser, c'est l'attachement à nos mères. C'est très vicieux, quand vous combinez ça au fameux koun rajel (sois un homme) ! On a été programmé à jouer, je dis bien “jouer” à l'homme. Même quelqu'un comme moi, qui veut et vit dans une certaine marginalité, subit l'influence néfaste de cette matrice originelle.
Vous n'avez donc aucune ambition littéraire ?
Je n'écris ni pour une position sociale, ni pour de l'argent, et encore moins pour devenir un jour ministre de la Culture. Je ne veux pas m'embourgeoiser. J'entends par m'embourgeoiser, prendre en compte ce que disent les autres et agir en fonction de ce qu'ils pensent. Répondre à des codes, des règles. Et je ne veux pas respecter les règles. Je veux être possédé, meskoune, au sens marocain du terme. Parce que les jnoun ne respectent pas les codes sociaux des Marocains, ne ménagent pas nos sensibilités, nos susceptibilités, ni notre pudibonderie.
A qui vous identifiez-vous le plus au Maroc, aux femmes ou aux hommes ?
Je sens une communion de douleur avec les femmes. Et je suis en admiration devant la liberté que certaines d'entre elles arrivent à imposer à la société. La femme est dans la critique, l'homme dans l'application. La femme dans l'hystérie, l'homme dans la retenue. Dans notre société, les hommes se contentent de jouer le rôle qu'on leur a attribué. Les femmes, elles, se battent. Et puis, je n'oublie jamais que la première personne qui m'ait influencé, inspiré, c'est ma mère, M'barka. Analphabète, campagnarde, elle a dû élever dix enfants, les a tous poussés aux études et m'a donné un petit peu de sa force et de son monde surnaturel et magique. Je pense que le Maroc tient par des femmes comme ma mère.
Une femme marocaine pour symboliser tout cela ?
Najat Aâtabou, sans la moindre hésitation. Cette femme respire la transgression. Elle s'est rebellée contre tous les interdits de la société marocaine d'un seul coup, et a arraché sa liberté, dans les années 80 de surcroît. Elle fait partie de l'imaginaire marocain, désormais. Et je ne connais aucun artiste marocain qui soit allé aussi loin dans la liberté, sauf peut-être Mohamed Choukri en littérature. Malheureusement, elle n'est reconnue ni par les féministes, ni par les intellectuels… franchement ! J'ai même écrit une nouvelle en pensant à elle, il y a quelques années. Je ne l'ai encore jamais publiée. J'y raconte ma fugue à Fès, en 1985. A la même époque, l'histoire de sa fugue alimentait les rumeurs les plus folles. J'ai imaginé dans cette nouvelle que je croisais Najat Aatabou dans une aire de repos alors qu'elle fuyait dans la direction inverse, vers Casablanca.
En conclusion, les femmes vous ont accompagné dès le départ. Vous souvenez-vous de Sellassa, dans votre première nouvelle ?
C'est le prénom d'un personnage du Pain nu de Mohamed Choukri. Je l'ai repris un peu pour lui rendre hommage. Mais c'est aussi le nom que j'ai donné à l'une des prostituées que je croisais, à la station de bus de Bab Chellah à Rabat. Elle était fascinante. Douce, mélancolique. Je m'identifiais à elle. Je la trouvais courageuse. Je l'admirais. Elle assumait un statut de marchandise, alors qu'elle ne l'avait même pas choisi. Je suis en totale admiration devant les prostituées, la liberté qu'elles ont prise avec leur corps, avec la société et avec la langue. C'est très dur. Moi, je m'en sentais incapable. Et puis, elles étaient poétiques. Toutes les prostituées marocaines sont poétiques. A chaque fois que j'en croise une, j'ai envie de me jeter dans ses bras et de lui demander de me raconter son histoire.
En vous lisant, on a le sentiment que le sexe est au centre de la vie des Marocains.
Mais le Maroc est un pays très sexuel. D'ailleurs, même en Europe, quand tu dis que tu es marocain, on pense automatiquement sexe. Je ne sais pas à quoi c'est lié, mais c'est là. Il suffit d'observer les gens dans la rue. Les regards, les attitudes… Nous vivons dans un jeu sexuel permanent, et à tous les âges. Et nous sommes très forts en stratégie sexuelle. Heureusement, d'ailleurs, même si ça se fait toujours dans le secret et la honte. C'est un peu rass el hanoute dans un tajine bassel. C'est ce qui permet à la société de tenir.
Vous pensez qu'on dépassera un jour cette honte qui entoure le sexe ?
C'est dans la logique naturelle, universelle, des choses. En même temps, les Marocains ont un appétit sexuel assez grand et qui devrait les inciter à se débarrasser des jugements qu'ils ont par rapport à cela.
Pour comprendre. Qui est Abdellah Taïa ?
C’est un authentique Oueld chaâb. Fils d'un quartier populaire de Salé, benjamin d'une famille de dix enfants, élève d'une école publique, rongé par un complexe d'infériorité et par ses 33 ans de névroses. Bref, un Marocain comme les autres. Sauf que Abdellah Taïa a titillé la société marocaine dans ce qu'elle a de plus sacré : sa virilité. En révélant son homosexualité au grand jour, il est devenu, sans l'avoir voulu, l'enfant terrible de la littérature marocaine, et ses trois œuvres, (Mon Maroc, Le rouge du Tarbouche et L'armée du Salut) ont été réduites à cette seule révélation, occultant son authenticité, ses vérités et le courage dont ce “marginal” a fait preuve en les écrivant. Un mois avant la sortie marocaine de son Armée du Salut, il accepte encore une fois de se livrer au jeu de la vérité.

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Re: Homosexuel, Envers et contre tous [TELQUEL]
Z0u.rainbOw a écrit:Mcha fiha kefta !
hahahahahaha !! meskine
peace&am- Invité
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